Il est urgent de mettre fin

au scandale de la pauvreté dans le monde

La réforme la plus urgente:

corriger le système financier

English

par Alain Pilote

Chaque jour sur la planète,
plus de 40 000 enfants
meurent de faim
ou de maladies
qui ne furent pas soignées,
faute d'argent.

 

Personne ne peut rester indifférent au problème de la pauvreté et de la faim dans le monde. A l'échelle du globe, plus d'un milliard sept cent millions d'êtres humains doivent fouiller dans les poubelles pour trouver quelque chose à manger et se maintenir en vie. Mais on n'a pas besoin d'aller très loin pour voir des pauvres: le problème existe dans nos propres pays industrialisés.

Corriger le système financier

 

Jean-Paul II

L'Eglise ne peut rester indifférente à des situations telles que la faim dans le monde et l'endettement, qui mettent en péril le salut des âmes, et c'est pourquoi elle demande une réforme des systèmes financiers et économiques, afin qu'ils soient mis au service de l'homme. Les demandes en ce sens du Pape Jean-Paul II abondent. Déjà, dans sa première encyclique (Redemptor hominis, 4 mars 1979), le Pape parlait «d'indispensables transformations des structures économiques... de la misère en face de l'abondance qui met en cause les structures et mécanismes financiers... l'homme ne peut devenir esclave des systèmes économiques...» Et nous n'ajouterons ici que cette autre citation:

«Je tiens à aborder une question délicate et douloureuse. Je veux parler du tourment des responsables de plusieurs pays, qui ne savent plus comment faire face à l'angoissant problème de l'endettement... Une réforme structurelle du système financier mondial est sans nul doute une des initiatives les plus urgentes et nécessaires.» (Message du Pape à la 6e Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement, Genève, 26 septembre 1985.)

L'Église catholique romaine présente les principes moraux sur lesquels doit être jugé tout système économique et financier. Et afin que ces principes soient appliqués de manière concrète, l'Église fait appel aux fidèles laïcs — dont le rôle propre, selon le Concile Vatican II, est justement de renouveler l'ordre temporel et de l'ordonner selon le plan de Dieu — pour travailler à la recherche de solutions concrètes et à l'établissement d'un système économique conforme à l'enseignement de l'Évangile et aux principes de la doctrine sociale de l'Église.

Le Crédit Social

C'est pour cette raison que Louis Even, le fondateur du journal Vers Demain, décida de propager la doctrine du Crédit Social – un ensemble de principes et de propositions financières énoncés pour la première fois par l'ingénieur écossais Clifford Hugh Douglas, en 1918. Les mots «crédit social» signifient «argent social», un argent émis par la société, en opposition à l'argent actuel qui est un «crédit bancaire», un argent émis par les banques. Lorsque Louis Even découvrit la grande lumière du Crédit Social en 1935, il comprit immédiatement jusqu'à quel point cette solution appliquerait à merveille l'enseignement de l'Église sur la justice sociale.

Non au communisme

La doctrine sociale de l'Église se situe au-dessus des systèmes économiques existants, puisqu'elle se confine au niveau des principes. Un système économique sera bon ou non dans la mesure où il applique ces principes de justice enseignés par l'Église. C'est la raison pour laquelle le Pape Jean-Paul II écrivait en 1987, dans son encyclique Solicitudo rei socialis, que l'Eglise «adopte une attitude critique vis-à-vis du capitalisme libéral et du collectivisme marxiste... deux conceptions du développement imparfaites et ayant besoin d'être radicalement corrigées.»

Il est facile à comprendre pourquoi l'Église condamne le communisme, ou collectivisme marxiste qui, comme le rappelait le Pape Pie XI, est «intrinsèquement pervers» et anti-chrétien, puisque son but avoué est la destruction complète de la propriété privée, de la famille, et de la religion. Mais pourquoi l'Église condamnerait-elle le capitalisme? Le capitalisme ne vaudrait pas mieux que le communisme?

Oui à un capitalisme corrigé

Non, ce que l'Église condamne, ce n'est pas le capitalisme en soi (propriété privée, libre entreprise). Au contraire, loin de souhaiter la disparition de la propriété privée, l'Église souhaite plutôt sa diffusion la plus large possible pour tous, pour que tous soient propriétaires d'un capital, soient réellement «capitalistes»:

«La dignité de la personne humaine exige normalement, comme fondement naturel pour vivre, le droit à l'usage des biens de la terre; à ce droit correspond l'obligation fondamentale d'accorder une propriété privée autant que possible à tous... Il faut mettre en branle une politique économique qui encourage et facilite une plus ample accession à la propriété privée des biens durables: une maison, une terre, un outillage artisanal, l'équipement d'une ferme familiale, quelques actions d'entreprises moyennes ou grandes.» (Jean XXIII, Mater et Magistra, nn. 114-115.)

Le capitalisme a été vicié par le système financier

Les maux du système capitaliste ne proviennent donc pas de sa nature (propriété privée, libre entreprise), mais du système financier qu'il utilise, un système financier qui domine au lieu de servir, qui vicie le capitalisme. Le Pape Pie XI écrivait dans son encyclique Quadragesimo anno, en 1931: «Le capitalisme n'est pas à condamner en lui-même, ce n'est pas sa constitution qui est mauvaise, mais il a été vicié.»

Ce que l'Eglise condamne, ce n'est pas le capitalisme en tant que système producteur, mais, selon les mots du Pape Paul VI, le «néfaste système qui l'acompagne», le système financier:

«Ce libéralisme sans frein conduit à la dictature à bon droit dénoncée par Pie XI comme génératrice de l'impérialisme de l'argent. On ne saurait trop réprouver de tels abus, en rappelant encore une fois solennellement que l'économie est au service de l'homme. Mais s'il est vrai qu'un certain capitalisme a été la source de trop de souffrances, d'injustices et de luttes fratricides aux effets durables, c'est à tort qu'on attribuerait à l'industrialisation elle-même des maux qui sont dus au néfaste système qui l'accompagnait. Il faut au contraire en toute justice reconnaître l'apport irremplaçable de l'organisation du travail et du progrès industriel à l'oeuvre du développement.» (Encyclique Populorum progressio, sur le développement des peuples, 26 mars 1967, n. 26.)

Le vice du système:
l'argent est créé par les banques sous forme de dette

Le système financier n'accomplit pas son rôle, car il a été détourné de sa fin. L'argent devrait être un instrument de service, mais les banquiers, en s'en réservant le contrôle de la création, en ont fait un instrument de domination:

Pie XI

«Ce pouvoir est surtout considérable chez ceux qui, détenteurs et maîtres absolus de l'argent et du crédit, gouvernent le crédit et le dispensent selon leur bon plaisir. Par là, ils distribuent le sang à l'organisme économique dont ils tiennent la vie entre leurs mains, si bien que, sans leur consentement, nul ne peut plus respirer.» (Pie XI, encyclique Quadragesimo anno, 15 mai 1931.)

Aucun pays ne peut rembourser sa dette dans le système actuel, puisque tout argent est créé sous forme de dette: tout l'argent qui existe vient en circulation seulement lorsqu'il est prêté par les banques, à intérêt. Et chaque fois qu'un prêt est remboursé, cette somme d'argent cesse d'exister, est retirée de la circulation.

Le défaut fondamental dans ce système est que lorsque les banques créent de l'argent nouveau sous forme de prêts, elles demandent aux emprunteurs de ramener à la banque plus d'argent que ce que la banque a créé. (Les banques créent le capital qu'elles prêtent, mais pas l'intérêt qu'elles exigent en retour.) Puisqu'il est impossible de rembourser de l'argent qui n'existe pas, la seule solution est d'emprunter de nouveau pour pouvoir payer cet intérêt, et d'accumuler ainsi des dettes impayables.

Cette création d'argent sous forme de dette par les banquiers est leur moyen d'imposer leur volonté sur les individus et de contrôler le monde:

«Parmi les actes et les attitudes contraires à la volonté de Dieu et au bien du prochain et les structures qu'ils introduisent, deux éléments paraissent aujourd'hui les plus caractéristiques: d'une part le désir exclusif du profit et, d'autre part, la soif du pouvoir dans le but d'imposer aux autres sa propre volonté.» (Jean-Paul II, encyclique Sollicitudo rei socialis, n. 37.)

Même s'il n'existait qu'un seul dollar en circulation dans le pays, ce dollar devrait d'abord être prêté par une banque afin d'exister. Supposons que la banque prête ce dollar à un taux d'intérêt de 6%. Alors, à la fin de l'année, il faut rembourser à la banque un dollar plus 6% d'intérêt, soit 6 cents. Le fait est qu'il n'existe qu'un dollar dans le pays, pas 1,06$. Il est impossible de rembourser à la fois capital et intérêt, puisque l'intérêt n'a jamais été créé.

Pour qu'il y ait de l'argent en circulation, les dettes (et faillites) doivent nécessairement s'accumuler, car la dette totale ne peut en aucun cas être remboursée. Cette façon de créer l'argent sous forme de dette pour le pays est la chose la plus absurde qui puisse exister. Et le pire dans tout cela, c'est que les gouvernements s'obstinent à emprunter à intérêt des banques privées l'argent qu'ils pourraient créer eux-mêmes, sans intérêt, obligeant ainsi les citoyens à payer des intérêts sur une dette astronomique, alors qu'il ne devrait pas y avoir de dette du tout! Le premier devoir de tout gouvernement souverain est de créer, d'émettre sa propre monnaie selon les besoins de sa population. L'abandon de cette fonction à des compagnies privées (banques à charte) est la plus grande trahison de l'histoire.

Ce n'est pas le banquier qui donne la valeur à l'argent qu'il a créé, mais la production du pays. Le banquier ne produit absolument rien, il ne fait que créer des chiffres qui permettent au pays de faire usage de sa propre capacité de production, de sa propre richesse. Le gouvernement peut donc très bien, au moyen de sa banque centrale, créer lui-même ces chiffres, sans passer par les banques, et sans s'endetter.

Puisque l'argent est un instrument essentiellement social, la doctrine du Crédit Social propose que l'argent soit émis par la société, et non par des banquiers privés pour leur profit:

«Il y a certaines catégories de biens pour lesquelles on peut soutenir avec raison qu'ils doivent être réservés à la collectivité lorsqu'ils en viennent à conférer une puissance économique telle qu'elle ne peut, sans danger pour le bien public, être laissée entre les mains de personnes privées.» (Pie XI, encyclique Quadragesimo anno.)

Les effets de l'intérêt composé

Les institutions comme le FMI (Fonds Monétaire International) et la Banque Mondiale prétendent venir en aide aux pays en difficultés financières avec leurs prêts, mais à cause des intérêts que ces pays doivent payer, ces prêts les appauvrissent encore davantage. En voici quelques exemples frappants:

En dix ans, de 1980 à 1990, les pays d'Amérique latine ont payé 418 milliards $ d'intérêt sur un emprunt original de 80 milliards $... et ils doivent encore le capital, même s'ils l'ont remboursé plus de cinq fois!

Au Canada, la situation est encore pire! 93% de la dette nationale de 562 milliards de dollars (en 2002) est attribuable aux intérêts composés: le montant original emprunté (39 milliards $) ne représente que 7% de la dette. Le reste, 523 milliards $, représente ce qu'il en a coûté pour emprunter ce 39 milliards$!

L'exemple le plus récent est celui de l'Argentine, encore considéré il y a quelques années comme étant «l'élève modèle du FMI». En raison de cette astuce de l'intérêt composé, l'Argentine ne peut même plus payer les intérêts sur sa dette, et c'est sa population qui en est la première victime. Voici ce que rapportait les agences de nouvelles le 6 juin 2002:

«Des armées de mendiants éventrent chaque soir les sacs de poubelle du centre de Buenos Aires et dans la proche banlieue du sud de la capitale une population affamée traque les rats, chats, crapauds, grenouilles ou abattent des chevaux malades pour les manger.

«Dans la périphérie de la capitale, les chats ont disparu et de nombreux porteurs de bouteilles ont tué leurs chevaux, leurs instruments de travail, et les ont mangés. Maintenant, les enfants ne vont plus en classe car ce sont eux qui tirent les charrettes. Plus de la moitié des 36 millions d'Argentins vivent sous le seuil de pauvreté.»

Selon la Coalition pour le Jubilé 2000, pour chaque dollar versé en aide aux pays pauvres, 8 dollars sont remboursés par ces mêmes pays en intérêts. (Voir la caricature ci-dessous.)

Ce sont des exemples semblables qui ont amené Saint Léon à écrire: «C'est une avarice injuste et insolente que celle qui se flatte de rendre service au prochain alors qu'elle le trompe... Celui-là jouira du repos éternel qui entre autres règles d'une conduite pieuse n`aura pas prêté son argent à usure... tandis que celui qui s'enrichit au détriment d'autrui, mérite en retour la peine éternelle.» Saint Jean Chrysostome écrivait aussi: «Rien n'est plus honteux, ni plus cruel que l'usure.»

Les dettes doivent être effacées

Toute personne la moindrement sensée réalisera qu'il est criminel et immoral d'exiger des pays de continuer à payer des intérêts sur des dettes dont le capital a déjà été remboursé plusieurs fois par l'intérêt. On peut donc comprendre pourquoi l'Église condamne si fortement l'usure (le prêt d'argent à intérêt), et demande l'effacement des dettes. Lorsqu'on comprend que l'argent prêté par les banques est littéralement créé à partir de rien, d'un simple trait de plume, alors il est facile de comprendre que les dettes peuvent être effacées de la même manière, sans que personne ne soit pénalisé.

Le Pape Jean-Paul II écrivait dans son encyclique Centesimus annus (n. 35.): «Il n'est pas licite de demander et d'exiger un paiement quand cela reviendrait à imposer en fait des choix politiques de nature à pousser à la faim et au désespoir des populations entières. On ne saurait prétendre au paiement des dettes contractées si c'est au prix de sacrifices insupportables. Dans ce cas, il est nécessaire — comme du reste cela est en train d'être partiellement fait — de trouver des modalités d'allégement de report ou même d'extinction de la dette, compatibles avec le droit fondamental des peuples à leur subsistance et à leur progrès.»

Une fois les dettes effacées, la seule façon d'empêcher les pays de s'endetter de nouveau est de créer eux-mêmes leur propre argent, sans intérêt et sans dette, car si vous laissez aux banques le pouvoir de créer l'argent, les dettes s'accumuleront de nouveau. C'est ce qui faisait dire à Sir Josiah Stamp, alors qu'il était gouverneur de la Banque d'Angleterre:

«Le système bancaire fut conçu dans l'iniquité et né dans le péché... Les banquiers possèdent la planète. Enlevez-leur, mais laissez-leur le pouvoir de créer l'argent, et d'un trait de plume, ils créeront assez d'argent pour racheter la planète et en devenir les propriétaires... Si vous voulez continuer d'être les esclaves des banquiers et de payer le prix de votre propre esclavage, alors laissez les banquiers continuer de créer l'argent et de contrôler le crédit.»

Pour ceux qui ne comprennent pas que les banques créent l'argent qu'elles prêtent (et que lorsqu'elles prêtent, elles ne se départissent absolument de rien), la seule manière d'«effacer» une dette est de la faire payer par quelqu'un, quelque part. Mais quand nous, du journal Vers Demain, demandons d'effacer les dettes publiques, c'est exactement ce que cela veut dire: les effacer, et non pas les rembourser... et encore moins imprimer de l'argent pour les rembourser!

Ce que nous demandons, c'est que le gouvernement cesse d'emprunter des banques et qu'il crée lui-même l'argent pour la nation, sans intérêt et sans dette, tel que prescrit dans la Constitution du pays. C'est la seule solution qui va à la racine du problème, et qui le règle une fois pour toute. Cela mettrait finalement l'argent au service de la personne humaine.

Les systèmes au service de l'homme

Les systèmes mis au service de l'homme, la primauté de la personne humaine, c'est précisément là le principe de base de la doctrine sociale de l'Eglise. Le Pape Jean XXIII écrivait dans son encyclique Mater et Magistra, en 1961 (nn. 219 et 226):

«La doctrine sociale chrétienne a pour lumière la Vérité, pour objectif la Justice et pour force dynamique l'Amour... Son principe de base est que les êtres humains sont et doivent être fondement, but et sujets de toutes les institutions où se manifeste la vie sociale.»

Le Crédit Social partage la même philosophie. Clifford Hugh Douglas écrivait au début de son tout premier livre, Economic Democracy: «Les systèmes sont faits pour l'homme, et non pas l'homme pour les systèmes, et l'intérêt de l'homme, qui est son propre développement, est au-dessus de tous les systèmes.»

Tous les systèmes doivent être au service de l'homme, y compris les systèmes financiers et économiques:

«En tant que société démocratique, veillez attentivement à tout ce qui se passe dans le puissant monde de l'argent! Le monde de la finance est aussi un monde humain, notre monde, soumis à la conscience de nous tous; pour lui aussi il y a des principes éthiques. Veillez donc surtout à ce que vous apportiez une contribution au service du monde avec votre économie et vos banques, et non une contribution — peut-être indirecte — à la guerre et à l'injustice!» (Jean-Paul II, Fluëli, Suisse, 14 juin 1984.)

Le but de l'économique: la satisfaction des besoins humains

Donc, le but des systèmes économique et financier, selon l'Eglise, est aussi le service de l'homme. Le but du système économique, c'est la satisfaction des besoins humains. C'est ce que Pie XI rappelle dans son encyclique Quadragesimo anno

«L'organisme économique et social sera sainement constitué et atteindra sa fin alors seulement qu'il procurera à tous et à chacun de ses membres tous les biens que les ressources de la nature et de l'industrie, ainsi que l'organisation vraiment sociale de la vie économique, ont le moyen de leur procurer.

«Ces biens doivent être assez abondants pour satisfaire aux besoins d'une honnête subsistance et pour élever les hommes à ce degré d'aisance et de culture qui, pourvu qu'on en use sagement, ne met pas d'obstacle à la vertu, mais en facilite au contraire singulièrement l'exercice.»

Les biens de la terre sont destinés à tous

Le Pape parle de «tous et chacun» des membres de la société qui ont droit aux biens matériels. Il rappelle là cet autre principe de base de la doctrine sociale de l'Église: les biens de la terre sont destinés à tous:

«Dieu a destiné la terre et tout ce qu'elle contient à l'usage de tous les hommes et de tous les peuples, en sorte que les biens de la création doivent équitablement affluer entre les mains de tous, selon les règles de la justice, inséparables de la charité.» (Concile Vatican II, Constitution Gaudium et Spes, n. 69.)

Ce que l'Eglise reproche au système capitaliste, c'est que tous et chacun des êtres vivants sur la planète n'ont pas accès à un minimum de biens matériels, permettant une vie décente, et que même dans les pays les plus avancés, il existe des milliers de personnes qui ne mangent pas à leur faim. C'est le principe de la destination universelle des biens qui n'est pas atteint: la production existe en abondance, mais c'est la distribution qui est défectueuse:

«Dieu a donné la terre à tout le genre humain pour qu'elle fasse vivre tous ses membres, sans exclure ni privilégier personne. C'est là l'origine de la destination universelle des biens de la terre... C'est un strict devoir de justice et de vérité de faire en sorte que les besoins humains fondamentaux ne restent pas insatisfaits et que ne périssent pas les hommes qui souffrent de ces carences.» (Jean-Paul II, encyclique Centesimus annus, nn. 31 et 34.)

Le dividende du Crédit Social

Cela serait rendu possible par le dividende du Crédit Social, un revenu garanti versé à chaque citoyen du pays, qui ferait en sorte que tous soient réellement capitalistes et aient au moins le nécessaire pour vivre, sans prendre dans la poche des riches, ni voler ou taxer personne. Ce dividende est basé sur deux choses: l'héritage des richesses naturelles et des inventions des générations précédentes:

«L'homme, par son travail, hérite d'un double patrimoine: il hérite d'une part de ce qui est donné à tous les hommes, sous forme de ressources naturelles et, d'autre part, de ce que tous les autres ont déjà élaboré à partir de ces ressources, en réalisant un ensemble d'instruments de travail toujours plus parfaits. Tout en travaillant, l'hom-me hérite du travail d'autrui.» (Jean-Paul II, encyclique Laborem exercens, sur le travail humain, 15 septembre 1981, n. 12.)

La machine: alliée ou ennemie?

Dans le système actuel, seulement ceux qui sont employés dans la production ont droit à un revenu, qui est distribué sous forme de salaire. Cela est contraire aux faits, puisque grâce aux nouvelles inventions, à la technologie, au progrès, on a de moins en moins besoin de labeur humain, de travailleurs, pour produire les biens : ce sont les ordinateurs, les robots, qui font le travail à notre place.

La technologie est-elle un mal? Faut-il se révolter et détruire les machines parce qu'elles prennent notre place? Non, si le travail est fait par la machine, tant mieux, cela permet à l'homme de se consacrer à d'autres activités, des activités libres, des activités de son choix. Mais cela, à condition de lui donner un revenu pour remplacer le salaire qu'il a perdu avec la mise en place de la machine. Sinon, la machine, qui devrait être l'alliée de l'homme, devient son adversaire, puisqu'elle lui enlève son revenu, et l'empêche de vivre:

 «La technologie a tant contribué au bien-être de l'humanité; elle a tant fait pour améliorer la condition humaine, servir l'humanité et faciliter son labeur. Pourtant, à certains moments, la technologie ne sait plus vraiment où se situe son allégeance: elle est pour l'humanité ou contre elle... Pour cette raison, mon appel s'adresse à tous les intéressés... à quiconque peut apporter une contribution pour que la technologie qui a tant fait pour édifier Toronto et tout le Canada serve véritablement chaque homme, chaque femme et chaque enfant de ce pays.» (Jean-Paul II, Toronto, Canada, 17 septembre 1984.)

Le matérialisme du plein emploi

Le dividende du Crédit Social est la seule solution logique au remplacement du labeur humain par la machine. Mais si l'on veut persister à tenir tout le monde, hommes et femmes, employés dans la production, même si la production pour satisfaire les besoins de base est déjà toute faite, et cela, avec de moins en moins de labeur humain, alors il faut créer de nouveaux emplois complètement inutiles, et dans le but de justifier ces emplois, créer de nouveaux besoins artificiels, par une avalanche de publicité, pour que les gens achètent des produits dont ils n'ont pas réellement besoin. C'est ce qu'on appelle «la société de consommation».

De même, on fabriquera des produits dans le but qu'ils durent le moins longtemps possible, dans le but d'en vendre plus, et faire plus d'argent, ce qui entraîne un gaspillage non nécessaire des ressources naturelles, et la destruction de l'environnement.

Un salaire pour la mère au foyer

Le dividende du Crédit Social permettrait aussi de reconnaître l'importance du travail de la femme au foyer en lui versant un revenu, ce qui d'ailleurs l'un des points de la doctrine sociale de l'Église:

«L'expérience confirme qu'il est nécessaire de s'employer en faveur de la revalorisation sociale des fonctions maternelles, du labeur qui y est lié, et du besoin que les enfants ont de soins, d'amour et d'affection pour être capables de devenir des personnes responsables, moralement et religieusement adultes, psychologiquement équilibrés. Ce sera l'honneur de la société d'assurer à la mère – sans faire obstacle à sa liberté, sans discrimination psychologique ou pratique, sans qu'elle soit pénalisée par rapport aux autres femmes la possibilité d'élever ses enfants et de se consacrer à leur éducation selon les différents besoins de leur âge. Qu'elle soit contrainte à abandonner ces tâches pour prendre un emploi rétribué hors de chez elle n'est pas juste du point de vue du bien de la société et de la famille si cela contredit ou rend difficiles les buts premiers de la mission maternelle.» (Jean-Paul II, encyclique Laborem exercens, n. 19)

«C'est par un abus néfaste, qu'il faut à tout prix faire disparaître, que les mères de famille, à cause de la modicité du salaire paternel, sont contraintes de chercher hors de la maison une occupation rémunératrice, négligeant les devoirs tout particuliers qui leur incombent, — avant tout, l'éducation des enfants.» (Pie XI, Quadragesimo anno, n. 71)

En octobre 1983, le Saint-Siège publiait la «Charte des droits de la famille», dans laquelle il demandait «la rémunération du travail d'un des parents au foyer; elle doit être telle que la mère de famille ne soit pas obligée de travailler hors du foyer, au détriment de la vie familiale, en particulier de l'éducation des enfants.» (Art. 10)

Le devoir de tout chrétien

C'est un devoir et une obligation pour tout chrétien de travailler à l'établissement de la justice et d'un meilleur système économique:

«Celui qui voudrait renoncer à la tâche, difficile mais exaltante, d'améliorer le sort de tout l'homme et de tous les hommes, sous prétexte du poids trop lourd de la lutte et de l'effort incessant pour se dépasser, ou même parce qu'on a expérimenté l'échec et le retour au point de départ, celui-là ne répondrait pas à la volonté de Dieu créateur.» (Jean-Paul II, encyclique Sollicitudo rei socialis, n. 30.)

La raison fondamentale d'un tel devoir, c'est qu'on sera jugé précisément sur ce qu'on aura fait pour nos frères et soeurs dans le besoin, Jésus Lui-même s'étant identifié à ceux qui souffrent: «Chaque fois que vous l'avez fait à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait» (Mt 25, 40).

Bien sûr, il y a plusieurs façons de venir en aide à nos frères dans le besoin: donner à manger à ceux qui ont faim, donner à boire à ceux qui ont soif, loger les sans-abri, visiter les malades et les prisonniers, etc. Certains enverront des dons à des organismes de charité, que ce soit pour aider des pauvres d'ici ou du Tiers-Monde. Mais si ces dons peuvent soulager quelques pauvres pendant quelques jours ou quelques semaines, cela ne supprime pas pour autant les causes de la pauvreté.

Ce qui est infiniment mieux, c'est de corriger le problème à sa source, de s'attaquer aux causes mêmes de la pauvreté, et de rétablir chaque être humain dans ses droits et sa dignité de personne créée à l'image de Dieu, ayant droit au moins au nécessaire pour vivre:

«Plus que quiconque, celui qui est animé d'une vraie charité est ingénieux à découvrir les causes de la misère, à trouver les moyens de la combattre, à la vaincre résolument.» (Paul VI, encyclique Populorum progressio.)

Louis Even a découvert la cause de la pauvreté du peuple – la création et le contrôle de l'argent par les banques privées – et aussi le moyen de combattre cette escroquerie: l'éducation du peuple. C'est pourquoi il a fondé le journal Vers Demain, pour éduquer le peuple. Alors, que tous ceux qui ont soif de justice se mettent donc à étudier et à répandre le Crédit Social, en prenant de l'abonnement à Vers Demain!

                                                                                                 Alain Pilote

Cet article a paru dans le numéro d'août-septembre 2002 de Vers Demain, et est aussi disponible sous forme de circulaire de 8 pages (avec les articles «Qu'est-ce que le Crédit Social? Le christianisme appliqué!», par Geoffrey Dobbs, «Le Crédit Social est l'application de la doctrine sociale de l'Église, dit Mgr Frankowski», et deux articles de Louis Even, «L'argent, instrument de distribution», et «Pour régler le problème de la pauvreté»).

retour à quoi de neuf 

retour à la liste d'articles

retour à la page d'accueil