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au scandale de la pauvreté dans le monde
par Alain Pilote
Personne ne peut rester indifférent au problème de la pauvreté et de la faim dans le monde. A l'échelle du globe, plus d'un milliard sept cent millions d'êtres humains doivent fouiller dans les poubelles pour trouver quelque chose à manger et se maintenir en vie. Mais on n'a pas besoin d'aller très loin pour voir des pauvres: le problème existe dans nos propres pays industrialisés. Corriger le système financier
L'Eglise ne peut rester indifférente à des situations telles que la faim dans le monde et l'endettement, qui mettent en péril le salut des âmes, et c'est pourquoi elle demande une réforme des systèmes financiers et économiques, afin qu'ils soient mis au service de l'homme. Les demandes en ce sens du Pape Jean-Paul II abondent. Déjà, dans sa première encyclique (Redemptor hominis, 4 mars 1979), le Pape parlait «d'indispensables transformations des structures économiques... de la misère en face de l'abondance qui met en cause les structures et mécanismes financiers... l'homme ne peut devenir esclave des systèmes économiques...» Et nous n'ajouterons ici que cette autre citation:
L'Église catholique romaine présente les principes moraux sur lesquels doit être jugé tout système économique et financier. Et afin que ces principes soient appliqués de manière concrète, l'Église fait appel aux fidèles laïcs — dont le rôle propre, selon le Concile Vatican II, est justement de renouveler l'ordre temporel et de l'ordonner selon le plan de Dieu — pour travailler à la recherche de solutions concrètes et à l'établissement d'un système économique conforme à l'enseignement de l'Évangile et aux principes de la doctrine sociale de l'Église. Le Crédit Social C'est pour cette raison que Louis Even, le fondateur du journal Vers Demain, décida de propager la doctrine du Crédit Social – un ensemble de principes et de propositions financières énoncés pour la première fois par l'ingénieur écossais Clifford Hugh Douglas, en 1918. Les mots «crédit social» signifient «argent social», un argent émis par la société, en opposition à l'argent actuel qui est un «crédit bancaire», un argent émis par les banques. Lorsque Louis Even découvrit la grande lumière du Crédit Social en 1935, il comprit immédiatement jusqu'à quel point cette solution appliquerait à merveille l'enseignement de l'Église sur la justice sociale. Non au communisme La doctrine sociale de l'Église se situe au-dessus des systèmes économiques existants, puisqu'elle se confine au niveau des principes. Un système économique sera bon ou non dans la mesure où il applique ces principes de justice enseignés par l'Église. C'est la raison pour laquelle le Pape Jean-Paul II écrivait en 1987, dans son encyclique Solicitudo rei socialis, que l'Eglise «adopte une attitude critique vis-à-vis du capitalisme libéral et du collectivisme marxiste... deux conceptions du développement imparfaites et ayant besoin d'être radicalement corrigées.» Il est facile à comprendre pourquoi l'Église condamne le communisme, ou collectivisme marxiste qui, comme le rappelait le Pape Pie XI, est «intrinsèquement pervers» et anti-chrétien, puisque son but avoué est la destruction complète de la propriété privée, de la famille, et de la religion. Mais pourquoi l'Église condamnerait-elle le capitalisme? Le capitalisme ne vaudrait pas mieux que le communisme? Oui à un capitalisme corrigé Non, ce que l'Église condamne, ce n'est pas le capitalisme en soi (propriété privée, libre entreprise). Au contraire, loin de souhaiter la disparition de la propriété privée, l'Église souhaite plutôt sa diffusion la plus large possible pour tous, pour que tous soient propriétaires d'un capital, soient réellement «capitalistes»:
Le capitalisme a été vicié par le système financier Les maux du système capitaliste ne proviennent donc pas de sa nature (propriété privée, libre entreprise), mais du système financier qu'il utilise, un système financier qui domine au lieu de servir, qui vicie le capitalisme. Le Pape Pie XI écrivait dans son encyclique Quadragesimo anno, en 1931: «Le capitalisme n'est pas à condamner en lui-même, ce n'est pas sa constitution qui est mauvaise, mais il a été vicié.» Ce que l'Eglise condamne, ce n'est pas le capitalisme en tant que système producteur, mais, selon les mots du Pape Paul VI, le «néfaste système qui l'acompagne», le système financier:
Le vice du système: Le système financier n'accomplit pas son rôle, car il a été détourné de sa fin. L'argent devrait être un instrument de service, mais les banquiers, en s'en réservant le contrôle de la création, en ont fait un instrument de domination:
«Ce pouvoir est surtout considérable chez ceux qui, détenteurs et maîtres absolus de l'argent et du crédit, gouvernent le crédit et le dispensent selon leur bon plaisir. Par là, ils distribuent le sang à l'organisme économique dont ils tiennent la vie entre leurs mains, si bien que, sans leur consentement, nul ne peut plus respirer.» (Pie XI, encyclique Quadragesimo anno, 15 mai 1931.) Aucun pays ne peut rembourser sa dette dans le système actuel, puisque tout argent est créé sous forme de dette: tout l'argent qui existe vient en circulation seulement lorsqu'il est prêté par les banques, à intérêt. Et chaque fois qu'un prêt est remboursé, cette somme d'argent cesse d'exister, est retirée de la circulation. Le défaut fondamental dans ce système est que lorsque les banques créent de l'argent nouveau sous forme de prêts, elles demandent aux emprunteurs de ramener à la banque plus d'argent que ce que la banque a créé. (Les banques créent le capital qu'elles prêtent, mais pas l'intérêt qu'elles exigent en retour.) Puisqu'il est impossible de rembourser de l'argent qui n'existe pas, la seule solution est d'emprunter de nouveau pour pouvoir payer cet intérêt, et d'accumuler ainsi des dettes impayables. Cette création d'argent sous forme de dette par les banquiers est leur moyen d'imposer leur volonté sur les individus et de contrôler le monde:
Même s'il n'existait qu'un seul dollar en circulation dans le pays, ce dollar devrait d'abord être prêté par une banque afin d'exister. Supposons que la banque prête ce dollar à un taux d'intérêt de 6%. Alors, à la fin de l'année, il faut rembourser à la banque un dollar plus 6% d'intérêt, soit 6 cents. Le fait est qu'il n'existe qu'un dollar dans le pays, pas 1,06$. Il est impossible de rembourser à la fois capital et intérêt, puisque l'intérêt n'a jamais été créé. Pour qu'il y ait de l'argent en circulation, les dettes (et faillites) doivent nécessairement s'accumuler, car la dette totale ne peut en aucun cas être remboursée. Cette façon de créer l'argent sous forme de dette pour le pays est la chose la plus absurde qui puisse exister. Et le pire dans tout cela, c'est que les gouvernements s'obstinent à emprunter à intérêt des banques privées l'argent qu'ils pourraient créer eux-mêmes, sans intérêt, obligeant ainsi les citoyens à payer des intérêts sur une dette astronomique, alors qu'il ne devrait pas y avoir de dette du tout! Le premier devoir de tout gouvernement souverain est de créer, d'émettre sa propre monnaie selon les besoins de sa population. L'abandon de cette fonction à des compagnies privées (banques à charte) est la plus grande trahison de l'histoire. Ce n'est pas le banquier qui donne la valeur à l'argent qu'il a créé, mais la production du pays. Le banquier ne produit absolument rien, il ne fait que créer des chiffres qui permettent au pays de faire usage de sa propre capacité de production, de sa propre richesse. Le gouvernement peut donc très bien, au moyen de sa banque centrale, créer lui-même ces chiffres, sans passer par les banques, et sans s'endetter. Puisque l'argent est un instrument essentiellement social, la doctrine du Crédit Social propose que l'argent soit émis par la société, et non par des banquiers privés pour leur profit:
Les effets de l'intérêt composé Les institutions comme le FMI (Fonds Monétaire International) et la Banque Mondiale prétendent venir en aide aux pays en difficultés financières avec leurs prêts, mais à cause des intérêts que ces pays doivent payer, ces prêts les appauvrissent encore davantage. En voici quelques exemples frappants: En dix ans, de 1980 à 1990, les pays d'Amérique latine ont payé 418 milliards $ d'intérêt sur un emprunt original de 80 milliards $... et ils doivent encore le capital, même s'ils l'ont remboursé plus de cinq fois! Au Canada, la situation est encore pire! 93% de la dette nationale de 562 milliards de dollars (en 2002) est attribuable aux intérêts composés: le montant original emprunté (39 milliards $) ne représente que 7% de la dette. Le reste, 523 milliards $, représente ce qu'il en a coûté pour emprunter ce 39 milliards$! L'exemple le plus récent est celui de l'Argentine, encore considéré il y a quelques années comme étant «l'élève modèle du FMI». En raison de cette astuce de l'intérêt composé, l'Argentine ne peut même plus payer les intérêts sur sa dette, et c'est sa population qui en est la première victime. Voici ce que rapportait les agences de nouvelles le 6 juin 2002:
Selon la Coalition pour le Jubilé 2000, pour chaque dollar versé en aide aux pays pauvres, 8 dollars sont remboursés par ces mêmes pays en intérêts. (Voir la caricature ci-dessous.)
Ce sont des exemples semblables qui ont amené Saint Léon à écrire: «C'est une avarice injuste et insolente que celle qui se flatte de rendre service au prochain alors qu'elle le trompe... Celui-là jouira du repos éternel qui entre autres règles d'une conduite pieuse n`aura pas prêté son argent à usure... tandis que celui qui s'enrichit au détriment d'autrui, mérite en retour la peine éternelle.» Saint Jean Chrysostome écrivait aussi: «Rien n'est plus honteux, ni plus cruel que l'usure.» Les dettes doivent être effacées Toute personne la moindrement sensée réalisera qu'il est criminel et immoral d'exiger des pays de continuer à payer des intérêts sur des dettes dont le capital a déjà été remboursé plusieurs fois par l'intérêt. On peut donc comprendre pourquoi l'Église condamne si fortement l'usure (le prêt d'argent à intérêt), et demande l'effacement des dettes. Lorsqu'on comprend que l'argent prêté par les banques est littéralement créé à partir de rien, d'un simple trait de plume, alors il est facile de comprendre que les dettes peuvent être effacées de la même manière, sans que personne ne soit pénalisé.
Une fois les dettes effacées, la seule façon d'empêcher les pays de s'endetter de nouveau est de créer eux-mêmes leur propre argent, sans intérêt et sans dette, car si vous laissez aux banques le pouvoir de créer l'argent, les dettes s'accumuleront de nouveau. C'est ce qui faisait dire à Sir Josiah Stamp, alors qu'il était gouverneur de la Banque d'Angleterre:
Pour ceux qui ne comprennent pas que les banques créent l'argent qu'elles prêtent (et que lorsqu'elles prêtent, elles ne se départissent absolument de rien), la seule manière d'«effacer» une dette est de la faire payer par quelqu'un, quelque part. Mais quand nous, du journal Vers Demain, demandons d'effacer les dettes publiques, c'est exactement ce que cela veut dire: les effacer, et non pas les rembourser... et encore moins imprimer de l'argent pour les rembourser! Ce que nous demandons, c'est que le gouvernement cesse d'emprunter des banques et qu'il crée lui-même l'argent pour la nation, sans intérêt et sans dette, tel que prescrit dans la Constitution du pays. C'est la seule solution qui va à la racine du problème, et qui le règle une fois pour toute. Cela mettrait finalement l'argent au service de la personne humaine. Les systèmes au service de l'homme Les systèmes mis au service de l'homme, la primauté de la personne humaine, c'est précisément là le principe de base de la doctrine sociale de l'Eglise. Le Pape Jean XXIII écrivait dans son encyclique Mater et Magistra, en 1961 (nn. 219 et 226):
Le Crédit Social partage la même philosophie. Clifford Hugh Douglas écrivait au début de son tout premier livre, Economic Democracy: «Les systèmes sont faits pour l'homme, et non pas l'homme pour les systèmes, et l'intérêt de l'homme, qui est son propre développement, est au-dessus de tous les systèmes.» Tous les systèmes doivent être au service de l'homme, y compris les systèmes financiers et économiques:
Le but de l'économique: la satisfaction des besoins humains Donc, le but des systèmes économique et financier, selon l'Eglise, est aussi le service de l'homme. Le but du système économique, c'est la satisfaction des besoins humains. C'est ce que Pie XI rappelle dans son encyclique Quadragesimo anno:
Les biens de la terre sont destinés à tous Le Pape parle de «tous et chacun» des membres de la société qui ont droit aux biens matériels. Il rappelle là cet autre principe de base de la doctrine sociale de l'Église: les biens de la terre sont destinés à tous:
Ce que l'Eglise reproche au système capitaliste, c'est que tous et chacun des êtres vivants sur la planète n'ont pas accès à un minimum de biens matériels, permettant une vie décente, et que même dans les pays les plus avancés, il existe des milliers de personnes qui ne mangent pas à leur faim. C'est le principe de la destination universelle des biens qui n'est pas atteint: la production existe en abondance, mais c'est la distribution qui est défectueuse:
Le dividende du Crédit Social Cela serait rendu possible par le dividende du Crédit Social, un revenu garanti versé à chaque citoyen du pays, qui ferait en sorte que tous soient réellement capitalistes et aient au moins le nécessaire pour vivre, sans prendre dans la poche des riches, ni voler ou taxer personne. Ce dividende est basé sur deux choses: l'héritage des richesses naturelles et des inventions des générations précédentes:
La machine: alliée ou ennemie? Dans le système actuel, seulement ceux qui sont employés dans la production ont droit à un revenu, qui est distribué sous forme de salaire. Cela est contraire aux faits, puisque grâce aux nouvelles inventions, à la technologie, au progrès, on a de moins en moins besoin de labeur humain, de travailleurs, pour produire les biens : ce sont les ordinateurs, les robots, qui font le travail à notre place.
Le matérialisme du plein emploi Le dividende du Crédit Social est la seule solution logique au remplacement du labeur humain par la machine. Mais si l'on veut persister à tenir tout le monde, hommes et femmes, employés dans la production, même si la production pour satisfaire les besoins de base est déjà toute faite, et cela, avec de moins en moins de labeur humain, alors il faut créer de nouveaux emplois complètement inutiles, et dans le but de justifier ces emplois, créer de nouveaux besoins artificiels, par une avalanche de publicité, pour que les gens achètent des produits dont ils n'ont pas réellement besoin. C'est ce qu'on appelle «la société de consommation». De même, on fabriquera des produits dans le but qu'ils durent le moins longtemps possible, dans le but d'en vendre plus, et faire plus d'argent, ce qui entraîne un gaspillage non nécessaire des ressources naturelles, et la destruction de l'environnement. Un salaire pour la mère au foyer Le dividende du Crédit Social permettrait aussi de reconnaître l'importance du travail de la femme au foyer en lui versant un revenu, ce qui d'ailleurs l'un des points de la doctrine sociale de l'Église:
En octobre 1983, le Saint-Siège publiait la «Charte des droits de la famille», dans laquelle il demandait «la rémunération du travail d'un des parents au foyer; elle doit être telle que la mère de famille ne soit pas obligée de travailler hors du foyer, au détriment de la vie familiale, en particulier de l'éducation des enfants.» (Art. 10) Le devoir de tout chrétien C'est un devoir et une obligation pour tout chrétien de travailler à l'établissement de la justice et d'un meilleur système économique:
La raison fondamentale d'un tel devoir, c'est qu'on sera jugé précisément sur ce qu'on aura fait pour nos frères et soeurs dans le besoin, Jésus Lui-même s'étant identifié à ceux qui souffrent: «Chaque fois que vous l'avez fait à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait» (Mt 25, 40). Bien sûr, il y a plusieurs façons de venir en aide à nos frères dans le besoin: donner à manger à ceux qui ont faim, donner à boire à ceux qui ont soif, loger les sans-abri, visiter les malades et les prisonniers, etc. Certains enverront des dons à des organismes de charité, que ce soit pour aider des pauvres d'ici ou du Tiers-Monde. Mais si ces dons peuvent soulager quelques pauvres pendant quelques jours ou quelques semaines, cela ne supprime pas pour autant les causes de la pauvreté. Ce qui est infiniment mieux, c'est de corriger le problème à sa source, de s'attaquer aux causes mêmes de la pauvreté, et de rétablir chaque être humain dans ses droits et sa dignité de personne créée à l'image de Dieu, ayant droit au moins au nécessaire pour vivre:
Louis Even a découvert la cause de la pauvreté du peuple – la création et le contrôle de l'argent par les banques privées – et aussi le moyen de combattre cette escroquerie: l'éducation du peuple. C'est pourquoi il a fondé le journal Vers Demain, pour éduquer le peuple. Alors, que tous ceux qui ont soif de justice se mettent donc à étudier et à répandre le Crédit Social, en prenant de l'abonnement à Vers Demain! Alain Pilote Cet article a paru dans le numéro d'août-septembre 2002 de Vers Demain, et est aussi disponible sous forme de circulaire de 8 pages (avec les articles «Qu'est-ce que le Crédit Social? Le christianisme appliqué!», par Geoffrey Dobbs, «Le Crédit Social est l'application de la doctrine sociale de l'Église, dit Mgr Frankowski», et deux articles de Louis Even, «L'argent, instrument de distribution», et «Pour régler le problème de la pauvreté»). |