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Honneur
à notre grand Pape Jean-Paul II
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Karol, 4 novembre 1922 |
A
l’école de la souffrance
Naissance et enfance
Karol
Josef Wojtyla naquit à Wadowice, le 18 mai 1920. Au moment de sa naissance, la
mère, Mme Wojtyla, (Emilia Kaczorowska), a demandé à la sage-femme d’ouvrir
la fenêtre, afin que les premiers sons sortant de
la bou- che de son nouveau-né s’envolent vers le ciel, comme une mélodie
en l’honneur de la Vierge Marie. La chambre du bébé naissant, se trouvait
juste en face de l’église Notre-Dame de Wadowice, où au même moment on célébrait
les Vêpres en l’honneur de Marie, en ce mois de mai. Ainsi, les premiers sons
que le Pape entendit à sa naissance, furent des hymnes à Marie.
Le
13 avril 1929, il revenait de l’école, on
vint lui annoncer, sans ménagement, la mort de sa sainte mère. Il avait 8 ans.
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La mère et le père de Karol Wojtyla et son frère Edmund |
En
1930, son seul frère, Edmund, son aîné, avait obtenu son diplôme de médecin.
Le 5 décembre 1932, sans aucune préparation
encore, on vint prévenir Karol que son frère bien-aimé était mort d’une
scarlatine qu’il avait contractée en soignant une patiente.
Il
n’avait plus que son père, qui portait aussi le nom de
Karol Wojtyla. Ce dernier s’employa à lui donner la meilleure éducation
possible. Réveil à 6 heures,
petit déjeuner, messe à l’église paroissiale, l’enfant servait la Messe,
école de 8 à 14 heures, récréation, retour à l’église en fin d’après-midi,
devoirs et leçons, souper, et promenade en compagnie de son père. Il priait
ensemble. Il jouait ensemble.
La
guerre, 1939
Karol
Wojtyla se trouvait dans l’ancienne cathédrale des rois de Pologne, quand les
premières bom bes tombèrent sur Cracovie. C’était le premier septembre
1939. Comme chaque premier vendredi du mois, il était venu se confesser et
recevoir la communion.
Le
prêtre resté seul avec le jeune
homme, demanda à ce dernier de servir la messe. «Il faut célébrer la Messe
malgré tout, dit-il. Il faut prier Dieu d’épargner la Pologne.»
L’invasion
de la Pologne fut brutale et terrible. Dès le 6 septembre, les Nazis occupaient
Cracovie. Le 23 septembre, Varsovie capitulait.
Ce
fut le commencement d’une vie de privations et de terreur pour Karol Vojtyla
et les Polonais, dans la Pologne occupée: les files d’attente pour le pain,
la quête épuisante du sucre, marchandages pour se procurer un peu de charbon
pour l’hiver.
Un
maître en spiritualité
et le Rosaire Vivant
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Jan Tyranowski |
Ce
fut pendant ces premiers mois de l’humi- liation nationale de 1940, que Karol
Wojtyla fit la connaissance de Jan Tyranowki. Ce dernier était tailleur et
vivait seul. Il passait la grande partie de son temps à recruter des jeunes
gens pour une association religieuse secrète qu’on appelait: le Rosaire
Vivant. Les 15 mystères qui composent le Rosaire étaient représentés par 15
jeunes gens. La représentation du Rosaire Vivant commençait après la récitation
normale du Rosaire: C’est sans doute en jouant ces mystères du Rosaire que
Karol Wojtyla a développé des talents d’acteur et son grand amour pour le
saint Rosaire. Les pieux jeunes gens de ce groupe s’engageaient à suivre le
commandement du Christ d’«aimer Dieu et le prochain» par dessus tout.
Le
maître recommandait à ses protégés la lecture des derniers livres de théologie
parus et il les guidait sur le chemin de la sainteté en les imprégnant des écrits
de saint Jean de la Croix et de sainte Thérèse d’Avila.
Tyranowski
était un véritable éducateur. Karol Wojtyla
avait trouvé en lui un guide patient, doux, mais ferme et tenace. Tyranowski
avait comme devise: Chaque instant doit servir à quelque chose. Cette idée
allait devenir l’une des caractéristiques les plus marquantes de la
vie et de l’oeuvre du futur Pape.
Tyranowski
exigeait que ses disciples tiennent soigneusement un journal de chaque action de
leur journée, afin de savoir s’ils avaient bien rempli leurs obligations
quotidiennes.
Chaque
semaine, notre futur Pape se rendait chez son maître et devait lui lire ses
notes et lui rendre compte de tout ce qu’il avait fait. Les grandes qualités
que possède Karol Wojtyla et qui ont émerveillé son entourage, lorsqu’il
fut professeur, évêque, puis Pape, semblent découler de cette austère
formation qu’il a reçue de Tyranowski. Même épuisé par l’âge et la
maladie, le Saint-Père continuera à démontrer une indéfectible volonté, une
capacité de résistance face à la maladie et une ardeur au travail qui
pourrait épuiser les plus dévoués de ses collaborateurs.
Le
jeune homme ne renonça jamais à dire ses prières.
Tyranowski
n’utilisait jamais la force, mais la persuasion. Il montra à Karol Wojtyla:
«La révélation d’un univers nouveau, par ses paroles, sa spiritualité et
l’exemple d’une vie entièrement consacrée à Dieu et, à lui seul, il représentait
un monde nouveau que je ne connaissais pas encore. Je vis la beauté d’une âme
révélée par la grâce», dit plus tard le Saint-Père, en parlant de son maître
Tyranowski.
«Une
partie de ce monde nouveau se trouvait dans les écrits de saint Jean de la
Croix. Dans ses poèmes et ses commentaires, Tyranowski, ce poète mystique,
enseignait comment aller à Dieu par la contemplation et en se défaisant
presque brutalement de tout attachement terrestre et de tout bien matériel. Il
enseignait comment abolir impitoyablement le «moi», et créer en soi un vide
que Dieu viendrait combler de sa splendeur, aussitôt.»
«C’est
une lutte quotidienne contre toi-même: Lutte pour te plier, non pas au plus
facile, mais au plus difficile, non pas à ce qui te paraît le plus agréable,
mais le plus désagréable... non
pas à ce qui console, mais à ce qui te laisse inconsolé. Dieu se réjouit de
te voir prêt à affronter la souffrance et la privation par amour pour Lui, il
préfère cela à toutes les consolations, les visions spirituelles, et les méditations.»
Travail
en usine
Les
nazis exigeaient que les jeunes gens travaillent en usine. Karol Wojtyla fut
employé à l’usine Solvay.
En
1982, lors de l’un de ses voyages en Afrique, Jean-Paul II évoqua ce temps,
qu’il regarde comme «une grâce dans sa vie», d’avoir travaillé en
usine, dans une carrière, ajoutant que: «Cette expérience de la vie en
carrière, avec tous ses aspects positifs et ses misères, aussi bien que les
horreurs de la déportation de mes compatriotes polonais dans les camps de la
mort, ont profondément marqué mon existence.»
La
mort de son père
Le
18 février 1941, en revenant de son travail, Karol Wojtyla eut la douleur de
trouver son père bien-aimé sans vie. «A 20 ans, disait-il, j’avais déjà
perdu tous ceux que j’aimais.»
La
mort de son père le précipita encore plus profondément dans ses réflexions
mystiques et philosophiques. Chez les Kydrynski, où il s’était installé
pour six mois, on le voyait souvent absorbé dans la prière, étendu sur le
sol, les bras en croix.
Devant
la brutalité des nazis, Karol Wojtyla disait: «La prière est la seule arme
qui vaille». Telle était sa pensée qui fut la même tout au long de ces
années d’occupation. La prière et la confiance en Dieu étaient ses seules
armes pour combattre le mal et la violence.
Le
Rosaire Vivant s’était développé. Tyranowski avait fait des quinze premiers
disciples des chefs de groupe, et chacun de ces groupes comptaient une quinzaine
de membres. Le Rosaire Vivant marquait l’âme et la rapprochait de Dieu.
A
la suite du Rosaire Vivant, Karol
Wojtyla et des amis ont fondé le Théâtre Vivant
pour représenter la vie des saints et édifier la jeunesse. Karol
Wojtyla était un artiste né. Il incarnait si bien le personnage qu’il représentait,
que personne ne doutait qu’il fasse sa carrière du théâtre. Cependant, un
jour il a quitté ses belles activités artistiques pour devenir prêtre. Le
dernier rôle qu’il interpréta, avec un talent insurpassable, fut le roi
Boleslaw, le roi qui tua de sa main l’évêque
saint Stanislas.
«Je
veux être prêtre»
A
l’automne 1942, Karol se rendit à la résidence de l’archevêque Sapieha et
lui dit: «Je veux être prêtre.»
Il
demanda au directeur du théâtre de ne plus lui confier de rôle. Il se
consacrerait désormais exclusivement au Dieu Vivant, et le «seul drame qu’il
jouerait à l’avenir est celui du sacrifice du Christ.»
Le
cardinal Sapieha avait mis sur pied un séminaire clandestin, afin de pouvoir
remplacer les pauvres prêtres et religieux qui deviendraient martyrs du régime.
En effet, 1932 prêtres, 850 moines, 290 religieuses allaient mourir pendant la
durée du conflit.
En
rejoignant les rangs des séminarites clandestins du Cardinal Sapieha, Karol
Wojtyla entrait dans un système bien organisé. Chaque étudiant était suivi
par un professeur. Les étudiants avaient pour instruction de ne rien changer à
leurs activités. L’archevêque témoignait une attention particulière au
jeune Wojtyla, il l’invitait à servir la messe à la chapelle de l’archevêché
et, souvent, ils prenaient le petit déjeuner ensemble.
Karol
Wojtyla continuait à travailler à l’usine Solvay et il habitait toujours
chez lui. Il préférait travailler en équipe de nuit, car il pouvait profiter
du calme qui régnait dans l’usine pour s’isoler plus facilement. Ses collègues
le voyaient s’agenouiller, aux alentours de minuit. Certains se moquaient de
lui et l’appelaient le «petit prêtre» et ils le bombardaient de morceaux
d’étoupe ou d’autres rebuts, pendant qu’il était en prière. Il ne
s’en offusquait pas.
Il
continuait à lire son bréviaire et un autre livre, qui devait avoir une
profonde influence sur lui: Le Traité de la vraie dévotion à la Très sainte
Vierge Marie, de saint Louis Grignion de Montfort.
Il
eut plus de difficulté avec le volumineux manuel de philosophie que son
directeur d’étude lui donna à
étudier: Théologie naturelle, par le Père Kazimierz. Le livre était pour lui
comme un bloc de granit. «Je m’asseyais près de la chaudière et
j’essayais de comprendre quelque chose, j’en ai pleuré», dit le jeune séminariste.
Après deux mois, il put déclarer: «Ce livre m’a finalement ouvert un
monde entièrement nouveau. Il m’a montré une nouvelle approche de la réalité,
et il m’a fait découvrir des problèmes que je n’avais juste qu’entrevus
alors.»
Un
pape philosophe était né parmi les tuyaux et chaudières de l’usine Solvay.
disent ses biographes.
Il
faisait chaque jour une longue marche pour se rendre sur la tombe de son père
et, le soir, il se jetait souvent sur le sol de sa chambre pour prier pendant
des heures.
Le
1er août 1944, ce fut la grande révolte de Varsovie. Les SS de la Gestapo passèrent
les rues des villes au peigne fin. Karol Wojtyla était dans sa chambre
minuscule. En entendant les cris des soldats allemands, il se mit à prier, étendu
sur le sol. Il entendit les soldats monter l’escalier; mais dans leur précipitation,
ils passèrent devant la porte sans le voir. Plus de 200,000 personnes y ont
laissé leur vie dans ce massacre.
Fin
de la guerre
Le
premier mai 1945, ce fut la fin de la guerre avec les nazis. Mais ce ne fut pas
une libération pour la Pologne. Elle fut trahie par le traité de Yalta et concédée
par nos «Grands» à l’Empire soviétique. Du joug des nazis, elle est tombée
tout de suite sous le joug des communistes qui furent plus barbares encore.
Karol
Wojtyla demanda la permission à Mgr Sapieha d’entrer chez les Carmes.
L’archevêque répondit: «La guerre est finie, nous manquons de prêtres,
et nous avons terriblement besoin de Karol Wojtyla dans le diocèse», puis il
ajouta: «et plus tard, c’est l’Eglise tout entière qui aura besoin de lui.»
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L'abbé Karol Wojtyla, jeune prêtre |
Le
1er novembre 1946, jour de la Fête de tous les Saints, dans la chapelle de l’évêché,
le Cardinal Sapieha ordonna Karol Wojtyla prêtre.
Son
ancien maître, le Père Kazimierz Figlewicz, était
chargé de guider le nouveau prêtre pendant la célébration de la Messe
et de le soutenir alors qu’il est confronté, pour la première fois, à la
formidable puissance qui s’exprime dans la transformation du pain et du vin,
au Corps et au Sang du Christ.
Le
lendemain, il célébra sa première messe dans la cathédrale de Wawel. «Fecit
mihi magna» «il a fait pour moi
de grandes choses», écrira-t-il sur sa carte de remerciements offerte à ses
amis.
En
juin 1948, l’abbé Wojtyla revenait de Rome après deux années d’étude sur
la philosophie de saint Thomas d’Aquin et des mystiques espagnols, pour
retrouver une Pologne en pleine transformation par les communistes. Les activités
de l’Eglise polonaise étaient circonscrites.
Le
jeune prêtre fut nommé à la paroisse rurale de Niegowici, à 50 kilomètres
de Cracovie. Là dans ce petit village, l’abbé Wojtyla vit pour la première
fois le stalinisme à l’Oeuvre. La police secrète voulait démanteler
l’Association des jeunes catholiques, et la remplacer par la section des
jeunes socialistes.
En
mars 1949, l’archevêque Sapieha rappela l’abbé Wojtyla à Cracovie, à la
paroisse universitaire de St-Florian. Quelque cinquante ans plus tard, Jean-Paul
II devait reconnaître que l’expérience la plus remarquable de ses débuts
avait été de découvrir l’importance primordiale de la jeunesse. «C’est
une période de la vie donnée par
la Providence à chacun et donnée comme une responsabilité, dit-il. Pendant
cette période, le jeune ne cherche pas seulement un sens à la vie, mais aussi
une façon concrète de vivre cette vie, il veut exister par lui-même.»
Tout pasteur doit reconnaître cette caractéristique en chaque jeune garçon et
en chaque jeune fille. «Il doit aimer cet aspect fondamental de la jeunesse.»
Karol
Tarnowski, alors étudiant, se souvient de la façon dont l’abbé Wojtyla
entendait ses confessions. Elles duraient parfois plus d’une heure. «il
savait écouter et il était prêt à répondre à d’innombrables questions.»
«Le
moment de la confession est le
couronnement de notre activité apostolique», dit le Pape. «Il s’agit donc
de savoir si on peut préserver les valeurs apostoliques. Faute d’une vie intérieure
profonde, le prêtre se transformera peu à peu en bureaucrate, et son apostolat,
en routine paroissiale, uniquement consacré aux problèmes du quotidien.»
En
octobre 1954, le gouvernement marxiste polonais fermait la faculté de théologie
de l’université Jagellon où Karol Wojtyla donnait des cours sur l’éthique
chrétienne. L’université catholique de Lublin, où l’abbé Wojtyla entra
dans le même mois, était la seule
université dirigée par l’Eglise catholique, sur l’immense territoire dominé
désormais, à travers le monde, par les successeurs de Staline et de Mao.
Le
climat politique en Pologne s’était beaucoup assombri. Les autorités
venaient d’arrêter le recteur de l’université et neuf prêtres enseignants.
L’archevêque de Cracovie, Mgr
Baziak, successeur de Monseigneur Sapieha, était en prison tout comme le curé
de Saint-Florian. Un prêtre qui s’occupait à Cracovie de l’association du
Rosaire Vivant et de l’association des jeunes catholiques avait été condamné
à mort. En septembre 1953, le Cardinal Wyszynski lui-même fut arrêté, il
s’était violemment opposé à la nouvelle Constitution polonaise, qui renforçait
l’emprise communiste et supprimait une grande partie des droits depuis
longtemps reconnus à l’Eglise. Des journaux catholiques
avaient été interdits pour avoir refusé d’insérer, dans leurs
colonnes, l’annonce du décès de Staline, survenu le 5 mars 1953.
En
1956, Wladislaw Gomulka, un communiste antistalinien, qui venait de passer 8 ans
en prison, parvint au pouvoir. De nombreux prisonniers politiques polonais, dont
le Cardinal Wyszynski, furent libérés.
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Archevêque de Cracovie |
Karol
Wojtyla, évêque
Le
8 juillet, le Cardinal Wyszynski fit venir l’abbé Wojtyla à son bureau. Il
lui présenta une lettre intéressante venant du Saint-Père. Il la lui fit
lire:
«A
la demande de Mgr Basiak, archevêque, je nomme le père Karol Wojtyla, évêque
auxiliaire de Cracovie. Ayez l’amabilité de me notifier votre accord.»
«Acceptez-vous
cette nomination?»
«Où
dois-je signer?» répondit le jeune prêtre, sans hésitation.
Le
28 septembre 1958, le Père Karol Wojtyla fut consacré évêque dans la cathédrale
de Varsovie.
Le
9 octobre, le Pape Pie XII mourait. Le 28 octobre, le Cardinal Angelo
Giuseppe Roncalli, était élu Pape et il prit le nom de Jean XXIII.
Moins
de 3 mois plus tard, le nouveau Pape convoqua le Concile oeuménique. Le jeune
prélat, Mgr Wojtyla, était parmi les 2594 invités.
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Mgr
Wojtyla portant la chasuble |
Mgr
Wojtyla devint archevêque de Cracovie, le 30 décembre 1963. Le 8 mars 1964, il
faisait une entrée triomphale dans la cathédrale de Wawel. Il avait choisi,
pour l’occasion, une tenue vestimentaire dont le symbolisme frappa
d’admiration la foule. Il portait une chasuble offerte, au Moyen Age, par la
Reine Anna Jagellon; un pallium offert au XVI siècle par la Reine Jadwiga; sa
mitre avait été porté au XVIIe siècle par l’évêque Andrzej Lipski, et sa
crosse datait du règne de Jean Sobieski. Son anneau était celui du 4e
successeur de saint Stanislas, Mgr Marutitius, mort en 1118.
Cette
tenue somptueuse représentait 1000 ans d’histoire de la Pologne. Elle ne
manifestait pas simplement un respect pour la tradition; elle était une façon
de rappeler aux fidèles, et aux «infidèles» au pouvoir, que l’Eglise de la
Pologne était la nation, et que sans l’Eglise l’histoire de la Pologne
n’existait pas.
Et
voici que Mgr Wojtila devenait, dans cette cathédrale où il avait entendu
exploser les premières bombes nazies, le successeur de saint Stanislas, évêque
du Moyen Age, assassiné par son roi. En célébrant le Saint Sacrifice devant
le tombeau de l’évêque martyr, il s’affirmait prêt à verser son sang,
comme Stanislas, pour la défense de la foi.
Les
autorités communistes se sont réjouis de la nomination de Mgr Wojtyla, croyant
qu’il serait plus malléable que le Cardinal Wyszynski. Un dissident de l’église
catholique, le Père supérieur bénédictin, était emprisonné à Gdansk, il
reçut la visite du commandant de la prison: «Nous venons de recevoir une
excellente nouvelle, Wojtyla a été nommé métropolite de Cracovie. Trois mois
plus tard, il revint dans la même cellule et dit: «Ce Wojtyla nous a
trompés.»
L’archevêque
de Cracovie ne se laissait pas séduire par les tendances progressistes, voire
gauchistes, qui gagnaient même certains milieux religieux, et dans lesquels
nombre de Cardinaux de la curie discernaient le redoutable courant de la sécularisation
et du marxisme.
«Le
contrôle de soi-même est la pierre de touche de la valeur d’une personne»,
disait Mgr Wojtyla à ses ouailles.
Retraite
à Rome
En
1976, le cardinal Wojtyla fut nommé par Paul VI pour diriger les exercices
spirituels du Carême pour les membres de la curie et de la maison du Pape. Ce
qui fit connaître aux Cardinaux de Rome, la profondeur de sa spiritualité et
la largeur de ses vues.
Le
Cardinal Wyszynski avait l’assurance qu’avec cet homme, sa succession serait
entre bonne main. Le cardinal Wojtyla deviendrait primat de Pologne.
Lorsque
le Pape Paul VI est mort, le 26 août l978, le Collège des cardinaux, dont le
Cardinal Wojtyla faisait bien entendu partie, se réunit en conclave au Vatican
pour élire le nouveau Pape. Le choix se porta sur Mgr Albino Lucciani,
patriarche de Venise. Il prit le nom de Jean-Paul Ier.
Le
29 septembre 1978, consternation générale
au Vatican, le nouveau Pape venait de mourir subitement.
Le
1er octobre le Cardinal Wojtyla a célébré, en l’église Sainte-Marie de
Cracovie, une messe pour le défunt. Le lendemain, il partit pour Rome. Tout le
monde avait la profonde impression qu’il ne reviendrait pas en Pologne.
Le
Pape Jean-Paul II

Première bénédiction du nouveau Pape, le 16 octobre 1978
Le
16 octobre 1978, le conclave, au septième tour du scrutin, élisait, comme
successeur au trône de Pierre, le Cardinal polonais, Karol Wojtyla. Sur les
cent huit cardinaux-électeurs, quatre-vingt-dix-neuf lui avaient accordé leurs
voix. C’était le premier pape non italien depuis
quatre cent cinquante ans. Un jeune pape de cinquante-huit ans. Il
devenait le berger d’un troupeau de neuf cents millions de catholiques.
Le
Cardinal, président du scrutin lui posa la question: «Acceptez-vous, quel nom
prenez-vous?»
Il
répondit: «Oui, fidèle, à ma foi en Notre-Seigneur Jésus-Christ, en me
confiant à Marie, Mère du Christ, et à l’Eglise, j’accepte, en dépit des
grandes difficultés que je rencontrerai.»
Il
prit le nom de Jean-Paul II.
Tandis
qu’il parlait, un tressaillement de joie parcourait le conclave. L’un après
l’autre, les cardinaux allèrent rendre hommage au nouveau Pape en
s’agenouillant devant lui.
Lorsque
vint le tour du vénéré cardinal Wyszynski (photo de gauche), Jean-Paul
II se leva de son siège, il empêcha le Cardinal de s’agenouiller et le prit
par les épaules et le releva. Le solide Cardinal, lutteur contre le communisme,
se tenait dans les bras du Pape comme un enfant. Jamais, dans l’histoire, la
Pologne avait été ainsi honorée.
Puis,
Jean-Paul II revêtit la soutane de Pape et se dirigea vers le grand balcon de
la basilique pour donner sa bénédiction
urbi et orbi — pour saluer le peuple de Rome et le monde entier.
Lorsque
la foule entendit le Pape polonais s’exprimer avec aisance en italien, il fut
acclamé avec un enthousiasme sans bornes.
En
Pologne, la nation entière était au comble de l’exaltation. Aux yeux des
fervents catholiques, c’était un don de Dieu et de la Vierge Marie, pour la
Pologne.
Mais
les membres du gouvernement communiste étaient dans la consternation. «Wojtyla
va nous tirer les oreilles», dit l’un d’eux.
Le
22 octobre, lorsque le «choisi de Dieu» arriva Place Saint-Pierre pour célébrer
la messe de l’inauguration de son pontificat, il semblait pleinement investi
de la mission que Dieu lui avait confiée. 200,000 personnes se pressaient sur
l’immense place.
En
regardant les images transmises par satellite, les croyants de cent pays différents
assistaient au rituel solennel par lequel l’Eglise catholique romaine élève
un homme à la dignité suprême de Pasteur de l’Eglise universelle. Pour la
première fois, S. S. le Pape Jean-Paul II prenait place sur son trône
pontifical.
Aux
accents de la litanie des Saints,
le Cardinal-diacre, Pericle Felici, plaça sur les épaules du Pape le pallium
sacré, ornement en laine blanche, brodé de croix noires, emblème du pouvoir
pontifical. Il prononça la formule d’investiture:
«Béni
soit Dieu, qui t’a fait pasteur de l’Eglise universelle en te confiant la
mission apostolique. Que ta gloire resplendisse pendant de longues années de
vie terrestre, jusqu’au jour où, appelé par ton Seigneur, tu seras vêtu
d’immortalité en entrant au royaume des cieux. Amen»
«Amen»
répétèrent 117 cardinaux de la Sainte Eglise catholique apostolique et
romaine. Se levant de leurs sièges, ils s’avancèrent en file pour embrasser
l’anneau du Pape en témoignage d’obéissance. Lorsque le cardinal Wyszynski
s’agenouilla pour lui rendre hommage, le pape serra le vieux primat dans ses
bras. Le cardinal incarnait l’histoire héroïque de l’Eglise polonaise, sa
résistance contre les envahisseurs, son farouche combat contre l’athéisme.
Le
thème principal du premier sermon de S.S. le Pape Jean-Paul II fut: «Le Christ».
«Chers
frères et soeurs, n’ayez pas peur de vous ouvrir au Christ et d’accepter sa
puissance. Aidez le Pape et tous ceux qui désirent servir le Christ et, avec la
puissance du Christ, aidez la personne humaine et le monde entier. N’ayez pas
peur. Ouvrez larges les portes au Christ. Par sa puissance salvatrice, ouvrez
les frontières des Etats, de l’économique et des systèmes politiques, le
vaste champs de la culture, de la civilisation et du développement. N’ayez
pas peur, le Christ sait «qu’est-ce qu’un homme». Lui seul le sait.»
(22 octobre 1978, à la messe d’inauguration de son pontificat). La voix forte
et profonde du Saint-Père frappaient comme le tonnerre dans les oreilles de la
foule. Le nouveau Pape était déterminé
à reconquérir le monde au Christ!
Dès
les cent premiers jours de son pontificat, Jean-Paul II a indiqué clairement la
voie dans laquelle il comptait s’engager. Lors de ses audiences et réunions,
il présentait son programme con cernant l’Eglise. Il se fit le champion du célibat
des prêtres. Aux religieuses, il insista sur la nécessité de porter le voile,
un important signe qui rappelle la vocation. Aux canadiens, il parla de la nécessité de la confession
individuelle. Il rappela aux membres du secrétariat pour l’union des chrétiens
que le mouvement oecuménique ne progresserait pas en faisant des compromis avec
la vérité. Il réaffirma le caractère indissoluble du mariage et il critiqua
le gouvernement italien qui venait de légaliser l’avortement. Il a dit «NON»
à l’ordination des femmes, en rappelant que la Sainte Vierge a préféré se
tenir au pied de la croix.
Jean-Paul
II plut à la foule parce qu’il parlait avec force et conviction. Il
s’exprimait avec spontanéité. Il n’hésitait pas à dire que rien au monde
n’était plus important que le Christ. Il savait présenter l’Evangile comme
un moyen de faire face aux problèmes de l’existence — du terrorisme, aux
crises économiques et à l’instabilité politique.
Première
visite à Assise
Saint
François, patron de l’Italie
Le
5 novembre 1978, le Pape se rendit à Assise, la ville de saint François, le
patron de l’Italie. L’enthousiasme de la foule était indescriptible. Les
Italiens l’accueillirent comme leur Pape.
Le
Pape pria pour que tous les problèmes sociaux
et politiques se règlent par la pratique de l’Evangile. Se tournant vers
saint François, le Pape poursuivit: «Aide-nous afin que le Christ devienne
la Voie, la Vérité et la Vie pour les hommes et les femmes de notre temps.
Saint François, fils de l’Italie, le pape Jean-Paul II, un fils de Pologne,
te demande cette grâce.» Un voix s’éleva de la foule: «N’oubliez
pas l’Eglise du silence!» Le Saint-Père répondit: «Ce n’est plus
l’Eglise du silence, car elle parle maintenant par la voix du Pape.»
Dorénavant
ses foudres contre l’idéologie communiste seraient lancées du haut de la
chaire de saint Pierre.
Que
le Dieu Tout-Puissant bénisse notre Pape et lui accorde toutes les victoires
contre les ennemis de l’Eglise et de la personne humaine.
(Pour
cet article, nous nous sommes servi de plusieurs livres, mais surtout celui
intitulé: «S. S. le Pape Jean-Paul II» Plon 1996).
Thérèse
Tardif
Cet article est paru dans l'édition d'octobre-novembre-décembre 2003 du journal Vers Demain. Si vous voulez vous abonner pour recevoir ce journal régulièrement, cliquez ici.
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