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Le circuit du crédit financier
Si
j'ai bien compris, sous un système financier de Crédit Social, le système
bancaire pourrait continuer de fonctionner exactement comme aujourd'hui,
prêtant à intérêt aux producteurs de biens consommables et aux
contracteurs de travaux publics? Exactement
comme aujourd'hui — oui, comme mécanisme, mais pas comme esprit.
C'est du crédit de la société, du «crédit social» que le banquier
prêterait. Ce ne serait donc plus du crédit créé par lui qu'il prêterait,
mais du crédit qu'il obtiendrait de la Banque centrale, gardienne du crédit
de la société. Au lieu d'être une créatrice de crédit financier basé
sur une chose qui appartient, à la société, la banque à charte ne
serait qu'une canalisation de ce crédit. Cela
peut avoir l'air insignifiant, de peu de conséquence dans la pratique,
puisque, dans l'un ou l'autre cas, l'emprunteur peut obtenir les mêmes
avances de crédit, avec les mêmes conditions de remboursement. Mais,
au contraire, cela fait une différence énorme. Comme
le remarquait Douglas devant un comité de l'Assemblée législative de
l'Alberta en 1934, si le crédit est à sa naissance la propriété des
institutions financières, ces institutions obtiennent pour rien un
titre hypothécaire sur toute la richesse produite financée par ce crédit.
Tandis que si tout ce crédit est, à sa source, propriété de la société,
c'est toute la population qui obtient pour rien ce titre hypothécaire;
c'est alors la population dans son ensemble qui est fournisseuse du prêt,
ce qui confère à tous les citoyens le droit à un dividende, à une
part de la richesse produite et financée par ce crédit «social». Ce
crédit financier serait-il encore, comme aujourd'hui, de l'argent
temporaire, naissant avec le prêt, disparaissant (annulé) avec le
remboursement? Non.
Le prêt ne ferait pas naître le crédit: ce crédit était déjà là,
sous la garde de la Banque centrale, attendant utilisation. De
même, le remboursement n'annulerait pas le crédit financier, mais le
mettrait dans le canal de retour vers la Banque centrale d'où il était
sorti. Ici
encore, cela peut sembler ne pas faire grande différence, puisque la
banque à charte actuelle peut toujours créer une somme nouvelle pour
faire un autre prêt. Mais la méthode proposée est plus conforme au réel.
Le crédit financier doit être le reflet, l'expression chiffrée de la
capacité de production du pays qui seule lui donne de la valeur. Or, la
capacité de production du pays ne disparaît pas quand un emprunteur,
après l'avoir mise en oeuvre, rembourse le crédit financier emprunté.
Pourquoi, alors, le crédit financier qui représente cette capacité de
production serait-il annulé, même temporairement ? Est-ce
que le crédit financier sorti de la Banque centrale, et mis en
circulation par l'entremise des banques commerciales, devrait rentrer à
sa source dans un temps déterminé d'avance, comme cela fait
aujourd'hui partie des conditions du prêt? Non.
Le crédit servant à financer la production sortirait de sa source au
rythme de la production, d'ordre privé ou d'ordre public; et il
retournerait à sa source au rythme seulement die la consommation, ou de
la dépréciation, d'ordre privé ou d'ordre public. Il
ne serait pas conforme aux faits d'exiger ce retour plus vite que la
consommation, comme on le fait aujourd'hui, surtout pour les biens
publics. On violente le réel quand on fait payer la consommation, la dépréciation,
plus vite qu'elle n'a lieu. On contredit le réel quand on ôte de la
circulation par les taxes, en vue de remboursements, deux fois le prix
d'un aqueduc, d'un pont, d'un édifice scolaire, deux fois avant même
qu'il soit complètement déprécié, avant qu'il soit «consommé» une
fois! (Et vraiment, comment peut-on le consommer deux fois?) Cela
veut-il dire qu'aujourd'hui il n'y a pas de rapport entre le mouvement
de l'argent et le mouvement de la richesse réelle? C'est
justement un des grands défauts du système actuel. Pour plusieurs
raisons. Pas seulement parce qu'on force à rembourser l'argent de la
production plus vite que la consommation. Mais aussi parce
qu'il n'y a pas rapport d'égalité entre les prix des produits offerts
et les moyens de paiement entre les mains des consommateurs. Le
prix se constitue à mesure de la fabrication du produit, et ce prix
complété est attaché au produit fini qui vient sur le marché. Tandis
que l'argent distribué en cours de fabrication du produit prend 1000
chemins, est dépensé à 1000 moments, sans chronométrage avec
l'apparition du produit, fini et de son prix final. Il
y a aussi de l'argent marqué dans les prix, mais non distribué, parce
qu'il est réservé pour remplacements de machines plus tard. Il y a également
l'épargne par des particuliers, qui ne fait plus partie du pouvoir
d'achat effectif, malgré qu'elle est dans les prix, etc. De
sorte que, s'il n'y a pas d'ajustement des prix (comme propose le Crédit
Social), le décalage inévitable entre le pouvoir d'achat et les prix
demeure, et la production n'atteint pas son but. Un
autre point: la somme de pouvoir d'achat existante oublie bien des
consommateurs. Comme elle est distribuée surtout en récompense aux
producteurs, ceux qui ne sont pas employés lucrativement par la
production sont démunis ou mal munis de pouvoir d'achat. Pour
toutes ces raisons, il est donc nécessaire de voir à la finance, non
seulement de la production, mais aussi de la consommation. Cette nécessite
s'accroît à mesure du progrès qui augmente la production sans
employer plus de personnel. A
quelle source prendre les moyens de paiement pour financer ce qui manque
à la consommation? A
la même source que pour la finance de la production. A la Banque
centrale, ce qui, là aussi, peut être fait par le canal des banques
commerciales. Ce
serait donc encore de l'argent que les banques commerciales prêteraient
à intérêt aux
consommateurs? Oh!
non. Il faut bien distinguer entre l'argent qui finance la production et
l'argent qui achète la production, même si ça vient de la même
source. Douglas
fait cette distinction quand il parle de «credits» et de «cash
credits» Les «credits», c'est l'argent avancé à la production
et qui doit être remboursé à la banque prêteuse. Les «cash credits»,
c'est ce qu'on peut appeler «monnaie de consommation», que le
consommateur emploie à sa guise. La
différence entre ces deux sortes de monnaie réside dans leur fonction,
et non pas dans leur nature. L'une et l'autre, en effet, sont du crédit
financier sortant de la même source. De plus, la monnaie de production
se change en monnaie de consommation, lorsqu'elle est versée par le
producteur en salaires, en traitements, en dividendes industriels. Aujourd'hui,
pratiquement toute la monnaie de consommation a d'abord été monnaie de
production, puisque ce sont les activités de production qui distribuent
à peu près tout le pouvoir d'achat. Sous
un système créditiste, de la monnaie de consommation additionnelle
viendrait directement de la source sans passer par l'industrie, de deux
manières a)
Sous forme de compensation au vendeur, pour l'escompte général accordé
aux acheteurs, en vertu de l'ajustement des prix mentionné
plus haut; b)
Sous forme de dividende social à tous, dont il va présentement être
question. Cette
addition de pouvoir d'achat permettrait de rencontrer des montants qui
sont dans les prix, mais qui ne sont pas encore ou qui ne sont plus
entre les mains du public consommateur quand les produits sont mis en
vente. Ce
serait autrement satisfaisant que d'avoir à s'endetter envers des
maisons de finance. Cet endettement, qui se généralise de plus en plus
sous le présent système, est un étrange moyen de permettre à la
population d'obtenir l'abondante production de son pays. C'est faire
quelques financiers profiter, et la population pâtir, d'un système
inapte à établir l'équilibre entre les prix et le pouvoir d'achat. Le
circuit du crédit financier
De l'argent est avancé au producteur (industrie) par l'Office National de Crédit, pour la production de nouveaux biens, ce qui amène (flèche de gauche) un flux de produits étiquetés avec des prix et (flèche de droite), des salaires distribués aux employés. Puisque les salaires ne suffisent pas pour acheter toute la production, l'Office de Crédit comble la différence par l'émission d'un dividende périodique à tous les citoyens. La rencontre des consommateurs et des produits se fait chez le marchand, et lorsqu'un produit est acheté (consommé), l'argent qui avait été avancé au début de la production de ce produit retourne à sa source, l'Office National de Crédit, ayant ainsi accompli sa fonction et terminé sa course dans le circuit financier, puisque le produit a atteint le consommateur. En tout temps, il y a une égalité entre les moyens d'achat entre les mains de la population, et les prix à payer pour les biens consommables mis en vente sur le marché.
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