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Dieu ou le veau d'or? par le Père Peter Coffey Docteur
en philosophie, professeur au collège de Maynooth, en Irlande Frustrations
devant l'abondance Les
maux économiques et politiques de la société crèvent les yeux ; mais
encore faut-il déterminer scientifiquement leurs causes si l'on veut
apporter le remède approprié... Quel
est le but de l'organisation économique? Vise-t-elle à fournir du
travail à tout le monde? Ou bien son but n'est-il pas plutôt de
produire le plus de biens possible, marchandises et services, avec le
moins de peine possible? Les
méthodes agricoles et industrielles améliorées augmentent le
rendement du travail humain. Souvent même, elles remplacent le labeur
de l'homme par des machines, surtout depuis la grande guerre
(1914-1918). Si bien qu'aujourd'hui, la société organisée peut
fournir assez de biens utiles pour satisfaire les besoins vitaux de tous
les hommes. Et cela tout en diminuant progressivement la part du labeur
humain. a)
Le peuple se rend compte de l'énorme capacité de production du système
industriel; mais b)
Le peuple croit encore que les biens utiles à l'homme doivent être liés
au travail de toute la population, comme avant l'avènement de la
machine moderne. De
là.... le blâme qu'on jette sur la machine, sur le progrès, au lieu
de chercher pourquoi on empêche la distribution des produits de la
machine... D'une
part, le peuple entend parler... de récoltes diverses délibérément réduites;
de richesses de toutes sortes que l'on détruit systématiquement plutôt
que de les distribuer pour la consommation; d'usines et de machines ne
fonctionnant que par intermittence; de milliers d'hommes valides, avides
de travailler, et forcés au chômage. D'autre
part, ce même peuple entend dire et constate que des millions d'êtres
humains vivent dans une pauvreté abjecte; que le droit naturel au
mariage est frustré, parce que le système est incapable de distribuer
l'abondance des richesses qu'il est capable de produire. Mais
le peuple, tout en se rendant compte de l'absurdité de cette situation
et tout en réclamant
contre elle, ignore tout de même la cause réelle de son malheur. En désespoir
de cause, il soutient et préconise des réformes futiles et illégitimes. Ces
réformes futiles et illégitimes sont le communisme et le socialisme.
Illégitimes, parce qu'elles nient les droits naturels de la personne
humaine. Futiles, parce qu'elles ne vont pas au vrai mal; elles ne sont
pas appropriées et ne guériraient point les maux économiques dont
souffre la société. D'ailleurs, les papes les ont condamnées, et pour
nous, catholiques, cela doit suffire... But
du système économique Le
but de l'association économique est de procurer les biens matériels et
les services requis par les consommateurs, par les hommes, les femmes et
les enfants. Cela se fait par deux procédés bien distincts: a)
La production, y compris les moyens de transport; b)
La distribution de ces produits parmi les consommateurs. Le
premier de ces moyens, la production, devient de plus en plus efficace.
Ce n'est donc pas dans la production que se situe le mal économique
dont nous souffrons. Il
faut donc chercher le mal dans le deuxième procédé: c'est la
distribution qui a failli à la tâche et qui se trouve aujourd'hui
paralysée. Mais
l'instrument de distribution, l'outil des échanges, c'est l'argent, la
monnaie. C'est donc le système monétaire qui remplit mal sa fonction;
il ne distribue pas les biens, les fruits de la production... Système
monétaire vicieux La
monnaie est essentiellement un système de «tickets» ou bons pour
faciliter les échanges de biens. La valeur ou validité de l'argent est
basée sur la confiance que les hommes ont dans la capacité productrice
de leur pays. La
fonction naturelle de l'argent est d'assurer continuellement la
distribution de tous les biens utiles que le peuple peut produire et
dont il a besoin. Tous
les gouvernements modernes ont négligé leur devoir, en abandonnant le
contrôle du système monétaire à un petit groupe d'hommes qui se
fichent de la fin première de l'argent et lui
font atteindre un but diamétralement opposé. Ces hommes ont ainsi la
haute main sur tout le pouvoir économique et même politique de la société. Dans
son encyclique Quadragesimo Anno, le Pape Pie XI attire
l'attention du monde chrétien sur ce monopole international de la
finance et indique quelques-unes de ses conséquences les plus désastreuses. Les
contrôleurs du régime financier actuel, c'est-à-dire les maîtres du
système bancaire se sont fait réserver le droit d'émettre l'argent.
Or ils ne créent et mettent l'argent en circulation que sous forme de
dette qu'il faut leur rembourser avec intérêt. Par les
remboursements qu'ils exigent à date fixe, ils retirent et annulent cet
argent, avant même que les biens produits aient atteint les
consommateurs. Vu
que l'argent est le véhicule pour faire passer les biens du producteur
au consommateur, la disparition de l'argent enlève au peuple le pouvoir
d'acheter toute la production faite pour lui. Le système bancaire, en
retirant ainsi l'argent à contretemps et en retirant plus d'argent
qu'il en avait émis, établit la rareté de l'argent en face des
produits et en face du travail qui demande emploi. De là les exportations et la concurrence effrénée pour les marchés étrangers, parce qu'il n'y a pas assez d'argent dans le marché domestique. De là, les dettes internationales. De là, les conflits économiques conduisant à la guerre. De là aussi, les hypothèques progressives sur l'agriculture, l'industrie, le capital et les ressources naturelles de la société — hypothèques qui placent l'univers à la merci de ce monopole bancaire mondial...
L'État
devenu esclave Une
autre conséquence désastreuse soulignée par le Pape, c'est la mise en
esclavage, la soumission complète de l'Etat, de tous les gouvernements,
de tous les organismes politiques, visà-vis d'une ploutocratie qui
n'est, en somme, qu'un Etat dans l'Etat. Véritable pouvoir politique
usurpé et conduit par les monopoleurs qui contrôlent l'argent, le sang
même de la vie économique. C'est
là une inversion néfaste de l'ordre. L'organisme économique et
industriel de la société devrait être subordonné à l'organisation
politique attitrée. Dans le domaine temporel, le pouvoir
politique régulier doit être suprême. Son autorité, en effet, découle
de Dieu, et non pas de la force ou de la ruse de ceux qui, animés par
des sentiments de domination et de lucre, ont usurpé le pouvoir économique
en usurpant le contrôle de l'argent... Le
poids des hypothèques, des dettes est devenu trop lourd et l'Etat se
voit forcé d'intervenir et de prendre sous sa tutelle l'exercice de
maintes fonctions économiques qui appartiennent de droit aux organismes
économiques subordonnés à l'Etat. Le
Pape Pie XI, dans Quadragesimo Anno, indique quelques-uns de ces
organismes coopératifs — guildes ou corporations - par lesquels
seraient instaurés des méthodes plus efficaces de production et de
distribution des richesses. Mais
ils ne pourront atteindre leur objectif que si l'Etat commence par
assujettir à l'industrie le système monétaire du pays en le dirigeant
légitimement vers son but: distribuer les produits de la société
considérée comme productrice à la société considérée comme
consommatrice... L'Etat doit donc, par des actes législatifs — a) Déterminer la fonction propre du système monétaire; b) Passer des lois pour que cette fonction soit accomplie. Donc,
tracer les grandes lignes de la politique bancaire qui doit présider à
l'émission et au retrait du crédit de la société... Le
devoir du gouvernement politique et des hommes d'Etat qui voudront
partager ses responsabilités, sera de faire adopter les lois nécessaires
pour fixer la politique financière nationale. Puis donner aux
administrateurs actuels du système bancaire l'ordre d'agir en sorte que
le but indiqué par cette politique soit atteint. La
société volée de son crédit Le système bancaire seul possède et exera sortir de facto le pouvoir de fabriquer et de canceller la monnaie. La valeur, la validité, le pouvoir d'achat de cet argent ne proviennent pas de l'or, mais du crédit national, c'est-à-dire de ce que la sociét. est capable de produire des biens pour honorer cet argent. La
société ne devrait donc pas être forcée de payer des intérêts
perpétuels aux créateurs de
l'argent. Elle paie tribut à des comptables qui ne font qu'enregistrer
une valeur de production qui lui appartient, à elle, la société. De
plus, la société est forcée de payer ce tribut, non pas en produits
qu'elle peut faire, mais en argent qu'elle ne fait pas. Le banquier
exige, comme tribut, une chose que lui seul a le droit de faire. Le
banquier seul fait l'argent. Or il ne fabrique que le capital, mais il
demande de lui rapporter le capital qu'il a créé, plus l'intérêt
qu'il n'a pas fait et que personne autre n'a le droit de faire. Ce
paiement d'intérêt, par la société, au système bancaire, sur de la
monnaie nouvellement créée et qui ne coûte rien, n'est pas du tout
semblable ni comparable à l'intérêt qu'un prêteur ordinaire exige
sur de l'argent déjà en existence, qu'il a gagné, épargné et prêté
à l'industrie. Conséquences Le
système bancaire s'efforce constamment de retirer le plus tôt possible
l'argent émis pour la production, sans se soucier de voir à ce que cet
argent ait effectué aussi la distribution... D'où
nombre de conséquences désastreuses a)
Une concurrence effrénée. On cherche à diminuer le plus possible les
prix de revient, en coupant sur les salaires ou en pressurant les
ouvriers. Puis on cherche à vendre le plus cher possible. Le tout pour
récupérer les frais totaux, y compris l'intérêt sur l'argent créé. b)
Une série continuelle de faillites. Les plus faibles et les moins
brutaux tombent devant la concurrence, faute de pouvoir d'achat global
suffisant chez les consommateurs. c)
La naissance de monopoles par la disparition des concurrents faibles. d)
Accumulation croissante de produits qui ne se vendent pas, malgré les
besoins de consommateurs sans argent. e)
Lutte internationale pour les marchés étrangers, afin d'y écouler ces
surplus. D'où conflits économiques engendrant des conflits
militaires. f)
Orientation de l'industrie vers la production de biens de capital:
machines, outillage, etc., pour essayer d'augmenter entre les mains du
public l'argent nécessaire à l'achat des biens de consommation. g)
Faillite graduelle de cette tentative, vu que les machines déplacent
l'ouvrier et parce que l'outillage ainsi augmenté est bientôt réduit
au repos, les consommateurs n'ayant pas l'argent pour acheter les
produits de cet outillage. Le
vrai remède Les
gouvernements ont voulu venir au secours de ces situations par divers
palliatifs, par des travaux publics ou par des secours directs aux plus
éprouvés. Mais
les gouvernements ne peuvent se procurer l'argent nécessaire à ces remèdes
que de deux façons: a)
Par des impôts, soutirés du revenu déjà insuffisant des
consommateurs; b)
Par des emprunts venant des banques, monnaie nouvelle faite par les
banques, mais plus tard réclamée plus qu'en entier, vu l'intérêt
qu'elle commande. La
faillite de ces remèdes est donc très évidente. Ils laisseront les
consommateurs grevés d'une plus grosse dette et de plus en plus dépourvus
de pouvoir d'achat... Pour
solutionner ce problème, il est clair que les gouvernements doivent: a)
Reprendre leur prérogative, exercer euxmêmes le contrôle sur le
volume de l'argent nécessaire à leur peuple; b)
Baser la monnaie sur la capacité productive de leur pays; c)
Emettre l'argent nouveau, non plus comme une dette envers les banquiers
et comme grevé d'intérêt, mais émettre de l'argent absolument libre
de dette; d)
Donner un dividende national à chaque citoyen. «En
même temps, pour empêcher automatiquement toute inflation comme
toute déflation, pour maintenir un équilibre parfait et constant entre
les prix et le pouvoir d'achat, les prix doivent être soumis à un
escompte national établi d'après les statistiques de la production et
de la consommation. Cet escompte sera calculé de manière à combler
l'écart entre les prix et le pouvoir d'achat collectif.» Père
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