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Chapitre
52 – Le
Crédit Social (Article
d'Alain Pilote, paru dans Vers Demain de mai 1995.)
Christianisme
appliqué C.H.
Douglas a déjà dit que le Crédit Social pouvait être défini en deux
mots: christianisme appliqué. En effet, une étude comparative du
Crédit Social et de la doctrine sociale de l'Eglise montre jusqu'à
quel point l'établissement des propositions financières du Crédit
Social appliquerait à merveille l'enseignement de l'Eglise sur la
justice sociale. Primauté
de la personne La
doctrine sociale de l'Eglise peut se résumer dans ce principe de base:
la primauté de la personne humaine: «La
doctrine sociale chrétienne a pour lumière la Vérité, pour objectif
la Justice et pour force dynamique l'Amour... Son principe de base est
que les êtres humains sont et doivent être fondement, but et sujets de
toutes les institutions où se manifeste la vie sociale.»
(Jean XXIII, encyclique Mater et Magistra, 15 mai 1961, nn. 219 et 226.) Les
systèmes au service de l'homme Le
Crédit Social partage la même philosophie. C.H. Douglas écrivait au
début de son tout premier livre, Economic
Democracy: «Les systèmes sont faits pour l'homme, et non pas
l'homme pour les systèmes, et l'intérêt de l'homme, qui est son
propre développement, est au-dessus de tous les systèmes.» Et
Jean-Paul écrivait dans sa première encyclique, Redemptor
hominis (4 mars 1979, n. 15): «L'homme
ne peut renoncer à lui-même ni à la place qui lui est propre dans le
monde visible, il ne peut devenir esclave des choses, esclave des
systèmes économiques, esclave de ses propres produits.» Tous
les systèmes doivent être au service de l'homme, y compris les
systèmes financiers et économiques: «En
tant que société démocratique, veillez attentivement à tout ce qui
se passe dans le puissant monde de l'argent! Le monde de la finance est
aussi un monde humain, notre monde, soumis à la conscience de nous tous;
pour lui aussi il y a des principes éthiques. Veillez donc surtout à
ce que vous apportiez une contribution au service du monde avec votre
économie et vos banques, et non une contribution — peut-être
indirecte — à la guerre et à l'injustice!»
(Jean-Paul II, Fluëli, Suisse, 14 juin 1984.) Les
banquiers contrôlent l'argent L'argent
devrait être un instrument de service, mais les banquiers, en s'en
réservant le contrôle de la création, en ont fait un instrument de
domination: «Ce
pouvoir est surtout considérable chez ceux qui, détenteurs et maîtres
absolus de l'argent et du crédit, gouvernent le crédit et le
dispensent selon leur bon plaisir. Par là, ils distribuent le sang à
l'organisme économique dont ils tiennent la vie entre leurs mains, si
bien que, sans leur consentement, nul ne peut plus respirer.» (Pie XI, encyclique Quadragesimo
anno, 15 mai 1931.) La
création d'argent sous forme de dette par les banquiers est leur moyen
d'imposer leur volonté sur les individus et de contrôler le monde: «Parmi
les actes et les attitudes contraires à la volonté de Dieu et au bien
du prochain et les «structures» qu'ils introduisent, deux éléments
paraissent aujourd'hui les plus caractéristiques: d'une part le désir
exclusif du profit et, d'autre part, la soif du pouvoir dans le but
d'imposer aux autres sa propre volonté.» (Jean-Paul II, encyclique Sollicitudo
rei socialis, sur la question sociale, 30 décembre 1987, n. 37.) Puisque
l'argent est un instrument essentiellement social, la doctrine du
Crédit Social propose que l'argent soit émis par la société, et non
par des banquiers privés pour leur profit: «Il
y a certaines catégories de biens pour lesquelles on peut soutenir avec
raison qu'ils doivent être réservés à la collectivité lorsqu'ils en
viennent à conférer une puissance économique telle qu'elle ne peut,
sans danger pour le bien public, être laissée entre les mains de
personnes privées.» (Pie XI,
encyclique Quadragesimo anno.) Des
dettes impayables L'obligation
de remettre au banquier de l'argent qu'il n'a pas créé entraîne des
dettes impayables: «Les
pays débiteurs, en effet, se trouvent placés dans une sorte de cercle
vicieux: ils sont condamnés, pour pouvoir rembourser leurs dettes, à
transférer à l'extérieur, dans une mesure toujours plus grande, des
ressources qui devraient être disponibles pour leur consommation et
leurs investissements internes, donc pour leur développement. «Le
service de la dette ne peut être acquitté au prix d'une asphyxie de
l'économie d'un pays et aucun gouvernement ne peut moralement exiger
d'un peuple des privations incompatibles avec la dignité des personnes...
S'inspirant de l'Evangile, d'autres comportements seraient à envisager,
comme consentir des délais, remettre partiellement ou même totalement
les dettes... En certains cas, les pays créanciers pourront convertir
les prêts en dons. «L'Eglise
rappelle la priorité à accorder aux hommes et à leurs besoins, par-delà
les contraintes et les techniques financières souvent présentées
comme seules impératives.» (Une approche éthique de
l'endettement international, document de la Commission Pontificale
Justice et Paix, 27 décembre 1986.) «Il
n'est pas licite de demander et d'exiger un paiement quand cela
reviendrait à imposer en fait des choix politiques de nature à pousser
à la faim et au désespoir des populations entières. On ne saurait
prétendre au paiement des dettes contractées si c'est au prix de
sacrifices insupportables. Dans ce cas, il est nécessaire —
comme du reste cela est en train d'être partiellement fait —
de trouver des modalités d'allégement de report ou même d'extinction
de la dette, compatibles avec le droit fondamental des peuples à leur
subsistance et à leur progrès.»
(Jean-Paul II, encyclique Centesimus
annus, 1er mai 1991, n. 35.) L'impérialisme
de l'argent L'Eglise
condamne à la fois le capitalisme libéral et le communisme marxiste. A
remarquer que ce n'est pas le capitalisme en soi que l'Eglise condamne,
mais le «capitalisme libéral», un «certain capitalisme». Car
l'Eglise sait faire la distinction, dans le système capitaliste, entre
le système producteur et «le néfaste système qui l'accompagne», le
système financier: «Ce
libéralisme sans frein conduit à la dictature à bon droit dénoncée
par Pie XI comme génératrice de ‘l'impérialisme de l'argent’. On
ne saurait trop réprouver de tels abus, en rappelant encore une fois
solennellement que l'économie est au service de l'homme. Mais s'il est
vrai qu'un certain capitalisme a été la source de trop de souffrances,
d'injustices et de luttes fratricides aux effets durables, c'est à tort
qu'on attribuerait à l'industrialisation elle-même des maux qui sont
dus au néfaste système qui l'accompagnait. Il faut au contraire en
toute justice reconnaître l'apport irremplaçable de
l'organisation du travail et du
progrès industriel à l'oeuvre du développement.» (Paul VI,
encyclique Populorum progressio,
sur le développement des peuples, 26 mars 1967, n. 26.) La
propriété privée Les
maux qu'on reproche au système capitaliste actuel ne proviennent pas de
sa nature (propriété privée, libre entreprise), mais du système
financier qu'il utilise, un système financier qui domine au lieu de
servir, qui vicie le capitalisme. Les Papes, loin de souhaiter la
disparition de la propriété privée, souhaitent plutôt sa diffusion
la plus large possible pour tous: «La
dignité de la personne humaine exige normalement, comme fondement
naturel pour vivre, le droit à l'usage des biens de la terre; à ce
droit correspond l'obligation fondamentale d'accorder une propriété
privée autant que possible à tous.... (Il faut) mettre en branle une
politique économique qui encourage et facilite une plus ample accession
à la propriété privée des biens durables: une maison, une terre, un
outillage artisanal, l'équipement d'une ferme familiale, quelques
actions d'entreprises moyennes ou grandes.»
(Jean XXIII, Mater et Magistra,
nn. 114-115.) Tous
capitalistes Que
tous soient réellement «capitalistes» et aient accès aux biens de la
terre, cela serait rendu possible par le dividende du Crédit Social,
qui appliquerait concrètement cet autre principe de base de la doctrine
sociale de l'Eglise: les biens de la terre sont destinés à tous les
hommes: «Dieu
a destiné la terre et tout ce qu'elle contient à l'usage de tous les
hommes et de tous les peuples, en sorte que les biens de la création
doivent équitablement affluer entre les mains de tous, selon les
règles de la justice, inséparables de la charité.»
(Concile Vatican II, Constitution Gaudium
et Spes, n. 69.) Le
dividende du Crédit Social est basé sur deux choses: l'héritage des
richesses naturelles et des inventions des générations précédentes: «L'homme,
par son travail, hérite d'un double patrimoine: il hérite d'une part
de ce qui est donné à tous les hommes, sous forme de ressources
naturelles et, d'autre part, de ce que tous les autres ont déjà
élaboré à partir de ces ressources, en réalisant un ensemble
d'instruments de travail toujours plus parfaits. Tout en travaillant,
l'homme hérite du travail d'autrui.»
(Jean-Paul II, encyclique Laborem
exercens, sur le travail humain, 15 septembre 1981, n. 12.) La
technologie n'est pas un mal en soi, et avec le dividende, elle pourrait
être mise au service de l'homme, on ne la blâmerait plus de supprimer
des emplois: «La
technologie a tant contribué au bien-être de l'humanité; elle a tant
fait pour améliorer la condition humaine, servir l'humanité et
faciliter son labeur. Pourtant, à certains moments, la technologie ne
sait plus vraiment où se situe son allégeance: elle est pour
l'humanité ou contre elle... Pour cette raison, mon appel s'adresse à
tous les intéressés... à quiconque peut apporter une contribution
pour que la technologie qui a tant fait pour édifier Toronto et tout le
Canada serve véritablement chaque homme, chaque femme et chaque enfant
de ce pays.» (Jean-Paul II,
Toronto, Canada, 17 septembre 1984.) Mais
si on veut persister à tenir tout le monde, hommes et femmes, employés
dans la production, même si la production pour satisfaire les besoins
de base est déjà toute faite, et cela, avec de moins en moins de
labeur humain, alors il faut créer de nouveaux emplois complètement
inutiles, et dans le but de justifier ces emplois, créer de nouveaux
besoins artificiels, par une avalanche de publicité, pour que les gens
achètent des produits dont ils n'ont pas réellement besoin. C'est ce
qu'on appelle «la société de consommation». De
même, on fabriquera des produits dans le but qu'ils durent le moins
longtemps possible, dans le but d'en vendre plus, et faire plus d'argent,
ce qui entraîne un gaspillage non nécessaire des ressources naturelles,
et la destruction de l'environnement. Aussi, on persistera à maintenir
des travaux qui ne nécessitent aucun effort de créativité, qui ne
demandent que des efforts mécaniques, qui pourrait facilement être
faits uniquement par des machines, des travaux où l'employé n'a aucune
chance de développer sa personnalité. Mais pour cet employé, ce
travail, si déshumanisant soit-il, est la condition d'obtenir l'argent,
le permis de vivre. Ainsi,
pour lui et pour une multitude de salariés, la signification de leur
emploi se résume à ceci: aller travailler pour obtenir l'argent qui
servira à acheter le pain, qui leur donnera la force d'aller travailler
pour gagner l'argent... et ainsi de suite, jusqu'à l'âge de la
retraite, s'ils ne meurent pas avant. Voilà une vie vide de sens, où
rien ne différencie l'homme de l'animal. Activités
libres Justement,
ce qui différencie l'homme de l'animal, c'est que l'homme n'a pas
seulement que des besoins matériels, il a aussi des besoins culturels,
spirituels. Comme dit Jésus dans l'Evangile: «L'homme ne vit pas
seulement que de pain, mais de toute parole qui vient de la bouche de
Dieu.» (Matthieu 4,4.) Vouloir occuper tout le temps de l'homme à
l'entretien de sa vie matérielle, c'est du matérialisme, car c'est
nier que l'homme a aussi une dimension et des besoins spirituels. Mais
alors, si l'homme n'est pas employé dans un travail salarié, que
va-t-il faire de ses temps libres? Il l'occupera à faire des activités
libres, des activités de son choix. C'est justement dans ses temps
libres que l'homme peut vraiment développer sa personnalité,
développer les talents que Dieu lui a donnés et les utiliser à bon
escient. De
plus, c'est durant leurs temps libres que l'homme et la femme peuvent
s'occuper de leurs devoirs familiaux, religieux et sociaux: élever leur
famille, pratiquer leur religion (connaître, aimer et servir Dieu),
venir en aide à leur prochain. Elever des enfants est le travail le
plus important au monde, mais parce que la femme qui reste au foyer pour
élever ses enfants ne reçoit pas de salaire, on considère qu'elle ne
fait rien, qu'elle ne travaille pas! Etre
libéré de la nécessité de travailler pour produire les biens
essentiels à la vie ne signifie aucunement paresse. Cela signifie tout
simplement que l'individu est alors en position de choisir l'activité
qui l'intéresse. Sous un système de Crédit Social, il y aura une
floraison d'activités créatrices. Par exemple, les grandes inventions,
les plus grands chefs-d'oeuvre de l'art, ont été accompli dans des
temps libres. Comme le disait C. H. Douglas: «La
majorité des gens préfèrent être employés — mais dans des choses
qu'ils aiment plutôt que dans des choses qu'ils n'aiment pas. Les
propositions du Crédit Social ne visent aucunement à produire une
nation de paresseux... Le Crédit Social permettrait aux gens de
s'adonner aux travaux pour lesquels ils sont qualifiés. Un travail que
vous faites bien est un travail que vous aimez, et un travail que vous
aimez est un travail que vous faites bien.» La
misère en face de l'abondance Dieu
a mis sur la terre tout ce qu'il faut pour nourrir tout le monde. Mais
à cause du manque d'argent, les produits ne peuvent plus joindre les
gens qui ont faim: des montagnes de produits s'accumulent en face de
millions qui meurent de faim. C'est le paradoxe de la misère en face de
l'abondance: «Quel
cruel paradoxe de vous voir si nombreux ici même en détresse
financière, vous qui pourriez travailler pour nourrir vos semblables,
alors qu'au même moment la faim, la malnutrition chronique et le
spectre de la famine touchent des milliers de gens ailleurs dans le
monde.» (Jean-Paul II aux
pêcheurs, St. John's, Terre-Neuve, 12 septembre 1984.) «Jamais,
plus jamais la faim! Mesdames et messieurs, cet objectif peut être
atteint. La menace de la faim et le poids de la malnutrition ne sont pas
une fatalité inéluctable. La nature n'est pas, en cette crise,
infidèle à l'homme. Tandis que, selon l'opinion généralement
acceptée, 50% des terres cultivables ne sont pas encore mises en valeur,
le fait s'impose du scandale d'énormes excédents alimentaires que
certains pays détruisent périodiquement faute d'une sage économie qui
en aurait assuré une consommation utile. «Nous
touchons ici au paradoxe de la situation présente: L'humanité dispose
d'une maîtrise inégalée de l'univers; elle dispose des instruments
capables de faire rendre à plein les ressources de celui-ci. Les
détenteurs mêmes de ces instruments resteront-ils comme frappés de
paralysie devant l'absurde d'une situation où la richesse de
quelques-uns tolérerait la persistance de la misère d'un grand nombre?...
on ne saurait en arriver là sans avoir commis de graves erreurs
d'orientation, ne serait-ce parfois que par négligence ou omission; il
est grand temps de découvrir en quoi les mécanismes sont faussés,
afin de rectifier, ou plutôt de redresser de bout en bout la
situation.» (Paul VI à la
Conférence Mondiale de l'Alimentation, Rome, 9 novembre 1974.) «De
toute évidence, il y a un défaut capital, ou plutôt un ensemble de
défauts et même un mécanisme défectueux à la base de l'économie
contemporaine et de la civilisation matérialiste, qui ne permettent pas
à la famille humaine de se sortir, dirais-je, de situations aussi
radicalement injustes.»
(Jean-Paul II, encyclique Dives in
Misericordia, 30 novembre 1980, n. 11.) La
misère en face de l'abondance... «représente
en quelque sorte un gigantesque développement de la parabole biblique
du riche qui festoie et du pauvre Lazare. L'ampleur du phénomène met
en cause les structures et les mécanismes financiers, monétaires,
productifs et commerciaux qui, appuyés sur des pressions politiques
diverses, régissent l'économie mondiale; ils s'avèrent incapables de
résorber les injustices héritées du passé et de faire face aux
défis urgents et aux exigences éthiques du présent... Nous sommes ici
en face d'un drame dont l'ampleur ne peut laisser personne indifférent.»
(Jean-Paul II, Redemptor hominis,
n. 15.) Réforme
du système financier Le
Pape dénonce la dictature de l'argent rare et demande une réforme des
systèmes financiers et économiques, l'établissement d'un système
économique au service de l'homme: «Je
tiens encore à aborder une question délicate et douloureuse. Je veux
parler du tourment des responsables de plusieurs pays, qui ne savent
plus comment faire face à l'angoissant problème de l'endettement...
Une réforme structurelle du système financier mondial est sans nul
doute une des initiatives les plus urgentes et nécessaires.»
(Jean-Paul II, message à la 6e session de la Conférence des Nations
unies sur le commerce et le développement, Genève, 26 septembre 1985.) «Il
est nécessaire de dénoncer l'existence de mécanismes économiques,
financiers et sociaux qui, bien que menés par la volonté des hommes,
fonctionnent souvent d'une manière quasi automatique, rendant plus
rigides les situations de richesse des uns et de pauvreté des autres.»
(Jean-Paul II, encyclique Sollicitudo
rei socialis, n. 16.) «Je
fais appel à tous les chargés de pouvoir afin qu'ensemble ils
s'efforcent de trouver les solutions aux problèmes de l'heure, ce qui
suppose une restructuration de l'économie de manière à ce que les
besoins humains l'emportent toujours sur le gain financier.»
(Jean-Paul II aux pêcheurs de St. John's, Terre-Neuve, 12 septembre
1984.) «Une
condition essentielle est de donner à l'économie un sens humain et une
logique humaine. Ce que j'ai dit au sujet du travail est également
valable ici. Il importe de libérer les divers champs de l'existence de
la domination d'une économie écrasante. Il faut mettre les exigences
économiques à la place qui leur revient et créer un tissu social
multiforme qui empêche la massification... Chrétiens, en quelque lieu
que vous soyez, assumez votre part de responsabilité dans cet immense
effort pour la reconstruction humaine de la cité. La foi vous en fait
un devoir.» (Jean-Paul II,
discours aux ouvriers de Sao Paulo, 3 juillet 1980.) Devoir
de tout chrétien C'est
en effet un devoir et une obligation pour tout chrétien de travailler
à l'établissement de la justice et d'un meilleur système économique: «Celui
qui voudrait renoncer à la tâche, difficile mais exaltante,
d'améliorer le sort de tout l'homme et de tous les hommes, sous
prétexte du poids trop lourd de la lutte et de l'effort incessant pour
se dépasser, ou même parce qu'on a expérimenté l'échec et le retour
au point de départ, celui-là ne répondrait pas à la volonté de Dieu
créateur.» (Jean-Paul II, Sollicitudo
rei socialis, n. 30.) «La
tâche n'est pas impossible. Le principe de solidarité, au sens large,
doit inspirer la recherche efficace d'institutions et de mécanismes
appropriés: il s'agit aussi bien de l'ordre des échanges, où il faut
se laisser guider par les lois d'une saine compétition, que de l'ordre
d'une plus ample et plus immédiate redistribution des richesses.»
(Jean-Paul II, Redemptor hominis,
n. 16.) «Ces
attitudes et ces “structures de péché” ne peuvent être vaincues
— bien entendu avec l'aide de la grâce divine — que par une
attitude diamétralement opposée: se dépenser pour le bien du prochain.»
(Jean-Paul II, Sollicitudo rei
socialis, n. 38.) Des
apôtres «Vous
tous qui avez entendu l'appel des peuples souffrants, vous tous qui
travaillez à y répondre, vous êtes les apôtres du bon et vrai
développement qui n'est pas la richesse égoïste et aimée pour
elle-même, mais l'économie au service de l'homme, le pain quotidien
distribué à tous, comme source de fraternité et signe de la
Providence.» (Paul VI, Populorum
progressio, n. 86.) Principes
et application Certains
diront que les Papes n'ont jamais approuvé publiquement le Crédit
Social. En fait, les Papes n'approuveront jamais publiquement aucun
système économique, telle n'est pas leur mission: ils ne donnent pas
de solutions techniques, ils ne font qu'établir les principes sur
lesquels doit être basé tout système économique véritablement au
service de la personne humaine, et ils laissent aux fidèles le soin
d'appliquer le système qui appliquerait le mieux ces principes. Or,
à notre connaissance, aucune autre solution n'appliquerait aussi
parfaitement la doctrine sociale de l'Eglise que le Crédit Social.
C'est pourquoi Louis Even, grand catholique qui ne manquait pas de
logique, ne se gênait pas pour faire ressortir les liens entre le
Crédit Social et la doctrine sociale de l'Eglise. Un
autre qui était convaincu que le Crédit Social est le christianisme
appliqué, qu'il appliquerait à merveille l'enseignement de l'Eglise
sur la justice sociale, c'est le Père Peter Coffey, docteur en
philosophie et professeur au Collège de Maynooth, en Irlande. Voici ce
qu'il écrivait à un jésuite canadien, le Père Richard, en mars 1932: «Les
difficultés posées par vos questions ne peuvent être résolues que
par la réforme du système financier du capitalisme, selon les lignes
suggérées par le Major Douglas et l'école créditiste du crédit.
C'est le système financier actuel qui est à la racine des maux du
capitalisme. L'exactitude de l'analyse faite par Douglas n'a jamais
été réfutée, et la réforme qu'il propose, avec sa fameuse formule
d'ajustement des prix, est la seule réforme qui aille jusqu'à la
racine du mal...» En
1939, les évêques du Québec avaient chargé une commission de neuf
théologiens d'étudier le Crédit Social en regard de la doctrine
sociale de l'Eglise, pour savoir s'il était entaché de socialisme, et
ils concluaient qu'il n'y avait rien dans la doctrine du Crédit Social
qui était contraire à l'enseignement de l'Eglise, et que tout
catholique était donc libre d'y adhérer sans danger. (Voir l'Annexe A pour le texte complet de cette étude des neuf
théologiens.) Ce
rapport des théologiens n'avait pas fait l'affaire des financiers, et
en 1950, un groupe d'hommes d'affaires chargèrent un évêque du
Québec (dont nous tairons le nom par respect pour sa mémoire) d'aller
à Rome pour obtenir du Pape Pie XII une condamnation du Crédit Social.
De retour au Québec, cet évêque fit rapport aux hommes d'affaires: «Pour
avoir une condamnation du Crédit Social, ce n'est pas à Rome qu'il
faut aller. Pie XII m'a répondu: “Le Crédit Social créerait dans le
monde un climat qui permettrait l'épanouissement de la famille et du
christianisme.”» Que
tous ceux qui ont soif de justice se mettent donc à étudier et à
répandre le Crédit Social, en prenant de l'abonnement à Vers Demain!
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