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Chapitre
50 — Le
Crédit Social
(Article
d'Alain Pilote, paru dans Vers Demain d'octobre-novembre 1996.) La
dette publique L'énorme
dette des Etats-Unis, plus de 7000 milliards de dollars (en 2004), fait
réaliser à tous les Américains l'urgence de corriger la situation.
Mais si les politiciens ne s'attaquent pas à la racine du problème, à
ce qui fait augmenter la dette, toutes leurs réformes seront inutiles,
et la situation ne fera qu'empirer. Ceux
qui lisent le journal Vers Demain depuis un certain temps connaissent
bien la raison pour laquelle la dette augmente: c'est que tout l'argent
est créé par les banques sous forme de dette: les banques créent le
capital qu'elles prêtent, mais ne créent pas l'intérêt qu'elles
exigent en retour. Par exemple, pour chaque personne aux Etats-Unis, il
existe 20 000 $ d'argent... mais 64 000 $ de dette! (Et malgré tout, il
y a encore des gens qui parlent de payer la dette!) La
seule chose qui peut empêcher la dette d'augmenter est d'enlever aux
banques privées le pouvoir de créer l'argent sous forme de dette, et
d'avoir le gouvernement créer tout l'argent pour le pays, sans dette et
sans intérêt. Equilibrer
le budget ou couper dans les dépenses du gouvernement ne résoudra pas
le problème, car ça ne touche pas du tout à la création de l'argent
sous forme de dette. En fait, réduire les dépenses revient à avoir
moins d'argent en circulation, ce qui rend la vie encore plus difficile
pour chaque citoyen du pays. La
réforme du bien-être social La
récente réforme du bien-être social aux Etats-Unis, passée par le
Congrès et approuvée par le Président Clinton (en 1996), est un bel
exemple de tels politiques de coupures malavisées: Parce que le
gouvernement américain n'a pas assez d'argent, les citoyens américains
ne pourront retirer du bien-être social que pour un maximum de cinq ans,
et pas plus de deux années de suite — le bien-être leur est alors
coupé, et ils doivent se trouver un emploi. Qu'il y ait des emplois
disponibles ou non est le dernier des soucis du gouvernement, qui semble
ignorer que la tendance du progrès est de créer de nouvelles machines
qui produisent plus avec moins d'employés. Avec d'autres changements,
cette réforme signifie que 40% des gens qui recevaient jusqu'à
maintenant des chèques de bien-être ne recevront plus rien du tout. Les
assistés sociaux sont une cible facile pour les coupures, parce que
leurs chèques sont payés par les taxes de ceux qui travaillent.
Plusieurs salariés, surtout parmi la classe moyenne, se plaignent de
cette situation, non sans raison, car ils considèrent que certains
assistés sociaux semblent avoir la vie plus facile qu'eux, qui doivent
«travailler à la sueur de leur front.» Le
dividende du Crédit Social (un revenu de base donné chaque mois à
chaque citoyen du pays) serait infiniment mieux que le système actuel
de bien-être social, et que la réforme approuvée par le Président
Clinton. Contrairement au bien-être social, ce dividende ne serait pas
financé par les taxes des contribuables, mais par de l'argent nouveau,
créé sans intérêt par un Office National de Crédit — un organisme
chargé par le gouvernement de créer tout l'argent nécessaire pour la
bonne marche du pays. Ce dividende serait versé à chaque citoyen,
qu'il soit employé ou non. Ceux qui sont employés ne seraient donc pas
pénalisés, car ils recevraient à la fois leur salaire et le dividende. Il
est évident que le Crédit Social est la solution pour les Etats-Unis,
et pour chaque pays dans le monde. Alors, comment le Crédit Social
peut-il est appliqué aux Etats-Unis? Si les Républicains et les Démocrates
ne veulent pas l'inclure dans leur programme, les Américains
doivent-ils alors voter pour un nouveau parti? Le
«bill Goldsborough» Non,
pas besoin de nouveaux partis; seule l'éducation du peuple est nécessaire.
Quand les pressions provenant du peuple seront assez fortes, tous les
partis seront d'accord pour adopter la réforme du Crédit Social. Un
bel exemple de cela peut être trouvé dans le «bill Goldsborough» de
1932, qu'un auteur a décrit comme étant «la réforme monétaire qui
est venue le plus près de réussir en vue de l'établissement d'une
monnaie véritablement saine aux Etats-Unis»: «Une
majorité écrasante des membres du Congrès américain (289 contre 60)
était déjà en faveur de cette loi en 1932; et cela dure encore depuis,
sous une forme ou sous une autre. Seul l'espoir futile que le nouveau Président
d'alors (Roosevelt) puisse rétablir la prospérité sans abandonner le
système d'argent-dette dont l'Amérique avait hérité, empêcha le Crédit
Social de devenir la loi des Etats-Unis. En 1936, lorsque le “New
Deal” (solution de Roosevelt) se montra incapable de régler
efficacement la crise économique, les partisans du Crédit Social
revinrent en force. Le dernier effort significatif pour gagner son
adoption survint en 1938.»
(W. E. Turner, Stable Money,
p. 167.) Même
le dividende et l'escompte compensé, deux éléments essentiels du Crédit
Social, étaient mentionnés dans ce projet de loi, qui fut surnommé «bill
Goldsborough», du nom du député démocrate du Maryland, T. Alan
Goldsborough, qui le présenta en Chambre pour la première fois le 2
mai 1932. Deux
personnes qui soutinrent le projet de loi retiennent particulièrement
notre attention: Robert L.Owen, sénateur de l'Oklahoma de 1907 à 1925
et directeur de banque pendant 46 ans, et Charles G. Binderup, député
du Nebraska. Owen publia un article en mars 1936 dans la revue de J. J.
Harpell, The Instructor (et sa
version française, Le Moniteur),
dont Louis Even était le rédacteur- adjoint. Quant à M. Binderup, il
donna plusieurs causeries à la radio américaine, durant la crise, pour
expliquer les méfaits du contrôle du crédit par des intérêts privés.
Voici des extraits du discours de Robert Owen à la Chambre, le 28 avril
1936: «...le
projet de loi qu'il (Goldsborough) présenta alors, avec l'approbation
du Comité sur les Banques de la Chambre — et je crois que ce fut
pratiquement un rapport unanime. Ce projet de loi fut débattu deux
jours à la Chambre, un très simple projet de loi, établissant la
politique des Etats-Unis de rétablir et de maintenir la valeur de la
monnaie, et ordonnant au Secrétaire du Trésor, aux officers de la
Commission de la Réserve Fédérale et aux Banques de la Réserve Fédérale,
de rendre cette politique effective. C'était tout, mais suffisant, et
le bill passa, non par un vote partisan: 117 députés républicains votèrent
en faveur de ce projet de loi (qui avait été présenté par un député
démocrate), et le bill passa par 289 voix contre 60, et de ces 60 députés,
seulement 12, par la volonté du peuple, sont encore au Congrès. «Ce
bill fut défait par le Sénat, parce qu'il ne fut pas réellement
compris. Il n'y avait pas eu suffisamment de discussion à son sujet
dans le public. Il n'y avait pas d'opinion publique organisée pour
l'appuyer.» L'éducation
du peuple Tout
est là. Deux choses à retenir: Républicains comme Démocrates votèrent
en sa faveur, et il n'y eut donc point besoin de «parti» du Crédit
Social. De plus, Owen admet que ce qui manquait, c'était l'éducation
du peuple, une force dans le peuple. Cela confirme la méthode de Vers
Demain, préconisée par Douglas et Louis Even: il faut éduquer la
population (en distribuant des circulaires et prenant de l'abonnement à
Vers Demain). Le
bill Goldsborough était intitulé: «Loi pour rendre au Congrès son
pouvoir constitutionnel d'émettre la monnaie et d'en régler la valeur;
de fournir un revenu monétaire à la population des Etats-Unis avec un
pouvoir d'achat fixe et équitable du dollar, suffisant en tout temps
pour permettre à la population d'acheter les biens et les services désirés
selon la pleine capacité des possibilités du commerce et de
l'industrie des Etats-Unis... Le système actuel, qui émet l'argent à
travers l'initiative privée pour le profit, résultant en fréquentes
et désastreuses inflations et déflations, doit cesser.» Le
projet de loi prévoyait aussi un escompte sur les prix à être
remboursé aux marchands, et un dividende, devant commencer à $5 par
mois (en 1932), à chaque citoyen de la nation. Plusieurs groupes témoignèrent
en Chambre en faveur de ce projet de loi, faisant ressortir qu'il
contenait tous les mécanismes nécessaires pour empêcher toute
inflation des prix. Ignorance
de la population Le
plus ardent opposant à ce projet de loi au Sénat était Carter Glass,
ancien Secrétaire du Trésor, et farouche partisan de la «Federal
Reserve» (contrôle privé de la monnaie). Aussi, le Secrétaire du Trésor
(Ministre des Finances) de Roosevelt, Henry Morgenthau, fortement opposé
à toute réforme monétaire, disait qu'il valait mieux «donner une
chance» au «New Deal» de Roosevelt. Ce
qui aida le plus les adversaires du bill, c'est l'ignorance quasi totale
de la question monétaire dans la population... et même dans le Sénat.
Certains sénateurs, ignorant même jusqu'au mécanisme de la création
de l'argent (crédit) par les banques, s'écriaient: «Mais le
gouvernement ne peut pas créer de l'argent comme ça! Ça va faire de
l'inflation!» Et d'autres, tout en admettant la nécessité de la création
d'argent sans dette, ne voyaient pas la nécessité du dividende ou de
l'escompte compensé. En fait, toutes ces objections tombent d'elles-mêmes
après une étude un peu sérieuse du Crédit Social. Il
faut un dividende Le
Crédit Social établirait une finance au service de la personne humaine.
Il ne financerait pas seulement la production de biens qui répondent
aux besoins, mais aussi la distribution de ces biens pour qu'ils
atteignent les besoins. Il ne suffit pas de produire, il faut s'assurer
que les biens atteignent les besoins, que les produits atteignent les
consommateurs, autrement, on produit pour rien. Le but de la production
est la consommation. C'est ce qu'avait compris Owen, lorsqu'il déclarait
ce qui suit: «En
1932, la Réserve Fédérale combattit vigoureusement le bill
Goldsborough, qui représentait la volonté d'une écrasante majorité
de la Chambre des députés... Il y a beaucoup de mérites, selon mon
opinion, dans le principe de distribuer autant que possible le nouvel
argent créé au bas de l'échelle (directement aux consommateurs), tel
qu'envisagé par le bill de M. Goldsborough et de M. Binderup, parce que
de cette manière le pouvoir d'achat est produit dès le début, et sans
pouvoir d'achat dès le début vous ne pouvez avoir de production
maximum, parce qu'il est inutile de produire si vous ne pouvez pas
vendre.» Le
dividende du Crédit Social est basé sur les deux plus grands facteurs
de la production moderne: l'héritage des richesses naturelles et des
inventions des générations précédentes, qui sont tous deux des dons
gratuits de Dieu à tous les êtres humains sans exception. Loin d'être
un encouragement la paresse, le dividende permettrait aux gens de se
consacrer à des activités de leurs choix, pour lesquelles ils sont le
plus qualifiés. Manque
de pouvoir d'achat Il
existe aussi un argument technique en faveur du dividende: l'écart
entre le pouvoir d'achat et les prix, qui fut expliqué par l'ingénieur
écossais Clifford Hugh Douglas (l'inventeur du Crédit Social) sous la
forme du «théorème A + B»: Les
économistes prétendent que la production finance automatiquement la
consommation, ou en d'autres mots, que les salaires distribués aux
consommateurs suffisent à acheter tous les produits mis en vente. Mais
les faits prouvent justement le contraire: pour pouvoir rester en
affaires, le producteur doit inclure tous ses coûts de production dans
son prix. Les salaires distribués à ses employés (que Douglas appelle
paiements A) ne sont qu'une partie du coût de production d'un produit.
Le producteur a aussi d'autres coûts de production (paiements B), qui
ne sont pas distribués en salaires: les paiements pour les matériaux,
les taxes, les charges bancaires, les frais pour dépréciation (le
remplacement des machines qui s'usent ou se brisent), etc. Le
prix de vente du produit doit inclure tous les coûts: les salaires (A)
et les autres paiements (B). Le prix de vente du produit sera donc A +
B. Alors, il est évident que les salaires (A) ne peuvent acheter la
somme de tous les coûts (A + B). Il y a donc un manque chronique de
pouvoir d'achat dans le système actuel: Pour n'importe quelle période
donnée, la somme des prix créés sera toujours plus grosse que la
somme de pouvoir d'achat distribué. Il
faut donc une finance directe à la consommation, en dehors des salaires.
Puisque les salaires sont inclus dans les prix, une hausse de salaires
ne règlerait rien, entraînant automatiquement une hausse des prix. Il
faut un revenu supplémentaire au moins égal à B. Les créditistes
appellent ce revenu un «dividende». Puisque
le dividende n'a pas encore été appliqué dans le système actuel, il
devrait y avoir, théoriquement, une montagne de produits invendus. Si
le système actuel continue tant bien que mal, et qu'une certaine
quantité de produits se vendent malgré tout, c'est qu'on a, à la
place, une montagne de dettes! L'escompte
compensé Il
existe deux manières pour faire correspondre le total des prix au total
du pouvoir d'achat entre les mains des consommateurs: soit abaisser les
prix, ou soit augmenter le pouvoir d'achat. Le Crédit Social ferait les
deux, sans nuire à personne. Avec
le système actuel, il est impossible d'abaisser les prix sans nuire au
producteur, et impossible d'augmenter le pouvoir d'achat sans augmenter
les prix. L'argent additionnel doit donc venir autrement que par les
salaires: c'est le dividende du Crédit Social. Et le mécanisme pour
abaisser les prix est appelé «escompte compensé» — un escompte sur
les prix de tous les produits mis en vente, et cet escompte serait
compensé, remboursé au marchand par l'Office National de Crédit. Cet
escompte empêcherait toute possibilité d'inflation: en effet, la
meilleure manière d'empêcher les prix de monter, c'est de les faire
baisser. L'inflation
ça veut aussi dire trop d'argent par rapport aux produits. Or, avec le
Crédit Social, il n'y aurait aucun danger d'inflation, puisqu'il y
aurait toujours, en tout temps, autant d'argent que de produits: un équilibre
constant entre le pouvoir d'achat et les prix: l'argent nouveau serait
émis au rythme de la production, et retiré de la circulation au rythme
de la consommation. Tout
ceci est expliqué forcément très brièvement, mais notre but est de
montrer que le Crédit Social n'est pas une utopie, mais un système
scientifique basé sur des faits, et qui peut être appliqué immédiatement
dans n'importe quel pays. Le Crédit Social ne vise rien d'autre que de
«rendre financièrement possible ce qui est physiquement possible.»
Nous encourageons nos lecteurs à se mettre à l'étude du Crédit
Social, et surtout, à le faire connaître aux autres, en demandant aux
autres de s'abonner au journal Vers Demain. (Les détails sur les
aspects techniques du Crédit Social sont disponibles dans la brochure
de Louis Even, Une finance saine et efficace.) Thomas
Edison et Henry Ford Terminons
cet article avec les citations de deux grands citoyens américains,
Thomas Edison et Henry Ford: Edison:
«A travers notre histoire, quelques-uns des plus grands Américains ont
chercher à casser l'empreinte hamiltonienne (l'argent-dette d'Alexander
Hamilton) sur notre politique monétaire, dans le but d'y substituer une
monnaie stable en fonction des besoins physiques de la nation. Un manque
de compréhension dans le public et chez les autorités, combiné au
pouvoir des intérêts bancaires qui ont machiné des intérêts
personnels dans la présente situation chaotique, ont jusqu'ici
contrecarré tout effort. «Ne
les laissez pas vous embarrasser avec le cri de “monnaie de papier”.
Le danger du papier-monnaie est précisément le danger de l'or — si
vous en avez trop, ce n'est pas bon. Il n'y a qu'une règle pour
l'argent et c'est d'en avoir assez pour mener tout le commerce légitime
qui attend d'être fait... «Si
les Etats-Unis adoptent cette politique d'augmenter leur richesse
nationale sans rien payer au collecteur d'intérêts — car toute dette
nationale est faite d'intérêts à payer — alors vous verrez une ère
de progrès et de prospérité dans ce pays qui n'aurait jamais pu
arriver autrement.» Et
un appel d'Henry Ford: «La
jeunesse qui pourra résoudre la question monétaire fera plus pour le
monde que toutes les armées de l'histoire.» Jeunes,
affamés de vérité et de justice, avez-vous compris? Joignez les rangs
des apôtres du journal Vers Demain, pour le salut de votre pays et de
tous vos concitoyens. Les Pèlerins de saint Michel ont besoin de vous,
ils vous attendent!
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