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Chapitre
48 — Hommes
de droite (Article
de Louis Even, paru dans Vers Demain de mars-avril 1971. L'introduction
est d'Alain Pilote.) Cet
article a été
écrit par Louis Even en 1971, mais ils s'applique très bien à la
période actuelle, où semble exister au Canada et aux Etats-Unis une
tendance politique vers ce que les commentateurs appellent «la droite»
ou le néo-libéralisme.— des politiciens pestant contre le socialisme
et l'ingérence de l'Etat. Mais, comme l'explique si bien Louis Even,
parce que ces politiciens qu'on dit «de droite» ne veulent pas toucher
au système financier actuel, qui est pourtant la racine de tous les
maux qu'ils dénoncent, les remèdes qu'ils proposent peuvent s'avérer
pires que ceux des partis qu'ils dénoncent (par exemple, coupures dans
les programmes sociaux, les hôpitaux, etc., afin de réduire le
déficit). Ce
sont des politiques semblables qui amènent plusieurs personnes dans les
pays d'Europe de l'Est récemment libérés du communisme et convertis
à «l'économie
de marché»
à dire: «Au
moins, du temps des communistes, on ne crevait pas de faim...» Il
faut que le gouvernement de chaque pays reprenne son droit souverain de
créer l'argent pour la nation, au lieu de l'emprunter des banques
privées, sinon la misère ne fera que s'accentuer parmi la population
de ces pays. C'est le Crédit Social qu'il faut pour tous les pays du
monde, et le Canada devrait être le premier à donner l'exemple. Cela
viendra dans la mesure où les abonnés à Vers Demain feront un effort
pour propager la lumière du Crédit Social autour d'eux — en trouvant
de nouveaux abonnés à Vers Demain — afin d'éduquer la population,
pour que tous les Canadiens se mettent à crier tous ensemble au chef
de la nation: «Hé,
crée ton argent!» A.P. Hommes
de droite… Hommes
de droite, vous êtes, n'est-ce pas, ceux qui refusent le communisme et
tout ce qui y conduit. Vous
êtes ceux qui ne reconnaissent pas d'alliance possible entre
l'hérésie communiste et la vérité chrétienne. Vous
refusez le communisme, certainement parce qu'il nie Dieu et veut
éteindre toute croyance religieuse. Mais quand bien même il laisserait
enseigner et pratiquer la religion, vous ne pourriez encore l'accepter,
à cause de sa négation des droits de la personne, à cause de son
abolition de la liberté de choix, à cause de son despotisme de l'Etat,
à cause du matérialisme et de son idéologie. Vous
condamnez toute forme de régime collectiviste, tout socialisme d'Etat.
Vous ne voulez pas de technocrates autorisés à planifier la vie et les
activités des citoyens. Vous repoussez le règne de la bureaucratie et
du nez du gouvernement partout. Vous
ne reconnaissez pas au gouvernement le droit de se substituer aux
familles, aux associations libres, aux corps intermédiaires. Vous
abhorrez la centralisation politique croissante, qui éloigne les
administrateurs des administrés; d'une centralisation qui ôte des
pouvoirs et des moyens aux corps publics locaux pour les transférer à
des organisations régionales, ou des régionales à des gouvernements
plus lointains, où la voix des puissances financières est mieux
écoutée que la voix des personnes et des familles. Et
vous déplorez aussi la concentration économique accélérée, qui
place le contrôle des richesses et la main-d'oeuvre entre quelques
mains; concentration qui crée des entreprises monstres, dans lesquelles
des centaines, des milliers de travailleurs n'ont qu'à exécuter
aveuglément des ordres reçus, quelles que soient la nature et la
destination du produit. Vous
déclarez hautement votre adhésion au régime économique de la
propriété privée — propriété du sol, du logement, des moyens de
production — propriété que vous désirez vivement être accessible
à tous. Aussi,
est-ce avec peine que vous voyez les villes se peupler de locataires,
des ruraux déserter un sol écrasé de taxes et de dettes et aller
grossir le prolétariat de nos cités; avec peine, que vous constatez la
disparition d'entreprises à taille d'homme, acculées à la faillite ou
absorbées par des monopoles industriels ou commerciaux. Hommes
de droite, vous êtes sûrement inquiets devant l'esprit de révolte qui
gagne de plus en plus nos jeunes, devant leur dégoût du foyer et la
perte d'autorité des parents, devant les fruits malsains d'influences
extérieures à la famille. (...) ...aux
mains vides Mais,
hommes de droite, vous devez bien savoir que ce ne sont pas vos
gémissements ni vos discours qui arrêteront ce flot de la
centralisation politique, de la concentration économique, du socialisme
d'Etat, de son aboutissement au communisme. Vous
ne l'arrêterez pas, non plus, avec des mains vides. Or, n'est-ce pas
avec des mains vides que vous le dénoncez? N'avez-vous rien à lui
opposer que la capitalisme vicié actuel, qui rend les riches plus
riches et les pauvres plus pauvres, qui fait perdre aux petits
possédants le peu qui leur reste encore? Ah!
vous répétez bien vos condamnations de ce capitalisme-là. Mais que
présentez-vous pour l'assainir? Si vous n'avez rien, allez-vous
empêcher les mécontents de se tourner vers le socialisme, vers le
communisme même si cela signifie le sacrifice, brusque ou graduel, de
la liberté de la personne? L'affamé, le dépouillé, le sans-toit, est
avide d'autre chose que de mots de liberté, liberté d'ailleurs
pratiquement perdue pour lui. Vous,
hommes de droite, qu'avez-vous à présenter à l'affamé, au
dépouillé, au sans-toit? Avec quoi voulez- vous arrêtez les
ingérences croissantes de l'Etat dans des domaines qui relèvent des
individus, des familles, des corps publics locaux? Ne voyez-vous pas que
toutes ces interventions d'Etat se disent nécessaires, motivées par
l'incapacité financière des individus et des familles à payer les
services municipaux, scolaires, hospitaliers? Vous
la constatez bien, vous aussi, cette incapacité financière. Mais que
proposez-vous pour y remédier? Quelle solution présentez-vous, autre
que vos discours, dans lesquels vous êtes trop souvent prompts à
attribuer la cause de cette insuffisance financière à ceux qui en
souffrent? Qu'avez-vous
à présenter? Rien. Rien, et alors vous n'arrêterez ni les
nationalisations, ni les plans d'Etat, ni les collectivisations, ni les
technocrates, ni les bureaucrates, ni les spoliations, ni
l'enrégimentation, ni l'Etat- tout, ni le communisme ouvertement
déclaré, ou déguisé sous un autre terme. Votre
coeur se fend à voir les ruraux délaissez leur sol pour l'asphalte des
villes. Mais qu'avez-vous à présenter pour empêcher les taxes et les
dettes de ruiner les cultivateurs? Rien? Rien. Alors, ne soyez pas
surpris s'ils décident d'abandonner une terre qui doit nourrir l'Etat
et les financiers avant de nourrir leur famille. Le
progrès veut cela, dit-on. Vraiment? Le progrès? Pourtant, autrefois,
avec un troupeau de 15 à 20 vaches, on faisait vivre une famille d'une
douzaine d'enfants; aujourd'hui, vous ne pouvez élever quatre enfants,
à moins d'avoir une soixantaine de vaches, un tracteur, de la
machinerie et des dettes! (...) Hommes
de droite, qu'avez-vous à proposer pour que le progrès, la
mécanisation de la production, l'automation, fassent des hommes
libérés, au lieu de chômeurs totaux ou partiels, condamnés à vivre
de demi-revenus extraits des enveloppes de paie de ceux que le progrès
n'a pas encore déplacés? Que proposez-vous? Rien. Parce
que vous êtes les mains vides, parce que vous n'avez rien de vraiment
neuf à présenter, vous êtes réduits à vous taire, ou bien réduits
à battre le même tambour que les hommes de gauche, à formuler les
mêmes mesures conduisant aux mêmes fins. Communistes
des pays soviétiques ou tenants du capitalisme du monde libre, hommes
de gauche ou hommes de droite de chez nous, tous ne clament-ils pas la
même politique devant le chômage? Politique de plein emploi,
l'embauchage intégral. Et
comme le progrès dans les techniques de production demande de moins en
moins de labeur humain pour répondre aux besoins normaux des hommes, on
cherche une solution dans la promotion de besoins matériels nouveaux
pour tenir la production en marche. On ne prône plus la limitation des
besoins matériels qui conviendrait à des chrétiens, mais au contraire
la création activée de nouveaux besoins, donc l'enlisement dans le
matérialisme — dans ce matérialisme dont la montée vous fait peur,
hommes de droite. Vous y contribuez vous-même, parce que vous ne savez
pas, ou ne voulez pas, préconiser une distribution des produits
dissociée de la condition de l'emploi. La
production nécessaire a beau être faite, et en surabondance, mais sans
avoir besoin de l'emploi de tous les hommes disponibles, il est défendu
d'y toucher sans présenter de l'argent, sans posséder du pouvoir
d'achat. Or, l'obtention de pouvoir d'achat est liée uniquement à
l'emploi dans la production. Ce fichu règlement oblige à créer de
l'emploi nouveau, donc de la production nouvelle, donc des besoins
nouveaux pour l'utiliser. Vous voyez où ça vous mène. Au
matérialisme. Et le fichu règlement, vous y tenez comme à un
commandement de Dieu. Suprématie
de l'argent Le
mal, ne le voyez-vous pas, hommes de droite, le mal dans l'organisme
économique et social est dans la soumission à un système financier
dont les règlements conduisent à tou-tes les conditions que vous
déplorez. Toute
notre vie économique est motivée par l'argent. L'argent est souverain.
Il est devenu la fin déterminante de toute activité économique, en
même temps qu'il est le conditionnement des opérations. Cette
suprématie de l'argent est la grande hérésie économique — et plus
qu'économique — que les chrétiens sont trop aveugles pour discerner,
ou trop attachés pour dénoncer, ou trop lâches pour renverser. (...) Dites,
hommes de droite, avez-vous jamais vu les gouvernements, petits ou gros,
embarrassés pour leurs projets économiques par autre chose que par des
problèmes d'argent? Quand ils veulent construire une route, une école,
un hôpital, sont-ils embarrassés pour savoir où ils trouveront des
hommes pour y travailler? Où ils trouveront de la pierre, de la brique,
du ciment ou autres matériaux?... Est-ce que ce n'est pas le problème
de trouver de l'argent qui est le casse-tête majeur des gouvernements?
Demandez au ministre des Finances. Et
pourtant, après dix années de ce casse-tête et de paralysie
économique dans les dix années d'avant la deuxième guerre mondiale,
dès que celle-ci fut déclarée tous les gouvernements en guerre
trouvèrent les milliards nécessaires pour la financer pendant six
années. Ce qui prouve au moins que la disette d'argent aurait été
facile à terminer dès 1930, puis-qu'elle a été terminée subito dès
la guerre déclarée. Ce qui prouve aussi qu'il s'agit là d'une
dictature d'argent criminelle qui affamait en temps de paix et qui
finançait sans hésitation la tuerie et la destruction. Ce qui prouve
encore que les gouvernements d'alors étaient des valets, ou stupides ou
complices, de cette dictature criminelle. Leurs successeurs
d'aujourd'hui n'y ont rien changé? Et
vous acceptez cette dictature de l'argent, hommes de droite? Vous
atta-quez tout, excepté elle. Comme si l'argent était un dieu
échappant à la volonté des hommes. Comme si les règlements établis
en fonction de l'argent ne pouvaient pas être changés pour des
règlements en fonction des besoins nombreux des hommes et en fonction
des possibilités existantes de les satisfaire. Ignorance
ou refus? Vous
êtes les mains vides devant des désordres de toute description, dans
tous les domaines, hommes de droite, parce que vous refusez de corriger
ce désordre majeur — le désordre de l'argent souverain. J'ose
employer le mot «refuser», parce que, il me semble, vous ne pouvez
ignorer ce qui est présenté au monde depuis plus de 86 ans — au
Canada français, avec un zèle infatigable, depuis 69 ans — sous le
nom de Crédit Social. Ah!
Je sais bien que les grands moyens de diffusion ont tout fait pour taire
ou dénaturer les propositions du Crédit Social authentique. Je sais
bien que la formation de partis politiques se parant de ce nom, au
Canada comme en Angleterre ou en Nouvelle-Zélande et en Australie, ont
contribué à assimiler cette doctrine de vérité et de libération à
une vulgaire poursuite du pouvoir, faisant du Crédit Social un clan
d'hommes à combattre, ou des discours de politiciens à ridiculiser. Mais
les hommes de droite devraient avoir appris, depuis longtemps, à
chercher la vérité ailleurs que dans une presse, une radio ou une
télévision infestée de gauchistes, de menteurs, de corrupteurs, et
ailleurs que dans le bla-bla de politiciens. Puis, les préjugés, si
vous en avez, hommes de droite,, doivent être mis au rancart: ils n'ont
pas de place dans la recherche sincère d'une solution aux maux graves
que vous savez reconnaêtre et dénoncer. Le
Crédit Social, solution efficace Solution
efficace, avons-nous dit. C'est qu'en effet, la mise en application des
principes financiers du Crédit Social ferait de la finance une servante
souple, au lieu d'une maîtresse des décisions, dans l'ordre
économique. Elle affranchirait les gouvernements, à tous les échelons,
de la sujétion aux maîtres actuels du crédit financier. En
rythmant la libération du crédit financier, donc de l'argent, avec les
possibilités de produire les biens demandés par les besoins, on ne
verrait plus le spectacle inqualifiable d'une capacité de production
paralysée devant des besoins non satisfaits. La
production moderne répond facilement aux commandes lorsque celles-ci
sont munies de pouvoir d'achat. Or, le Crédit Social garantit à chaque
personne, par un dividende périodique, un pouvoir d'achat de base au
moins suffisant pour permettre l'acquisition de biens essentiels à la
vie, dans un pays dont la capacité de production peut fournir cette
somme de biens. Et
il n'y a quand même pas d'inflation dans une économie de Crédit
Social. On n'y peut parler de vie chère, car un mécanisme d'ajustement
(pas de fixation) des prix établit l'équilibre entre la somme de
pouvoir d'achat effectif et la somme des prix des produits offerts pour
combler les besoins.
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