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Chapitre
31
— Le Crédit Social (Article
de Louis Even, paru dans Vers Demain du 15 août 1954.) Les
créditistes sont ardents, parce qu'ils comprennent l'importance de la
réforme qu'ils prêchent. L'établissement du Crédit Social ferait
date dans l'histoire. Le Crédit Social présente une conception
nouvelle de la finance, du système d'argent. Le Crédit Social
libérerait définitivement la société des problèmes purement
financiers. Le Crédit Social ferait de chaque être humain un
bénéficiaire du progrès; de chaque citoyen, un sociétaire et un
ayant-droit à une part de la production de son pays. La
production financée automatiquement
Aujourd'hui,
quand l'argent n'est pas là, on arrête de produire, même s'il y a des
besoins pressants; on chôme, on ne fait rien. Aujourd'hui,
quand l'argent n'est pas là, les municipalités laissent de côté des
travaux urgents, demandés par la population, alors même qu'il y a tout
ce qu'il faut, en fait d'hommes et de matériaux, pour exécuter les
travaux. Quand
l'argent n'est pas là, aujourd'hui, la construction ralentit ou arrête,
même s'il y a des familles non logées, et même si des maçons, des
charpentiers, des plombiers, attendent impatiemment un emploi. Le
Crédit Social change tout cela, et radicalement. Le Crédit Social
secoue cette soumission à la finance. Il crie à tout l'univers: C'est
l'argent qui doit aller d'après la production possible; et non pas la
production qui doit se mettre au pas de l'argent. *
*
* La
production, c'est quelque chose de réel. Ce sont des maisons, c'est de
la nourriture; ce sont des vêtements, des chaussures, des moyens de
transport. La production, ce sont des aqueducs, des égouts, des rues,
des trottoirs. Ce sont des écoles, des hôpitaux, des églises. L'argent,
lui, qu'est-ce que c'est? C'est une abstraction, et non pas une
réalité. L'argent, ce sont des chiffres sur une rondelle de métal, ou
sur un rectangle de papier, ou dans un livre de banque. Des chiffres qui
sont acceptés comme moyens de paiement. Puisque
ce sont des moyens de paiement, si l'on veut que la production marche,
les chiffres doivent aller d'après les produits, et non pas les
produits être restreints par insuffisance de chiffres. Manquer
de travailleurs, ou manquer de matériaux pour produire, pourrait se
comprendre. Mais manquer de chiffres pour mobiliser travailleurs et
matériaux, est une chose incompréhensible, inadmissible dans une
société d'êtres intelligents. Le
Crédit Social ôte le sacré de l'argent. Il fait de l'argent un simple
serviteur, et non plus un maître, un dieu qui dicte, qui permet ou qui
défend. Le
Crédit Social soutient que: Tout
ce qui est physiquement possible et légitimement demandé doit, par le
fait même, être financièrement possible. S'il
est possible de bâtir des maisons, de construire des routes, des
aqueducs, il doit être possible de payer le travail et les matériaux
pour bâtir, pour construire. Sinon,
c'est le système d'argent qui mène les hommes, et non pas les hommes
qui mènent leur système d'argent. Et
puisque l'argent ne consiste qu'en chiffres gravés, ou en chiffres
imprimés, ou en chiffres écrits à la main dans des livres de banque,
il est plus qu'absurde, plus que stupide, il est criminel de laisser des
familles sans maison, des collectivités sans utilités publiques,
simplement par manque de chiffres. *
*
* Sous
un régime financier de Crédit Social: Toute
production nouvelle serait financée par des crédits nouveaux, et non
plus par des crédits liés à de la production déjà faite. Et les
crédits, ainsi émis selon le régime de la production, seraient
retirés et annulés seulement selon le régime de la consommation. Autrement
dit, le système d'argent serait un simple système de comptabilité,
mais de comptabilité juste, conforme aux faits. L'argent naîtrait à
mesure que la production se réalise; et l'argent disparaîtrait à
mesure que la production disparaît. Sous
un régime de Crédit Social, les dettes publiques seraient donc
impensables. Ce qu'un pays fait est une richesse: pourquoi la
représenter par un endettement? Comment peuton concevoir des dettes sur
le dos d'un pays, à moins que ses routes, ses aqueducs, ses égouts,
ses édifices publics, soient faits par un pays étranger? Les
crises, les privations en face de possibilités, sont le fruit d'un
système financier faux, dominant au lieu de servir. Et ces fruits
mauvais disparaîtrait sous un régime de finance saine, sous un régime
de Crédit Social. La
distribution financée adéquatement
Il
ne suffit pas de financer la production. Il faut aussi que les produits
aillent à ceux qui en ont besoin. C'est même la seule vraie raison
d'être des produits: combler des besoins. Il
faut donc que les produits soient distribués. Comment le sont-ils
aujourd'hui, et comment le seraient-ils sous un régime de Crédit
Social? Aujourd'hui,
les produits sont offerts à un certain prix. Les personnes qui ont de
l'argent achètent ces produits en y mettant le prix. Cela permet aux
personnes qui ont de l'argent de choisir les produits qui leur
conviennent. Le
Crédit Social ne bouleverserait point cette méthode de distribuer les
produits. La méthode est souple et bonne — à condition, évidemment,
que les individus qui ont des besoins aient en même temps du pouvoir
d'achat pour choisir les produits qui conviennent à leurs besoins. Du
pouvoir d'achat entre les mains de ceux qui ont des besoins: c'est
justement là que le système actuel a des défauts, et que le Crédit
Social corrigerait ces défauts. Quand
la production est financée, elle fonctionne. Quand elle fonctionne,
elle distribue l'argent qui sert à la financer. L'argent
ainsi distribué, sous forme de salaires, profits, dividendes
industriels, constitue du pouvoir d'achat pour ceux qui le reçoivent.
Mais: Premièrement,
l'industrie ne distribue jamais le pouvoir d'achat au même régime
qu'elle bâtit ses prix. Quand
le produit fini est offert au public, il est accompagné de son prix.
Mais une partie de l'argent figurant dans ce prix fut distribuée,
peut-être, il y a six mois, un an, ou plus. Une autre partie le sera
seulement après que le produit aura été vendu et que le marchand se
sera servi de son profit. Une autre partie, dans dix ans peut-être,
quand la machine, dont l'usure est inscrite en frais dans les prix, sera
remplacée par une machine neuve. Etc. Puis,
il y a des personnes qui reçoivent de l'argent et ne s'en servent pas.
Cet argent est dans les prix; il n'est pas dans le pouvoir d'achat de
ceux qui ont besoin des produits. Le
remboursement des prêts bancaires à terme fixé et le système fiscal
actuel accentuent encore la discordance entre les prix et le pouvoir
d'achat. D'où l'accumulation des produits. D'où le chômage, et le
reste. Eh
bien, le Crédit Social corrigerait ce chaos Puisqu'il considère
l'argent comme une comptabilité, il ajusterait constamment la somme des
prix et la somme du pouvoir d'achat, pour qu'ils s'équilibrent. Il
ferait simplement les opérations comptables nécessaires pour réaliser
l'accord. *
*
* Deuxièmement,
la production ne distribue pas de pouvoir d'achat à tout le monde. Elle
n'en distribue qu'à ceux qui sont employés par elle. Et plus la
production provient des machines, moins elle provient du travail humain.
Elle augmente alors même que l'emploi nécessaire diminue. Il y a donc
conflit entre le progrès qui supprime le besoin de labeur, et le
règlement qui ne distribue de pouvoir d'achat qu'à l'emploi. Pourtant,
tout le monde a le droit de vivre. Et tout le monde a droit aux
nécessités de la vie. Les biens de la terre ont été créés pour
tous les hommes, pas seulement pour les employables. C'est
pourquoi le Crédit Social ferait ce que le système actuel ne fait pas.
Sans supprimer la récompense au travail, il distribuerait à tous un
revenu périodique, appelé dividende social — revenu lié à la
personne et non pas à l'emploi. Et
plus le progrès libérerait de l'emploi, plus le dividende prendrait de
place dans le pouvoir d'achat. Ce serait faire tout le monde
bénéficier des fruits du progrès. Ce serait considérer tous les
citoyens comme sociétaires, ayant droit à une part de l'abondante
production résultant du progrès, capital commun, et non plus du labeur
individuel qui, lui, est reconnu par le salaire. Ce
serait une véritable libération, permettant aux individus de
s'épanouir, au lieu de les obliger à chercher des occupations
matérielles nouvelles, en suscitant des besoins matériels superflus,
ou en faisant travailler pour la destruction, comme dans les industries
de guerre. Ce
serait aussi la fin des rongeants et perpétuels soucis du lendemain,
dans un pays où l'on est sûr que les produits ne manqueront pas plus
demain qu'aujourd'hui. Quel soulagement dans la vie des individus et des
familles!
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