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Chapitre 30 — Un système d'argent vicieux
(Causerie
prononcée à CKAC par Gilberte Côté, reproduite dans Vers Demain du 1er
février 1944.) Mettre
l'argent à sa place
Lorsqu'un
créditiste s'adresse à un auditoire qui entend parler de Crédit
Social pour la première fois, la réflexion qui vient tout de suite aux
lèvres des auditeurs est celle-ci: «C'est plein de bon sens». Oui,
le Crédit Social est plein de bon sens parce qu'il veut mettre toutes
les choses publiques à leur place. Et
comme c'est l'argent qui, dans notre société actuelle, est le moins à
sa place, le Crédit Social commence par dompter l'argent. Dompter
l'argent, le mettre à sa place, faire l'argent remplir sa fonction,
organiser le système financier pour que l'argent atteigne son but. Le
but de l'argent, la cause finale comme on dit en philosophie, ce pour
quoi l'argent est fait, n'est autre chose que de faciliter l'écoulement
des bons produits et des bons services. Notre
système d'argent est-il vicieux?
Si
l'argent entrave l'écoulement des produits le système d'argent est
vicieux. Si
l'argent mène à la destruction des hommes et des choses, le système
d'argent est vicieux. Si
l'argent est une arme d'exploitation, le système d'argent est vicieux. Si
l'argent fait la corruption des âmes, le système d'argent est vicieux. Si
l'argent est souverain, et commande une humanité servante, le système
d'argent est vicieux. Or,
le système actuel d'argent entrave l'écoulement des produits, mène à
la destruction, crée les exploiteurs, corrompt les âmes et met les
hommes en servitude. Entrave
à l'écoulement des produits Que
l'argent soit une entrave à l'écoulement de la production, nul n'en a
douté pendant la crise de dix ans que nous avons vécue. Des vitrines
remplies de bonnes choses désirées par les consommateurs. Le seul
obstacle à ce que ces bonnes choses passent dans les maisons était le
manque d'argent. Et
l'argent manquait dans les porte-feuilles de plus en plus à mesure que
l'industrie se développait. Car lorsqu'une industrie se développe, de
l'argent vient au monde en même temps, mais avec la fonction de faire
mourir de l'argent déjà existant. L'industriel
enregistre le développement de son industrie chez le gérant de la
banque. Et le gérant de la banque met au monde de l'argent. Mais cet
argent doit venir mourir à la banque au bout d'un certain temps, en
emportant avec lui l'intérêt qu'il aura pris dans l'argent déjà en
circulation. Naissance
de produits en perspective, de l'argent vient au monde. Naissance
de produits réalisée, ce même argent meurt et entraîne en même
temps la disparition d'autre argent plus vieux. Système
vicieux qui au lieu de faciliter l'écoulement des produits, en entrave
l'écoulement. Un
bon système serait celui qui mettrait plus d'argent en face de plus de
produits, et moins d'argent en face de moins de produits. Notre
système d'argent fait exactement le contraire. Plus il vient de
produits, moins il reste d'argent en face, en vertu de cette naissance
vicieuse de l'argent qui porte la tache originelle de devoir mourir, et
de mourir après avoir mangé d'autre argent, sans avoir luimême grossi. C'est
ce qui explique que plus un pays est développé, plus il est endetté.
Dettes privées et dettes publiques. Les déserts d'Afrique ne portent
pas de dettes, parce qu'ils ne sont pas développés. Tandis que nos
pays riches en toutes sortes de choses sont endettés au delà même de
leur richesse, car leur richesse grandissant, leur dette grandit plus
vite encore. Le
Crédit Social donc qui, en face des produits, fabriquera un argent
exempt de la peine de mort et exempt de la mission de tuer d'autre
argent, empêchera l'argent d'entraver l'écoulement des produits.
Voilà une qualité du système d'argent créditiste. Une
cause de guerre
Notre
système actuel d'argent mène à la guerre. En
temps de paix, ce sont les bonnes choses qu'on fabrique. Mais, l'argent
n'est jamais suffisant pour acheter toutes les bonnes choses que veulent
acheter les consommateurs. Il faut absolument qu'un jour vienne où
l'industrie fabrique des choses mauvaises que les consommateurs ne
veulent pas acheter, mais que les gouvernements achèteront. Ces choses
mauvaises fabriquées feront venir l'argent dans les mains des
consommateurs. Et les consommateurs, avec cet argent, achèteront les
bonnes choses qui, en temps de paix, restaient sur les tablettes. On
comprend que les mauvaises choses sont les canons et tous les autres
instruments de destruction. Mais, pour que les gouvernements achètent
les canons, il faut qu'ils puissent se servir de ces canons. Il faut
donc une guerre. Les
faits le démontrent
Les
faits le démontrent. C'est depuis qu'il y a la guerre que les bons
produits s'écoulent. Et les bons produits s'écoulent avec de l'argent
venu par la fabrication des produits de destruction. Sans les industries
de guerre, les industries de paix n'écoulent pas leurs produits. Avec
un argent rare en temps d'abondance et de paix, il faut bien en venir à
une guerre de temps en temps pour permettre l'écoulement de tous les
produits qui traînaient depuis longtemps. La
guerre n'estelle pas aussi accueillie par plusieurs comme le meilleur
remède au chômage? Les chômeurs, victimes de l'argent rare, trouvent
leur gagne-pain dans la solde du soldat. Sans une crise qui précède,
il serait sans doute difficile de trouver des soldats pour la guerre. Notre
système d'argent rare mène donc à la guerre. Et le Crédit Social,
qui mettra l'argent abondant pendant la paix, détruira une grande cause
des guerres. Engendre
l'exploitation
Notre
système d'argent crée des exploiteurs. On l'a vu. On le voit encore.
Et on peut facilement l'expliquer. Les
chômeurs sont des exploités. Et le chômage est inévitable lorsque
l'argent est rare, puisque les industries ferment leurs portes. Les
propriétaires de maisons, de fermes, de commerces, d'industries, qui se
voient enlever leurs biens par le système d'argent rare, sont des
exploités. Les
jeunes gens, à qui l'argent rare et la guerre refusent de se faire une
vie, sont des exploités. Les
parents, que l'argent rare et la guerre empêchent d'avoir des enfants
et de les bien élever, sont des exploités. Les
fonctionnaires, les professeurs, les politiciens, les députés, les
ministres, à qui l'argent rare enlève la liberté, sont des exploités. Les
contribuables, payeurs d'intérêts aux banquiers pour une dette
incommensurable, sont des exploités. Toutes
les grandes âmes, qui immolent leur idéal devant le salaire, pour un
minimum de vie, sont des exploités. Et
tous ces exploités sont les victimes du système d'argent rare. Notre
système d'argent favorise donc l'exploitation sous toutes ses formes. Corrompt
les âmes Et
notre système d'argent corrompt les âmes. Il
y a toutes celles qui consentent à marcher sur leur conscience pour
gagner leur vie. On en est rendu à assassiner son voisin avec un grand
calme, en vertu de la nécessité de vivre, sous un système d'argent
rare. Combien
d'hommes d'affaires ont volé leurs concurrents et d'autres parce qu'ils
n'auraient pu tenir sans cela! Combien de professionnels ont immolé
leur science et leur art sur l'autel du confort et de la nécessité de
vivre selon leur rang! Combien d'hommes publics ont vendu leur pays pour
s'acheter la sécurité économique pour eux! Et tous ces gardiens des
grands principes qui sont prêts à rapetisser l'absolu à la mesure de
leur vie bourgeoise! La
corruption des âmes est tellement profonde à cause du système
d'argent rare, que c'est devenu une loi morale, une philosophie de
donner comme but à la vie humaine de gagner de l'argent: Tu
te feras instruire pour gagner plus d'argent. Tu choisiras telle
profession parce qu'elle paye mieux. Tu quitteras ta femme et tes
enfants pour aller gagner ta vie. Tu étudieras la technique de la vente
afin de soutirer plus pour un service moins bon. Tu assassineras ton
semblable parce qu'il faut bien que tu vives. Ne donnons pas d'argent
pour rien, ça ferait des paresseux. L'argent doit être gagné
péniblement, autrement les hommes n'aimeront pas le bon Dieu. Les
affaires sont les affaires. Faites souffrir votre famille pour mettre de
l'argent de côté. Il ne faut pas mêler la vie des affaires avec la
vie privée: prétexte à toutes sortes de trahisons. Etc., etc., etc. Tous
ces faux préceptes parce que l'argent est rare! C'est
ainsi que notre système d'argent rare tient l'humanité en servitude. La
personne humaine est en adoration devant le veau d'or qu'elle a
substitué à Dieu. L'objet de sa principale préoccupation est l'argent. Détourné
de sa fin
C'est
que le système d'argent est organisé en vue de tout autre objectif que
le sien. Le
système d'argent devrait avoir un objectif et un seul: faciliter
l'écoulement des produits C'est
tout. Et
un système d'argent qui prétend atteindre d'autres objectifs est
mauvais. Tout comme une automobile qui est faite pour transporter des
voyageurs et qui essaierait de réchauffer une maison serait une
mauvaise automobile et une mauvaise fournaise. C'est
l'automobile qui transporte. C'est la fournaise qui réchauffe.
L'automobile qui est bien ajustée à son objectif: transporter, et qui
transporte bien, est une bonne automobile. La fournaise qui est bien
ajustée à son objectif: réchauffer, et qui réchauffe bien, est une
bonne fournaise. Ne demandons rien de plus à l'une et à l'autre que de
remplir sa fonction. Mais demandons à chacune de remplir sa propre
fonction, et ajustons-la en conséquence. Seul
le Crédit Social dompte l'argent
Que
proposent les réformes modernes pour remédier à ce mauvais système
d'argent? Rien,
rien, rien. En général, les réformateurs réforment tout excepté
l'argent. Et
ceux des réformateurs qui suggèrent des réformes monétaires, se
gardent bien de préciser ces réformes. Seuls
les créditistes préconisent un argent sain, basé sur la richesse,
venant au monde sans dette et dans les mains des consommateurs. Ainsi,
l'argent facilitera l'écoulement des produits, ne mènera plus à la
guerre, fera la production travailler pour les besoins des familles,
détrônera les exploiteurs, libérera les hommes de leur esclavage, et
par conséquent favorisera la pratique de la vertu puisque la vertu est
l'affaire d'hommes libres.
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