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Une vie d'idéal, de charité, d'apostolat Biographie de Gilberte Côté-Mercier par
Thérèse Tardif Madame
Gilberte Côté-Mercier nous disait: «Si vous devenez quelqu’un dans
la vie, cela est dû à vos parents.» Et elle avait beaucoup de vénération
pour son père et sa mère. Les
bons parents
Gilberte
Côté-Mercier est née de parents très catholiques, justes et vertueux.
Son père, Rosario Côté a connu sa future épouse, Joséphine Gariépy,
4 ans avant de l’épouser. C’était une jeune fille très pure qui
fut instruite des obligations du mariage seulement aux fiançailles.
Elle a conservé cette candeur toute sa vie. Dans les années ‘50,
elle disait à sa fille Gilberte, en voyant les dames si mal vêtues,
passer sur la rue: «Ces mauvaises modes nous conduiront à de grands
malheurs.» Quand nous voyons les familles détruites, les divorces, les
suicides, etc., on ne peut qu’admettre que cette prédiction de la
sainte maman de Gilberte Côté s’est malheureusement réalisée. Si,
comme madame Côté, nos dames avaient préservé leur pudeur et leur
pureté par des vêtements décents, ces grands malheurs auraient été
évités. C’est
sans doute pour préserver leur vertu à tous les deux, que Rosario Côté
s’est abstenu de fréquenter sa future épouse pendant les quatre années
précédant le mariage: «Je reviendrai seulement quand je serai prêt
à vous épouser,» lui avait-il dit. Et il est revenu. Comme l’oiseau
prépare son nid pour recevoir ses petits, ainsi M. Côté voulait
offrir à son épouse un foyer bien établi. Il
est devenu manufacturier de chaussures.
Rosario
Côté, 26 ans, et Joséphine Gariépy, 25 ans, s’épousèrent le 26
juin 1907, à l’église de l’Immaculée Conception, à Montréal. Le
sacrifice du premier enfant Le
bon Dieu leur donna un premier fils, qu’ils firent baptiser sous le
nom de Jean-Baptiste. A la naissance, l’enfant était en bonne santé,
mais après quelques temps, il commença à perdre du poids et à
s’affaiblir. Le médecin n’y comprenait rien. Madame
Côté, grande dévote à saint Joseph, se rendit à l’Oratoire
St-Joseph avec son fils pour consulter le bon Frère André (béatifié
par Jean Paul II), thaumaturge, qui guérissait miraculeusement des
malades. Mais le Frère André ne guérit pas Jean-Baptiste, il demanda
plutôt à Mme Côté d’offrir à Dieu son fils, premier né. C’était
un bien gros sacrifice pour la jeune maman, mais elle l’accepta. La
semaine suivante, le petit ange s’envolait au Ciel. Etait-ce
un sacrifice demandé par Dieu à la mère pour accorder à la fille,
une mission bien spéciale ? Rien n’est coïncidence dans les plans
divins. Et le nom de Jean-Baptiste est frappant quand on sait que les
funérailles de madame Côté-Mercier eurent lieu le jour de la fête de
saint Jean-Baptiste. Madame
Rosario Côté (Joséphine Gariépy) était handicapée d’un genou. Un
jour, elle était allée se confesser au bon Père Frédéric (béatifié
par Jean-Paul II), du Cap de la Madeleine. Elle s’est plainte de son
handicap qui l’empêchait d’aller à la Messe le matin. Le saint
l’encouragea de continuer à assister à la Messe et il guérit le
genou. Naissance,
baptême, enfance
Marie
Joséphine Gilberte naquit le 25 mai 1910, anniversaire de naissance de
saint Padre Pio, (canonisé le 16 juin 2002). Et elle est montée au
Ciel (c’est notre espérance) dans l’octave de la canonisation du
saint Padre. Elle avait le caractère rude du Padre Pio quand il
s’agissait de flageller le mal, de condamner les injustices et
l’immodestie. Née
dans le mois de Marie elle fut baptisée dans l’église de l’Immaculée
Conception, à Montréal. Marie Immaculée fut sa patronne et
protectrice depuis sa naissance. En 1970, lorsque les premières Pèlerines
de saint Michel se consacrèrent à Marie, selon la spiritualité de
saint Louis Marie de Montfort, Gilberte Côté fut gratifiée du nom de
«Gilberte de l’Immaculée», puisque les consacrés à Marie prennent
le nom du patron de l’église où ils furent baptisés. En
1910, lors du baptême de Gilberte Côté, Louis Even était professeur
d’école dans cette même paroisse de l’Immaculée Conception. Dieu
préparait l’avenir.
Gilberte
eut un second frère, Rosaire. Il fut un grand collaborateur de
l’Oeuvre, tout au long de sa vie. Rosaire a quitté cette terre en
1963, âgé de 51 ans. Il avait un fils, Michel, né en 1939, année de
la fondation du journal Vers Demain. Tante Gilberte était la marraine
de Michel, ce dernier avait une grande vénération pour elle. Lui aussi
fut et est toujours un grand soutien de l’Oeuvre de Vers Demain. Dès
l’âge de quatre ans, Gilberte recevait des cours de piano d’une
amie de la famille. L’enfant avait beaucoup de talent pour la musique. Déjà,
à six ans, elle mettait des petits cailloux dans ses souliers en esprit
de sacrifices afin d’aider Notre-Seigneur à sauver des âmes. Etudes
Son
éducation reçue au foyer a été enrichie à l'école primaire, de la
première à la septième année, sous
le personnel enseignant des filles de la bienheureuse Marie-Rose
Durocher, les soeurs de Jésus-Marie, dans la paroisse St-Stanislas de
Koska. Puis
par les filles de sainte Marguerite
Bourgeois, de la Congrégation de Notre-Dame, d'abord au Mont Ste-Marie,
de la 8e à la 10e année. Ensuite,
au Collège Marguerite Bourgeois, fondé par Mère Ste-Anne-Marie pour
qui Gilberte Côté avait beaucoup d’admiration. Ce collège fondé en
1908 ouvrait la voie des hautes études aux jeunes filles. Ces dernières
suivaient leurs cours universitaires au Collège Marguerite Bourgeois et
l’Université de Montréal décernait les diplômes. Bachelière-es-art,
diplômée en philosophie et en lettres, elle suivit pendant
6 ans les cours en sciences sociales et politiques à
l’université de Montréal. Dans le temps, c’était beaucoup d’é
tude pour une jeune fille. Avant 1908, les demoiselles ne fréquentaient
pas l’université, on ne voulait pas les détourner de leur rôle
principal d’épouse et de mère. Pour les éducatrices et les infirmières,
la formation se donnait à l’école normale et à l’hôpital, sous
la direction des reli gieuses. Gilberte
était très brillante, une première de classe, nous ont affirmé ses
compagnes. Nous-mêmes, qui avons vécu avec elle, nous avons pu
constater la supériorité de son intelligence, de ses talents et de ses
vertus. Lorsqu’elle
eut terminé ses études au Mont Ste-Marie, sa maîtresse lui avait
demandé: «Allez-vous avoir le courage d’abandonner vos études,
Gilberte ?» Cette
dernière répéta les paroles de la bonne religieuse à son père. Sans
dire un mot de plus, M. Côté est allé au collège Marguerite
Bourgeois, payer un an d’avance les études de sa fille. Peu de pères
de famille pouvaient en faire autant dans le temps.
Dans
le compte-rendu annuel des activités du Collège Marguerite Bourgeois
nous lisons ce qui suit de Gilberte Côté: «Gilberte
Côté, présidente du cercle d’é tude Notre-Dame: Harmonie ! Voilà
la règle de toutes ses actions, cette discipline l’a conduite à
cultiver les sciences, les arts et les lettres. Dans les sciences, elle
a connu les succès aux examens universitaires. Par là, elle a
brillamment représenté le Collège... Souvent, après une étude sérieuse,
vous retrouviez Gilberte au piano... Elle “prouvait” — contre le
préjugé — que l’exactitude scientifique et la sensibilité
artistique peuvent s’harmoniser et s’enrichir l’un l’autre...» En
rhétorique, Gilberte Côté a été décorée de la médaille offerte
par le Ministère des Affaires étrangères de France. Elle
détenait aussi une licence en musique de l’Ecole de Musique de
Chicago du Dr Robert Schmitz. Elle en aurait fait sa carrière, si elle
n’avait pas craint de se perdre au milieu des vedettes du monde. Son
bon père lui avait offert un piano à queue de haute qualité. Un
excellent piano signé par une grande artiste. Pour elle c’était un
trésor. Mais elle en fit le sacrifice et le laissa silencieux, pendant
de longues années, afin de pouvoir consacrer tout son temps à
l’oeuvre. A Noël et au jour de l’An seulement elle nous faisait le
plaisir de nous jouer quelques morceaux. Même à Noël 2001, elle nous
a encore causé ce petit plaisir. Débat
oratoire Gilberte
Côté, et sa compagne d’étude, Eliane Lefebvre, ont été invitées
à être les concurrentes des garçons, dans un débat oratoire à
l’université de Montréal. Gérard Fillion, qui devint plus tard,
directeur du journal «Le Devoir», était l’un des participants au débat. Les demoiselles s’étaient bien préparées, elles avaient demandé les conseils d’un avocat, et elles ont remporté la palme haut la main, au grand déplaisir des garçons qui, dans le temps considéraient que c’était une grave humiliation de se faire dépasser par des filles. Il y avait à peine quelques années qu’on acceptait les filles à l’université.
M.
Rosario Côté assistait à ce débat oratoire. Il était fier de sa
fille, mais il ne la complimenta pas pour ne pas éveiller chez elle des
sentiments d’orgueil. Il se contenta de lui dire: «Il a fallu
beaucoup de travail pour arriver à ce succès.» Gilberte appréciait
hautement la prudence de son père qui veillait à lui donner une
excellente formation. Alors
qu’elle était âgée de 20 ans, son père lui a offert un voyage en
Europe. Elle refusa et lui demanda de lui faire plutôt le cadeau de la
«Somme théologique de saint Thomas d’Aquin». Ce qui nous laisse
voir la hauteur de ses vues. Une
phrase du docteur angélique a orienté sa vie: «La perfection de la
sagesse n’est pas dans la ligne de l’intelligence, mais dans la
ligne de l’amour.» Sa réflexion fut celle-ci: «Je m’en vais en
enfer avec mon bagage intellectuel, si je ne l’utilise pas pour servir
les autres.» Lors
d’une réunion à son Alma Mater, elle avait répété cette phrase de
saint Thomas à ses compagnes qui se demandaient si les degrés du Ciel
étaient plus élevés pour les personnes cultivées que pour les autres.
L’intervention de Gilberte Côté avait coupé net leur verbiage, mais
les soeurs préposées à la cuisine applaudissaient. La
fête des pauvres En
plus de l’exemple des charités de sa douce mère, Gilberte apprit à
aimer les pauvres au Collège Marguerite Bourgeois. On organisait, cha
que année, la fête des pauvres. Pendant le temps des loisirs, ces
demoiselles cousaient, tricotaient et confectionnaient des vêtements
pour les enfants les plus démunis. Et à l’approche de Noël, c’était
la fête. Une cinquantaine d’enfants pauvres étaient reçus au Collège,
tous les ans, comme les amis de Jésus. Un Enfant-Jésus vivant
accompagné de saints, entouré d’anges, offrait les cadeaux. Quelle
plaisir pour les élèves de voir ces visages maigres et pâles, devenir
roses de contentement et gonflés de joie en voyant toutes ces belles
choses qui leur appartenaient maintenant. Mais ces joies ne duraient
qu’une seule journée, se disait Mlle Gilberte. Le lendemain, les
pauvres étaient revenus à leur taudis et à leur misère. Tout cela
s’imprégnait dans le coeur de notre héroïne. La
crise économique Comme
nous l’avons vu, M. Rosario Côté était manufacturier de chaussures.
On était en 1930, début de la crise économique. Il disait à son épouse:
«Je fais à peine un sou par paire de chaussures. Il faudrait congédier
des employés, mais je ne puis le faire, ils ont besoin comme moi
d’assurer le pain quotidien à leur famille.» Comme
tous les hommes d’affaires, M. Côté s’est fait approcher par les
banquiers. Il disait à son épouse: «Je ne comprends pas ce que nous
veulent les banquiers, il y a quelque chose de louche là-dedans». Ce
qui faisait dire à Gilberte Côté, plus tard: «Si mon père avait vécu,
il aurait compris le Crédit Social et il nous aurait aidés, il soupçonnait
déjà qu’il y avait quelque chose de louche dans le système bancaire.» Mort
d’un père bien-aimé Soudain,
ce fut le deuil. Son bon père, sur qui elle pouvait s’appuyer,
mourait subitement, le 25 novembre 1932. Elle avait 22 ans. Maman
Joséphine était inconsolable. Gilberte
a dû s’occuper des funérailles. «C’est à ce moment, dit-elle,
que j’ai compris ce que c’était que d’avoir un père qui prend
toutes les responsabilités et sur qui on peut s’appuyer.» Deux
ans plus tard, le frère de M. Côté, associé dans la manufacture de
chaussures, avait emprunté de la banque et il s’est vu dans
l’obligation de déclarer faillite. Fort
heureusement, la part de madame Côté avait été préservée. Elle
utilisa son avoir en faisant l’acquisition de maisons à loyers. Mlle
Gilberte allait collecter le montant des loyers, chaque mois. On était
en plein temps de la crise économique. Elle devait retourner trois ou
quatre fois pour soutirer un petit 5 dollars des familles locataires.
Elle sortait de là le coeur broyé, elle se disait: «Je leur ai arraché
le pain de la bouche». «Le 5 dollars me brûlait les mains,»
avouait-elle. Mais, si elle n’avait pas agi ainsi, elle aurait perdu
ses maisons et les pauvres n’auraient plus eu de toit où s’abriter.
Quel affreux dilemme ! Elle
rencontra le révérend Père Dugré, Jésuite, qui essayait de venir en
aide aux nombreux chômeurs. Il les envoyait en Abitibi oeuvrer dans le
domaine de la colonisation. Ayant à coeur le salut des pauvres,
Gilberte Côté offrit au Père Dugré de l’aider. Sa mission dans
cette oeuvre consistait à réunir des fonds pour pouvoir envoyer les
femmes des colons rejoindre leur mari en Abitibi. Mais, par la suite,
ces dames lui écrivaient: «Notre situation est pire en Abitibi qu’à
Montréal. A Montréal, nous étions dans la misère, mais ici, nous
crevons de faim.» Mlle
Côté alla montrer ces lettres au Père Dugré, et elle cessa ses
activités dans cette oeuvre. Mais
comment venir aux secours des pauvres de plus en plus nombreux ? Il
n’y avait pas de pensions de vieillesse, pas d’allocations
familiales, pas de Bien-Être Social, pas d’assurance-chômage, etc.
Pour ceux qui ne possédaient pas de fermes, c’était la misère
noire. Enfin,
la lumière La
lumière se fit éclatante dans son esprit lorsqu’un soir, elle
assistait à une assemblée des propriétaires, de Montréal, ou chacun
se lamentait de ne pas pouvoir se faire payer ses loyers. Une dame
Louart tenait des propos très intéressants au milieu des autres.
Gilberte Côté alla s’asseoir près d’elle. Mme Louart l’invita
chez elle le soir même et elle lui expliqua le Crédit Social. Gilberte
Côté est revenue à la maison, après la veillée, en courant,
tellement elle était enthousiaste. Enfin, elle venait de découvrir ce
qu’elle cherchait: la solution au problème de la pauvreté. Elle
comprit que ce n’était qu’un problème artificiel. Le système de
production fournissait de la nourriture en abondance, au Canada, comme
dans tous les autres pays, les magasins et entrepôts débordaient de
produits, même dans les années les plus rudes de la crise. Mais tous
ces malheurs étaient dus au système arriéré de distribution: le système
d’argent-dette des banquiers. Ces derniers se sont emparés du système
d’ar gent. Ils créent l’argent de chaque pays et ils le prêtent
aux gouvernements et aux particuliers à intérêt. Ils endettent tout
le monde. Lorsqu’ils décident de se faire rembourser leurs prêts et
de ne plus en faire, ils retirent l’argent de la circulation,
provoquant par le fait même la crise éco nomique et suivent les
faillites et le chômage. La plus terrible escroquerie de tous les
temps. Le peuple crève de faim devant la surabondance de produits
qu’il a fabriqués lui-même. Quoi de plus illogique ! quoi de plus
barbare ! Quoi de plus inhumain ! Mlle
Côté se renseigna un peu plus dans le livre anglais: Money what is
it? En décembre 1936, elle fut invitée à donner une conférence
au cercle «Inter-Nos». Son sujet a été évidemment le Crédit
Social. Sa conférence fut hautement appréciée et comprise. Les
journaux en donnèrent un bon compte-rendu. Des
créditistes, disciples de Louis Even, ayant lu ce rapport dans les
journaux, ont bien vu qu’il s’agissait de Crédit Social. Ils ont
invité Gilberte Côté à une assemblée de Louis Even, à la salle de
la Nativité d’Hochelaga, à Montréal, en février 1937. Elle
s’y rendit, accompagnée de sa mère, madame Rosario Côté, et de son
frère, Rosaire. Ils
furent ravis d’entendre Louis Even, vrai professeur, exposer d’une
manière si logique et si claire la solution à la crise économique qui
sévissait alors dans le monde depuis huit longues années et qui
causait tant de misère chez les peuples. Tous les trois, se firent,
chacun à leur manière, les grands collaborateurs de Louis Even. Gilberte
Côté s’est dit, ce soir-là, et elle nous l’a répété plusieurs
fois dans sa vie: «Je suis allée à l’université pour m’éclairer
l’esprit à la lumière de grands hommes et chercher des solutions aux
problèmes de l’heure, et je n’en ai point trouvé. En entendant
Louis Even, je me suis exclamé: Voilà un Maître» ! Quelques jours
avant de partir pour l’hôpital, elle m’a confié que les années
qu’elle a le moins aimées de sa vie, ce sont ses années
d’université. Justement,
dans ces années, les influences marxistes commençaient à
s’infiltrer parmi les professeurs et étudiants à l’université.
Cet esprit révolutionnaire a fait son chemin parmi les grands. Ils ont
poussé la révolution tranquille qui a détruit, en peu d’années,
toutes les valeurs qui avaient fait la force de notre peuple
canadien-français. Notre société est si affaiblie par la corruption
et les mensonges du marxisme athée, qu’elle menace de disparaître.
Gilberte Côté ne s’est pas laissée emporter par le vent des
marxistes. Au contraire, elle l’a combattu avec toute la force de sa
foi catholique. Elle voyait clair. A
26 ans, jeune, remplie de talents, cultivée et à l’aise financièrement,
Gilberte Côté quitta le monde de la musique et de la science pour
suivre désormais la voie évangélique du don de soi pour l’amour des
pauvres. Premières
activités Madame
Rosario Côté invita Louis Even à venir donner une conférence sur le
Crédit Social dans son grand salon du Boulevard St-Joseph. Les deux
premières assemblées eurent lieu en mars 1937 à 15 jours
d’intervalle. Les grands amis de la famille ont été invités, des prêtres,
des Pères de différentes communautés, qui recevaient les charités de
madame Côté, des avocats, médecins, et gens d’autres professions.
75 personnes chaque fois et pas les mêmes. Louis
Even commençait ses réunions par la récitation du chapelet. Il
expliqua si clairement le Crédit Social, que tous le comprirent
parfaitement. A
compter de cette date, Louis Even obtint la parfaite et totale
collaboration de la famille Côté. Il
y avait bien avant, autour de Louis Even, la Ligue du Crédit Social,
qui ne consistait qu’à la tenue d’assemblées de verbiage pour élire
un président, un vice-président, tout en éclipsant l’apôtre Louis
Even du centre des décisions. Dévouement, prière, apostolat, efforts
personnels, méthodes de Louis Even, ne leur convenaient pas.
Avec sa logique et sa perspicacité, Gilberte Côté décela le
stratagème.
Louis
Even se retira de la Ligue, et vola de ses propres ailes, aidé de la
famille Côté, de Juliette
Lavigne, cousine de Gilberte et de bien d’autres apôtres prêts aux
sacrifices. En
janvier 1938, Louis Even, chargé d’une femme et de quatre enfants, se
fiant totalement sur la Providence, et sur la charité de madame Côté,
quitta son emploi de contremaître à l’im primerie Garden City Press,
de Ste-Anne de Bellevue. Il parcourait le pays mendiant ses repas et
couchers dans les familles. Cependant, jamais lui-même et sa famille
n’ont manqué du nécessaire. Etant
assez à l’aise dans le temps, madame Côté louait une maison pour
l’été dans le comté Labelle. C’est donc à cet endroit que commença
le grand apostolat de la famille Côté, avec Louis Even, en faveur du
Crédit Social, sans autre but que de libérer les pauvres de leur misère. Le
jour, Gilberte Côté, accompagnée de Juliette Lavigne, cherchait les
endroits pour tenir des assemblées, elle les annonçait sur des
circulaires et les distribuait de porte en porte. Elle- même donnait
des conférences, les gens en étaient conquis et émerveillés. Mais
les politiciens, eux, étaient aux abois. Ils mettaient tous leurs
efforts à détruire, à mesure, ce qu’elle construisait avec tant de
dévouement. Un
ecclésiastique est même allé voir madame Côté, la mère, pour lui
dire de ramasser sa fille. Quel scandale, une fille qui donne des conférences
! Madame Côté pleurait. Mais providentiellement, après cette visite,
le même jour, sans savoir ce qui s’était passé, un homme est venu
chez madame Côté pour lui dire combien sa fille éclairait les foules
sur la cause de la pauvreté par ses brillantes conférences, et
qu’elle rallumait en eux l’espoir d’un avenir meilleur. Madame Côté
avait répondu à son visiteur: «Vous êtes l’envoyé du Ciel.» et
à partir de ce moment, elle ne se laissait plus impressionner par les
calomnies prononcées contre sa valeureuse fille. Les
conférenciers ont été bien reçus à Ferme Neuve, à Mont St-Michel,
et à bien d’autres endroits, les salles étaient remplies. Ils étaient
compris, et des apôtres levaient à leur suite. Mais
à Mont Laurier, centre de la politicaillerie, ce fut autre chose. Mlle
Côté organisait une assemblée pour la soirée, dans cette petite
ville. Elle avait retenu une salle. Elle avait fait des circulaires pour
l’annoncer et elles les avaient distribuées de porte en porte. Des
politiciens sont allés soudoyer le propriétaire qui a retiré la salle
à notre héroïne. Sans perdre courage, elle alla retenir le salon de
l’hôtel et recommença ses circulaires. Les politiciens ont encore
gagné l’hôtelière à refuser la tenue de l’assemblée dans son
salon. Cinq fois, Mlle Côté avait retenu un endroit, cinq fois elle a
recommencé et distribué ses circulaires dans cette même journée. A
la fin, l’assemblée eut lieu sur la galerie du forgeron. (Cela
ressemble un peu à l’étable de Bethléem.) La rue était remplie de
monde. Louis Even était monté sur une chaise pour donner sa conférence.
Dès qu’il commençait à dire un mot, la foule hurlait comme une
meute de sauvages. Pour terminer, les gueulards, toujours poussés par
les politiciens, ramassèrent toute
la littérature de Louis Even, la jetèrent dans la rue et y mirent le
feu en criant et en blasphémant. Voilà la récompense d’un homme qui
voulait ouvrir les yeux de ces gens sur la source de leur misère. (Le
disciple n’est pas plus grand que le Maître) Cela n’est qu’un
exemple des difficultés des débuts. Fondation de Vers Demain
En
1939, nos fondateurs étaient à l’Annonciation, dans la maison louée
par madame Côté, comme d’habitude. On vint leur annoncer que la
guerre était déclarée en Europe. Louis Even s’est mis à pleurer.
Sa réponse fut: «Nous allons fonder un journal». Ce n’était pas le
temps, à cause des censures des journaux occasionnées par la guerre.
Mais Louis Even n’était pas homme à baisser pavillon. Le journal
Vers Demain a vu le jour en septembre 1939. Mais
avec la guerre, ce n’était pas facile de trouver un imprimeur pour un
journal d’idées qui dénonçait les financiers. Mlle Côté est allée
voir un premier puis un deuxième imprimeur. Le deuxième, après avoir
accepté les textes, les garda pendant trois semaines sans donner de
nouvelles. A la fin, il refusa d’accomplir le travail craignant les
sanctions. Mlle Côté s’est adressée à L’Eclaireur, de
Beauceville. Il accepta et il a imprimé le journal Vers Demain pendant
40 années, sans jamais recevoir de représailles ou de censures. Evidemment,
le bureau a été fondé dans la maison de Mme Côté sur le boulevard
St-Joseph. Mlle Côté tenait le bureau, répondait aux lettres et au téléphone,
entre ses randonnées d’apostolat. Dès la première année le
nombre des abonnés à Vers Demain est monté à 6000, et la deuxième
année à 25 000. Il n’en
fallait pas tant pour réveiller la meute des financiers qui usèrent de
leur influence et de leurs magots pour faire dénoncer, par des
personnes honorables, ces idées libératrices qui se répandaient comme
une traînée de poudre dans le pays. Oh,
alors, il en a fallu du courage aux fondateurs pour continuer le combat
et regagner la confiance de la population. Les mauvaises langues ne
savent pas ce qu’elles détruisent de beau et de grand en lançant
leur venin a tout vent, sans réfléchir. Appel
à de l’aide
En
1941, les fondateurs firent appel à des jeunes gens pour se dévouer à
plein temps dans l’Oeuvre. Gérard Mercier, de Ste-Anne de Beaupré,
employé aux Annales de Ste-Anne et chef de la Jeunesse Ouvrière
Catholique (JOC), a été le premier à répondre à l’appel. Il
faisait déjà du travail pour l’oeuvre localement et il se
distinguait par sa vigueur et son audace. Il s’est attaché étroitement
aux fondateurs pour toujours et il les a appuyés de toutes ses forces.
Il épousa Gilberte Côté, le 14 février 1946, surtout dans le but de
protéger la réputation de notre héroïque cofondatrice. Il l’a
toujours traitée avec grand respect et vénération, reconnaissant la
valeur de la personne que Dieu lui avait confiée. Et ils firent tous
les deux les sacrifices nécessaires pour pouvoir consacrer totalement
leur temps à l’oeu vre. La
maison du boulevard St-Joseph n’était plus assez grande pour contenir
le bureau d’un journal qui prenait autant d’envergure. Madame Côté
vendit sa maison et en fit construire une autre à 4885 rue Chabot. Le
sous-sol au complet et la moitié du 2e étage étaient réservés aux
bureaux du journal Vers Demain. Au début on employait des secrétaires
payées. Il fallait être modestement vêtues au travail. Et toutes
devaient s’arrêter pour dire le chapelet avant le dîner.
Une
journée d’été, les employées sont arrivées mal vêtues. Gilberte
Côté les a tout simplement congédiées, et elle les remplaça par sa
cousine Juliette . Elle s’en est toujours félicitée. Dans les années
‘50, elle fit appel à des filles d’idéal qui, comme elle,
offriraient leurs services à la cause bénévolement. Florentine Séguin
et moi-même avons répondu et nous sommes encore là avec plusieurs
autres qui se sont jointes à l’équipe. Gilberte
Côté s’est dépensée sans compter. Elle n’a jamais pris de
vacances. Elle faisait les programmes de route des Plein-Temps, elle
allait elle-même en tournée de conférences toutes les fins de semaine.
Elle donnait des conférences hebdomadaires à la radio et à la télévision,
en plus d’aider à la rédaction du journal. Elle prenait du temps sur
ses nuits pour arriver à joindre les deux bouts. Elle s’occupait de
tous les problèmes des membres de l’oeuvre. Le téléphone était près
de son lit pour répondre aux appels de nuit, quand des apôtres avaient
des problèmes. Souvent, ils étaient arrêtés par la police par pure
persécution. Il fallait régler tout cela. Les autorités civiles
savaient très bien que nous avions entière liberté d’exercer notre
propagande, car au Canada, la Charte canadienne des droits protège la
liberté de presse, la liberté d’expression et la liberté de
religion. Même en le sachant, certains esprits malveillants arrêtaient
nos apôtres seulement dans le but de nous causer des ennuis et nous
obliger à payer des avocats. Madame
Côté-Mercier était intransigeante quand il s’agissait de défendre
la justice et les droits des pauvres. Elle
a parcouru toutes les régions du Québec, de l’Ontario, du
Nouveau-Brunswick. Elle s’est rendue jusque dans l’Ouest canadien, même
en France, Suisse, Brésil. Et ses écrits et ceux de Louis Even
parcourent le monde entier par centaine de millions d’exemplaires. En
1962 - Installation à Rougemont. - Construction de la Maison
Saint-Michel. On fit appel à des travailleurs bénévoles. Une journée,
jusqu’à 106 travailleurs de différents métiers, sont venus aider.
C’était la veille de la Pentecôte, madame Côté avait vu une
multitude de flèches venant de la montagne de Rougemont s’élever
dans le Ciel et descendre et disparaître au-dessus du terrain de la
Maison Saint-Michel. Ce qui lui a fait dire: «On viendra de tous les
pays du monde s’éclairer dans cette maison à la lumière du Crédit
Social.» En
1975, érection de la Maison de l’Immaculée, avec une grande salle
pour la tenue des congrès annuels et pour loger les garçons à plein
temps.
Madame
Rosario Côté, encore vivante, pointait du doigt les édifices en
disant fièrement à sa fille Gilberte: «C’est l’argent de ton père
qui a planté les premiers clous de ces maisons.» La
jeunesse d’aujourd’hui a besoin de l’exem ple de la vie de vrais héros,
afin de se remettre dans la voie du devoir et de la vertu, qualités si
nécessaires pour rebâtir la civilisation dans notre pays. Gilberte
Côté n’a pas perdu sa vie dans les frivolités. Elle a consacré
tout son temps dès sa jeunesse aux choses sérieuses, à servir la vérité,
à défendre la justice. Elle y a trouvé le véritable bonheur. Elle a
bâti autour d’elle une cité terrestre meilleure pour ses frères et
soeurs. Aussi, que d’âmes, elle a ramenées à l’Eglise et sur le
chemin du Ciel ! Pour
nous, ses proches, nous lui devons que des mercis: Merci de nous avoir
enseigné à nous vêtir en chrétienne, sans respect humain. Merci de
nous avoir protégé l’esprit de la corruption de la télévision.
Merci de nous avoir donné l’exem ple du dévouement, du don de notre
personne, de l’amour Dieu et des pauvres. Merci d’avoir fait de nous,
des apôtres, des soldats du Christ et des défenseurs du prochain. Thérèse
Tardif Voir
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