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Le
dividende social à tous Un
dividende social à tous? Mais un dividende suppose un capital placé et
productif! Justement.
C'est parce que tous les membres de la société sont co-capitalistes
— d'un capital réel et immensément productif. Nous
avons dit plus haut, et nous ne saurions trop le répéter, que le crédit
financier est, à sa naissance, propriété de toute la société. Il
l'est, parce qu'il est basé sur le crédit réel, sur la capacité de
production du pays. Cette capacité de production est faite, certes, en
partie, du travail, de la compétence de ceux qui participent à la
production. Mais elle est faite surtout, et de plus en plus, d'autres éléments
qui sont propriété de tous. Il
y a d'abord les richesses naturelles, qui ne sont la production d'aucun
homme; elles sont un don de Dieu, une gratuité qui doit être au
service de tous. Il y a aussi toutes les inventions faites, développées
et transmises d'une génération à l'autre. C'est le plus gros facteur
de production aujourd'hui. Et nul homme ne peut prétendre, plus qu'un
autre, à la propriété de ce progrès, qui est fruit de générations. Sans
doute il faut des hommes actuels pour le mettre à contribution — et
ceux-là ont droit à une récompense: ils la reçoivent en rémunérations:
salaires, traitements, etc. Mais un capitaliste qui ne participe pas
personnellement à l'industrie où il a glacé son capital a droit quand
même à une part du résultat, à cause de son capital. Eh
bien! le plus gros capital réel de la production moderne, c'est bien la
somme des découvertes, des inventions progressives, qui font
qu'aujourd'hui, on obtient plus de produits avec moins de travail. Et
puisque tous les vivants sont, à titre égal, cohéritiers de cet
immense capital qui s'accroît toujours, tous ont droit à une part des
fruits de la production. L'employé
a droit à ce dividende et à son salaire. Le non-employé n'a pas de
salaire, mais a droit à ce dividende, que nous appelons social, parce
qu'il est le revenu d'un capital social. Cela
est du nouveau. Mais ça semble logique. Oui.
Et c'est le moyen le plus direct, le plus concret pour garantir à tout
être humain l'exercice de son droit fondamental à une part des biens «Tout
homme, en tant qu'être doué de raison, tient en fait de la nature le
droit fondamental d'user des biens matériels de la terre.» Pie
XII (Radio-message du 1er juin 1941) Et
c'est un droit imprescriptible: «Un
tel droit individuel ne saurait en aucune manière être supprimé, pas
même par l'exercice d'autres droits certains et reconnus sur des biens
matériels.» — Pie XII (Ibidem). Les
autres droits, droit de propriété, droit du salarié, droit de
l'actionnaire, etc., ne suppriment aucunement le droit de chacun à user
des biens matériels. Le
Pape a bien ajouté: «C'est
laissé à la volonté humaine et aux formes juridiques des peuples de régler
plus en détail la réalisation pratique de ce droit.» (Ibidem). C'est-à-dire
qu'il appartient aux peuples euxmêmes, par leurs lois et leurs règlements,
de choisir les méthodes capables de permettre à chaque homme d'exercer
son droit à une part des biens terrestres. Le
dividende à tous le ferait. Aucune autre formule proposée n'a été,
de loin, aussi effective, pas même nos actuelles lois de sécurité
sociale. Il
est bien de reconnaître — et personne n'ose le nier — le droit de
chaque personne au moins aux biens nécessaires à la vie. Mais allez
donc exercer ce droit dans le monde actuel, quand vous n'avez ni argent
ni moyens de production - ceuxci étant de plus en plus concentrés
entre de moins en moins de mains. Dans
notre monde moderne, il est impossible à un individu de réaliser son
droit aux biens matériels sans présenter de l'argent. L'argent est
devenu une licence conventionnelle indispensable à l'exercice d'un
droit naturel. Le
dividende social, un dividende périodique à tous, un revenu basique
garanti à chacun, comme droit de naissance, revenu suffisant pour
couvrir au moins les nécessités de la vie, est la plus sociale
revendication de l'économie créditiste. Outre que, comme nous l'avons
dit plus haut, c'est aussi la reconnaissance du fait indéniable que
tous les vivants sont co-héritiers des générations passées. Mais
ne serait-ce pas donner à des individus quelque chose pour rien? Allez
donc dire à un capitaliste qu'il obtient quelque chose pour rien quand
on lui verse un dividende
sur son capital placé! Il criera, au contraire, à l'injustice si on
lui refuse son dividende. Le
cas est le même pour chaque membre de la société, co-capitaliste, co-héritier
d'un capital réel, comme nous l'avons expliqué ci-dessus — capital,
d'ailleurs, bien plus essentiel que les piastres ou autres signes monétaires
qui n'ont qu'une valeur représentative. Puis,
une économie strictement d'échange ne peut pas être une économie
humaine, puisque plus de la moitié de la population n'a rien à échanger:
c'est le cas des enfants, des femmes et des filles à la maison, des
invalides, des malades, des sansemploi, des personnes âgées refusées
par l'industrie, des hommes valides remplacés par les machines, etc.
Une économie strictement d'échange, une économie de «rien pour rien»
ne peut être aujourd'hui qu'une économie barbare. Une telle économie
sacrifie la personne à des règlements ordonnés à l'argent, au lieu
de l'être à la personne. Traitant de la répartition des biens dans un système économico-social qui serait ordonné selon la priorité due à la personne, le philosophe thomiste Jacques Maritain arrive à des conclusions analogues:
«... C'est un axiome pour l'économie ‘bourgeoise’ et la civilisation mercantile qu'on n'a rien pour rien ; axiome lié à la conception individualiste de la propriété. Nous pensons que dans un régime où la conception de la propriété esquissée ci-dessus (avec sa fonction sociale) serait en vigueur, cet axiome ne pourrait pas subsister. Bien au contraire, la loi de l'usus communis porterait à poser que, du moins et d'abord pour ce qui concerne les besoins premiers, matériels et spirituels, de l'être humain, il convient qu'on ait pour rien le plus de choses possible... «Que
la personne humaine soit ainsi servie dans ses nécessités primordiales,
ce n'est après tout que la première condition d'une économie qui ne mérite
pas le nom de barbare. Les principes d'une telle économie conduiraient
à mieux saisir le sens profond et les racines essentiellement humaines
de l'idée d'héritage, ... en telle sorte que tout homme, en entrant
dans le monde, puisse effectivement jouir, en quelque façon, de la
condition d'héritier des générations précédentes.» (Humanisme
Intégral, pp. 205-6) Mais
ne pourrait-on pas obtenir le même résultat par des hausses de
salaires aux travailleurs? Non,
mille fois non, puisque les hausses de salaires n'atteignent que les
salariés et ne donnent rien aux personnes qui ne le sont pas. De plus,
les hausses de salaires entrent toutes dans les prix, ne corrigeant donc
pas l'écart entre les prix et le pouvoir d'achat. Un
revenu individuel non lié à l'emploi — comme le dividende social à
tous — est une chose qui s'impose de plus en plus, à mesure que
s'accroît la productivité: plus de production avec moins de bras. Avec
une automation complète, comment les tenants de l'emploi comme
condition du droit à un revenu, comment feraient-ils pour distribuer la
production quand il n'y aurait plus d'employés? Sans en être là, on
est tout de même rendu à un point où les produits sortent plus
abondants avec moins d'emploi. La distribution de pouvoir d'achat doit
refléter cette situation. Les
hausses de salaires pour augmenter la somme totale de pouvoir d'achat ne
sont pas une solution conforme à la réalité, ni conforme à la
justice. Si le salaire est la récompense du travail, il devrait au
contraire diminuer quand le travail diminue. Ces hausses de salaires
sont le vol de dividendes qui devaient aller à tous. Il
y aurait beaucoup à écrire sur cette question du dividende à tous,
qui ahurit tant ceux qui n'ont jamais pris la peine de repenser des
notions acceptées sans examen. Et
que vaut l'objection die ceux qui s'obstinent à voir de l'immoralité
dans de l'argent «non gagné»? Voient-ils de l'immoralité dans l'héritage
transmis par un père à son enfant qui n'a jamais contribué à créer
cet héritage? Voient-ils de l'immoralité dans les dividendes servis à
des millionnaires qui n'ont certainement pas gagné leurs millions? En
voient-ils dans les plantureux traitements accordés à des hommes en
place qui ne font absolument rien pour le peuple qui paie ces
traitements par ses taxes? Et que d'autres questions du genre on
pourrait jeter à la face des anti-dividendes! Ainsi,
dans le système financier préconisé par le Crédit Social, que vous
dites sain et efficace, du pouvoir d'achat parviendrait Oui.
C'est d'ailleurs aussi le cas aujourd'hui. Ceux que la production
emploie reçoivent une rémunération, mais les capitalistes reçoivent
des dividendes sur leur capital, même s'ils ne sont nullement employés
à produire. Si le capitaliste est employé, son revenu lui vient des
deux manières, par de l'argent lié à son emploi, et par de l'argent
lié seulement à son capital-piastres. Ce
serait la même chose sous un système financier créditiste, avec cette
différence que tous les citoyens étant, à seul titre de membres de la
société, co-propriétaires du plus gros facteur de production, tous
recevraient un dividende périodique sur la production due à ce capital
réel commun. Mais
si la somme des deux, récompenses à C'est
la même question qui cause des frictions aujourd'hui entre la part due
aux capitalistes et la part due aux travailleurs. Les capitalistes
disent «Sans nos capitaux, il n'y aurait pas d'emploi, donc pas de
production». Les ouvriers disent: «Sans le travail, il n'y aurait pas
de produits». Les deux, le capital et le travail, sont en effet
facteurs de production; et, en général, on convient que la plus grosse
part de l'argent distribué doit aller aux ouvriers, qui sont d'ailleurs
les plus nombreux. Sous
un système financier créditiste, ce sont les capitalistes (tous les
membres de la société) qui seraient les plus nombreux. Au Canada, il y
a environ 8 millions de salariés sur 20 millions et quart de Canadiens
(en 1964). Donc 8 millions de travailleurs et 20 millions et
quart de capitalistes. De
plus, la production est due beaucoup plus au capital réel, qui
appartient aux 20 millions et quart, qu'au travail qui vient des 8
millions d'employés. Pour un pouvoir d'achat calqué strictement sur le
prorata de la production résultant du progrès, capital commun, et le
prorata résultant des efforts de ceux qui participent à la production,
il faudrait évidemment que la somme totale des dividendes sociaux soit
beaucoup plus grosse que la somme totale des salaires. Mais
ce serait donner plus à ceux qui ne travaillent
pas qu'à ceux qui travaillent. Ce serait encourager la paresse! Ne
sautez pas ainsi à des conclusions, d'ailleurs non fondées. Il
est faux, d'abord, de dire que l'individu non requis par la production
toucherait plus d'argent Il
resterait donc encore entre les deux la même différence qu'auparavant:
le montant du salaire. Mais au lieu d'être une différence entre zéro
et le salaire, elle serait la différence entre le dividende, d'une
part, et le dividende plus le salaire, d'autre part. Le stimulant «salaire»
serait donc encore là. Et il y aurait en plus le stimulant «dividende
à tous», qui gagnerait en importance chez le salarié à mesure que se
développerait chez lui le sens social. Un
dividende basé sur la part dominante que le capital réel communautaire
occupe comme facteur de production moderne serait donc un montant généreux. Nous
voulons bien croire que le passage d'une diète d'épuisement à une diète
de vigueur nécessite une certaine mesure de dosage. On ne passe pas
d'une alimentation de maladie à une alimentation de santé sans passer
par une alimentation de convalescence. La
sagesse peut donc conseiller une graduation dans le chiffre du dividende
périodique à tous. Toutefois,
il faut dès l'abord mettre le principe en application. Entrer de
plain-pied dans l'esprit d'une économie d'abondance et de dividendes à
tous, au lieu de l'esprit d'une économie de rationnement et die revenu
restreint à l'emploi. Qu'a
dit Douglas à ce sujet? Douglas
énonce comme suit le troisième des trois principes dont il dit que
l'application permettrait un système conforme aux faits: «La
distribution de monnaie de consommation (cash credits) devra dépendre
de moins en moins de l'emploi. C'est-à-dire que
les dividendes remplaceront progressivement les appointements et
salaires, à mesure que la capacité productive augmente par
homme-heure.» Il
s'agirait donc d'une proportion croissante dru pouvoir d'achat provenant
de dividendes, et d'une proportion décroissante provenant de l'emploi. Dans
les grandes lignes d'un plan ébauché et proposé pour une application
de ses principes en Ecosse, Douglas estimait qu'au départ, on pourrait
affecter en dividendes à chaque homme, femme et enfant, une somme
totale égale à 1 pour cent de l'actif total du pays, évalué en
monnaie. Il ajoutait: «On
peut s'attendre à ce que cela donne à chaque famille, en dividendes,
un montant annuel dépassant 300 livres sterling. Douglas
écrivait cela en 1933, quand le cours de la livre était au pair — ce
qui signifierait en dollars une somme annuelle de 1450 $ par famille,
soit 121,50 $ par mois; ou (avec une moyenne approchant de 5 personnes
par famille), un dividende de 25 $ par mois à chaque homme, femme et
enfant de l'Ecosse. Si
ce chiffre pouvait être jugé raisonnable en 1933, il devrait
certainement être aujourd'hui d'au moins 800 $ par mois (en 2004), vu
le coût de la vie plus que doublé depuis, et vu aussi l'augmentation
survenue dans la capacité de production, ce qui donne plus de produits
à distribuer par personne. C'était
là, dans l'esprit de Douglas, un dividende de départ. Un dividende qui
devrait augmenter ensuite à mesure qu'augmenterait la capacité productive
par homme-heure. En
tout cas, avec la présente capacité productive du Canada, le dividende
social périodique devrait garantir tout de suite à chaque citoyen du
pays au moins de quoi satisfaire ses besoins normaux. Cela simplifierait
et débureaucratiserait considérablement, tout en le rendant plus
efficace, tout notre système die sécurité sociale. Le sens social et
la responsabilité personnelle y trouveraient un meilleur climat pour
leur développement. Que
signifie «augmentation de la capacité productive par homme-heure»? Un
exemple hypothétique va le faire comprendre: Supposons
qu'en une année un effectif producteur de 100 000 hommes donne un
rendement de 100 000 unités de production; puis, que l'année suivante
un effectif doublé, 200 000 hommes, donne un rendement doublé, soit
200 000 unités de production, la capacité productive par homme-heure
est exactement la même dans les deux cas. Mais,
si la deuxième année, on obtient ce rendement doublé, 200 000 unités
de production, avec le même effectif que la première année (100 000
hommes), alors la capacité productive par hommeheure a doublé. Ou
bien, si la deuxième année, on obtient seulement le même rendement
que la première année (100 000 unités de production), mais avec un
effectif ouvrier diminué de moitié (avec seulement 50 000 hommes), là
encore, la capacité productive par homme-heure a doublé. Dans
la pratique, la capacité productive par homme-heure augmente chaque année
dans tous les pays industrialisés. On peut diminuer le nombre Il
est évident que cette hausse ne vient pas de ce que les ouvriers
fournissent plus d'efforts, mais cela provient de machines et de
techniques perfectionnées, — en somme, du progrès — progrès dont
tout le monde est co-héritier, co-propriétaire, comme nous l'avons
expliqué. Il est donc juste que ce soient ces propriétaires, ces héritiers,
tous les citoyens, qui tirent avantage de cette augmentation, par un
dividende mensuel plus gros. Mais
cela signifierait une diminution des salaires actuels des ouvriers! Pas
nécessairement (bien que la chose serait justifiable pour plusieurs
raisons avec l'avènement d'un régime financier de Crédit Social).
Mais même en laissant les salaires à leurs chiffres actuels, une
hausse des dividendes mensuels à tous, à mesure de l'augmentation de
la capacité productive du pays, diminuerait le prorata du total des
salaires dans le total du pouvoir d'achat. Il
faut bien, en tout cas, dans un système qui se veut conforme aux réalités
de l'économie, tenir compte de cette conformité dans la répartition
du pouvoir d'achat. Voici,
par exemple, une usine employant 100 hommes, 40 heures par semaine: cela
fait 4000 hommes-heures par semaine. Si le rendement de cette usine est
de 8000 unités de production, cela fait un rendement de 2 unités de
production par homme-heure. Disons
que, par l'introduction de machines plus perfectionnées, par certaines
mesures d'automation, cette usine n'a plus besoin que de 70 hommes,
travaillant moins longtemps, seulement 35 heures par semaine, tout en
produisant davantage: 10 500 unités de production dans la semaine. Cela
fait maintenant 70 x 35 = 2100 heureshommes par semaine (au lieu de
4000). Et puisque la production de ces 2100 hommes-heures est montée à
10 500 unités de production, cela fait un rendement de 5 unités de
production par homme-heure (au lieu de 2 unités comme auparavant). La
productivité passée de 2 unités à 5 unités par homme-heure n'est
certainement pas le fruit de plus de labeur, puisque, au contraire, la
semaine d'emploi est raccourcie. Elle est due à des techniques
perfectionnées, au progrès, oeuvre de plusieurs générations, capital
communautaire de plus en plus considérable, de plus en plus productif. A
qui doit aller le fruit de cette hausse de productivité,
sinon aux propriétaires de ce capital communautaire, c'est-à-dire à
tous? A ce capital social, un dividende social. 3
unités de production sur 5 sont dues à l'application du progrès dans
la transformation de l'usine. S'il peut être juste de laisser aux
producteurs (employeurs et employés) une récompense correspondant aux
2/5 de la production, toute la communauté (producteurs ou non
producteurs) devrait se partager un dividende correspondant aux 3/5 de
la production. Ce
n'est là qu'un cas hypothétique pour faire comprendre la proposition
de Douglas: que, progressivement, à mesure de l'augmentation de
rendement par homme-heure, le pourcentage de pouvoir d'achat distribué
en dividendes doit augmenter, et le pourcentage en salaires doit
diminuer. Si
cette proposition de Douglas avait été adoptée il y a 80 ans, le développement
die la situation économique aurait été bien différent de ce qu'on a
vu. Au lieu de hausses de salaires à des employés qui sont de moins en
moins pris par le travail, on aurait eu des dividendes de plus en plus
gros à tous, ouvriers y compris, à leurs femmes, à leurs enfants. On
aurait moins connu l'inflation. Tous étant munis de pouvoir d'achat, la
production aurait mieux répondu aux besoins de tous. Comme,
par ailleurs, les entraves purement financières auraient été éliminées,
le volume de la production réalisée et distribuée aurait été plus
considérable, la limite n'étant imposée que par la limite de la
capacité physique de production, ou que par la limite des commandes de
la part d'une consommation saturée. Les
salariés n'y auraient rien perdu; ils seraient devenus comme les
capitalistes, des personnes recevant plus en dividendes qu'en salaires. Comment
serait distribué ce dividende social mensuel à tous et à chacun des
membres De
la manière qui serait jugée la plus pratique celle exigeant le moins
de bureaucratie, celle qui nécessiterait le moins d'addition aux mécanismes
actuels de transferts de moyens de paiement. Actuellement,
par exemple, les allocations familiales pour les enfants de moins de 16
ans se font mensuellement par un chèque à la mère de famille.
Actuellement aussi, les pensions de vieillesse et diverses allocations
(pour cécité, pour invalidité, etc.) sont servies par un chèque
adressé mensuellement à chaque ayant-droit. La même chose peut se
faire pour le dividende mensuel à tous. On
peut aussi, là encore, se servir du canal des banques
commerciales, chaque citoyen ayant eu à s'enregistrer à une banque de
sa localité. Chaque mois, la banque commerciale inscrirait simplement
au crédit de chacun de ces comptes le montant décrété pour le
dividende mensuel. Dans ce cas, comme dans le ou des opérations dont
nous avons parlé pour couvrir les frais de production par des crédits
sans intérêt, la banque commerciale obtiendrait de la Banque centrale,
sur demande et sans frais, les sommes nécessaires pour les dividendes
mensuels qu'elle aurait ainsi à inscrire dans les comptes sous sa
juridiction. Et pour les frais de ces services, la banque commerciale
serait payée par la Banque centrale selon desaccords convenus. Le
dividende mensuel pourrait très bien aussi être une opération de
comptabilité utilisant le service des Postes. C'est même la méthode
que Douglas préconisait dans son schéma pour l'Ecosse: «Le
dividende sera distribué mensuellement par une traite sur le Trésor écossais,
par l'intermédiaire du bureau de poste». Avec
les calculatrices automatiques et autres techniques ultra-modernes qui
s'introduisent de plus en plus dans les grands bureaux de comptabilité,
il ne serait pas difficile de choisir une méthode à la fois rapide, sûre,
exacte, efficace, pour la distribution d'un dividende mensuel à chaque
personne. Chose d'autant plus facile que la collaboration du
citoyen-capitaliste serait beaucoup plus empressée que celle du
citoyen-contribuable. Cette
distribution d'argent aux consommateurs, par les dividendes, ne
serait-elle pas de l'inflation, dont tout le monde a peur? Elle
serait une augmentation d'argent dans le porte-monnaie des consommateurs,
et je ne crois pas que cela ait jamais fait frémir celui qui en reçoit.
Ce n'est pas quand on hausse votre revenu que ça vous fait mal.
Avez-vous jamais entendu quelqu'un se plaindre de la hausse de son
revenu? C'est quand les prix haussent que tout le monde se plaint. Mais
justement, est-ce que cette distribution d'argent par les dividendes ne
ferait pas monter
les prix? Les prix de revient ne seraient pas affectés d'un sou. Les dividendes sociaux n'étant pas payés par les producteurs, ils ne passeraient pas par l'industrie, comme les salaires et les dividendes aux capitalistes à piastres: ils n'entreraient donc pas dans le prix de revient. Ils viendraient directement de la source du crédit financier qui est un bien du peuple. Dans
le système actuel, qui met des restrictions où il n'en faut pas et qui
n'en met pas où il en faut, l'augmentation de monnaie de consommation
pourrait susciter une hausse indue du prix de vente. Mais dans un système
créditiste, le prix de revient demeure conforme à la comptabilité des
dépenses en cours de production, et le prix de vente est tenu en laisse
par les modalités du prix ajusté et compensé, établi conformément
au premier des trois principes énoncés par Douglas. Le
dividende demeurerait-il, même dans les années où la production du
pays n'augmenterait pas? Bien
certainement. Quel que soit le volume de la production, il y a toujours
un pourcentage de cette production qui est dû au capital réel
communautaire. C'est seulement au cas où la production tomberait à zéro
que la base du dividende disparaîtrait; et celle des salaires disparaîtrait
aussi, puisqu'il n'y aurait aucune production faite. Evidemment,
quand la production est mince, le pouvoir d'achat total doit être mince
pour être en accord avec la réalité; et dans ce cas, les deux parts
— dividendes et salaires — peuvent bien être plus minces que dans
une production abondante. On ne peut distribuer que ce qui existe. Mais
c'est à tort que, dans leurs écrits ou leurs discours,
certains créditistes ont présenté le dividende comme la distribution
de l'accroissement seulement de la production annuelle. Cet accroissement
peut justifier une augmentation du dividende, comme nous l'avons dit
plus haut. Mais, quel que soit le volume de la production, répétons-le,
il reste toujours dans cette production une part due à l'utilisation du
capital social — donc toujours une part de la production justifiant un
dividende social à tous. D'autres
ont dit que le dividende serait la distribution de l'argent qui
manquerait au pouvoir d'achat pour le mettre au niveau des prix. Ce
n'est pas exact, non plus. Le dividende contribue certainement à
combler l'écart entre les prix et le pouvoir d'achat, mais ce n'est pas
là sa base. Et même s'il n'y avait aucun écart entre les prix et le
pouvoir d'achat, chaque citoyen aurait encore droit à son dividende,
pour la raison que nous venons de rappeler dans les précédents alinéas. Assurer
le dividende à tous est une des fonctions d'un système financier sain.
(Principe III de Douglas). Etablir oui maintenir l'équilibre entre la
somme des prix et le pouvoir d'achat global en est une autre fonction
(Principe I de Douglas). La technique créditiste accomplit les deux,
sans que l'une nuise à l'autre, par de simples opérations de
comptabilité appliquées à un crédit financier social en rapport avec
le crédit réel du pays. Louis Even Crédit
Social et entreprise privée Le
producteur, tout en conservant pleinement son entreprise privée, se
trouve tout de même être, en quelque sorte, un agent de la communauté
pour mettre en oeuvre le crédit réel, la capacité de production du
pays. Le banquier, tout en conservant la propriété privée et la conduite de son entreprise bancaire, se trouve tout de même être, en quelque sorte, un agent de la communauté pour la canalisation, aller et retour, du crédit financier basé sur le crédit réel du pays. Le
marchand, tout en conservant intégralement son commerce privé et le
conduisant sans entraves, se trouve tout de même être, en quelque
sorte, un agent de la communauté pour la distribution des produits. Le Crédit Social est un ferme défenseur de la propriété et de l'entreprise privées. Mais toute entreprise privée a une fonction sociale à remplir, ce qu'accomplirait automatiquement un système financier conforme aux aux propositions énoncées par Douglas. Article précédent: Le circuit du crédit financier Article suivant: Les taxes à la lumière du Crédit Social |