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Comment financer la production
Les
crédits nécessaires pour financer la production et la distribution
seraient puisés à la source dans le crédit financier du pays, basé
sur l'immense crédit réel du pays. Cela
ne nécessiterait aucun bouleversement des structures établies. Les
entreprises privées demeureraient entreprises privées. Même les
banques pourraient demeurer ce qu'elles sont, des entreprises privées.
C'est par elles que le crédit financier serait canalisé pour ses émissions
et pour ses retours à la source. Les
banques possèdent, en effet, tout le mécanisme, toutes les
installations voulues, avec un réseau de succursales bien établi, et
un personnel compétent et entraîné pour accomplir merveilleusement ce
service. Elles pourraient continuer de trouver dans ces fonctions la récompense
due à leurs services. Etre responsables des avances de crédits à la
production. Se charger aussi des opérations comptables relatives au crédit
à la consommation (dividende et escompte compensé), et en recevoir une
juste rétribution. Mais le crédit dont elles traiteraient ainsi
demeurerait une propriété de la société, et leurs opérations
devraient tenir compte de l'objectif d'un système financier respectant
la fin et les principes exposés ci-dessus. On
peut concevoir diverses méthodes pour la mise en application des
propositions énoncées par Douglas. Mais les meilleures méthodes sont
certainement celles qui le feraient efficacement tout en effectuant le
moins possible de changement dans les institutions existantes. Vous
dites que les banques à chartes pourraient être responsables des
avances de crédit à la production. Voulez-vous dire que les
producteurs continueraient à s'adresser aux banques pour financer leurs
dépenses en attendant de vendre leurs produits? Mais
oui. Il faut un service de cette sorte, et les banques sont très bien
organisées pour y voir. Ordinairement,
la production passe par plusieurs transformations successives avant
d'atteindre l'état de produit fini. Le premier producteur dans la chaîne
peut avoir besoin d'une avance d'argent, de crédit financier; et quand
il passera son produit semi-fini à un deuxième producteur, il voudra
être payé tout de suite, pour récupérer ses dépenses et faire son
remboursement au banquier. Ni le premier producteur ni son banquier ne
peuvent attendre que le produit soit rendu au bout de la chaîne, peut-être
dans plusieurs mois, ou même des années. Encore moins attendre que le
produit fini soit vendu et payé par le consommateur, avant de rentrer
dans leurs fonds. Disons
que le processus de production paisse par trois établissements
successifs : A, B, C. Voici comment on peut concevoir les opérations de
financement Le
producteur A a besoin d'une avance de crédit pour mobiliser la matière
première, le transport, payer ses employés, sa lumière, sa force
motrice, ses frais généraux. Il s'adresse à la banque commerciale et
obtient cette avance de crédit. Lorsque
A va vendre son produit semi-fini à B, il va inclure dans son prix tout
ce qu'il a dépensé, y compris l'argent emprunté qu'il doit rembourser
à la banque. Il va y ajouter son profit (qui est pour lui comme un
salaire). B peut avoir besoin d'une avance de crédit pour faire tout ce
paiement à A, et peut-être aussi pour ses propres frais d'opération:
transport, salaires, frais généraux, etc. Lui aussi s'adresse à la
banque, obtient l'avance et paie A. Avec
l'argent obtenu de B, A va pouvoir faire son remboursement à la banque. Lorsque
B passera son produit semi-fini à C, lui aussi inclura toutes ses dépenses
dans le prix, y compris son propre emprunt de la banque. Et C pourra lui
aussi recourir à la banque pour payer la facture de B et pour ses
propres frais d'opération. Une
fois payé par C, le producteur B réglera avec sa banque. Même
chose lorsque C passera son produit fini au grossiste. Le grossiste
pourra faire comme ont fait les producteurs successifs: obtenir de la
banque l'avance de crédit nécessaire pour payer C. La
banque, avec ses comptables et son installation, est merveilleusement
organisée pour voir à ces opérations, pour suivre l'état des avances
de crédits et des remboursements. Même si les producteurs
ne traitent pas tous avec la même banque, l'un empruntant, par exemple,
de la Banque de Montréal, l'autre de la Banque Royale, cela ne crée
pas de problème: les banques sont organisées pour régler entre elles,
toutes les vingtquatre heures, leurs soldes de débit et de crédit. L'application
des propositions de Douglas peut très bien s'accommoder de ce mode de
finance, par avances de crédits aux divers stages de la production, en
utilisant le mécanisme bancaire actuel. Les
banques créeraient-elles ces crédits, comme elles le font aujourd'hui? Non.
On l'a expliqué: ces crédits représentent une capacité de production
du pays, résultant d'activités diverses, de richesses naturelles, de
science appliquée, de l'existence d'une société ordonnée, etc. Ces
crédits financiers n'ont de valeur qu'à cause du crédit réel, qu'à
cause de la capacité de production du pays. Le crédit financier est
l'expression chiffrée du crédit réel, d'un bien qui est social par
nature. A sa source, le crédit financier étant un crédit social ne
peut être propriété que de la société. Pour
mettre ce crédit en circulation, pour le confier à des gens qui vont
s'en servir pour mobiliser la capacité de production du pays, et pour
ramener ce crédit à sa source après avoir accompli son oeuvre, on
peut très bien utiliser la canalisation existante, le mécanisme
bancaire, sans aucunement nationaliser les banques. Donc
pas besoin pour une Banque centrale d'établir un nouveau réseau de
succursales, ni d'examiner elle-même les cas des solliciteurs de crédit,
ni de s'occuper directement du rappel du crédit après son emploi. Tout
cela peut être laissé aux banques à chartes, ou banques commerciales,
très compétentes dans ce genre de travail. Mais
ce crédit financier demeure un instrument social et ne doit prendre sa
source que dans un organisme voué uniquement au service de la communauté
: dans un Office National (ou Provincial) de Crédit, ou une Banque
centrale (elle nationaliisée) exerçant cette fonction. Mais
alors, où les banques commerciales prendraient-elles le crédit
financier pour le prêter à la production? Elles
l'obtiendraient, sur demande et sans frais, de la source même, disons
de la Banque centrale. Sans frais, c'est-à-dire avec la seule
obligation d'en rapporter le même montant à la source, après son périple
dans la circulation. La
banque centrale tiendrait compte des sorties et des rentrées, débitant
les sorties dans le compte de la banque commerciale, et y créditant les
rentrées. Rien
de nouveau dans ces relations comptables entre une banque centrale et
des banques commerciales. Au Canada, chaque banque commerciale a déjà
avec la Banque du Canada un compte dans lequel se font tous les jours
des écritures de débits et de crédits. Mais
les banques à chartes continueraientelles à charger des frais aux
emprunteurs pour les prêts qu'elles leur feraient? Certainement.
Il faut bien que les banques puissent rencontrer leurs dépenses, payer
les salaires de leur personnel, couvrir leurs frais généraux, et réaliser
des profits légitimes — comme toutes les entreprises privées. Les
banques doivent bien aussi prévoir les cas où, malgré les précautions
d'usage qu'elles savent prendre, certains emprunteurs deviennent
incapables de rembourser. La faillite d'un emprunteur ne déchargerait
pas la banque prêteuse de son obligation vis-à-vis de la Banque
centrale. Elle resterait tenue de rembourser à sa source le crédit de
la société qu'elle en aurait obtenu. Le
Crédit Social n'a pas du tout pour but de faire des irresponsables.
Bien au contraire. La banque commerciale resterait responsable des
avances obtenues de la Banque Centrale. L'emprunteur — individu ou
compagnie — resterait responsable envers la banque commerciale prêteuse.
Cette dernière exigerait certainement des garanties, surtout de la part
de clients nouveaux, ou pour des prêts à des entreprises qui ont un
caractère d'aventure. Les
charges financières exigées par le banquier pour ses prêts pourraient
encore porter le nom d'intérêt. Toutefois, il nous semble que le
facteur temps, la durée entre le prêt et son remboursement, devrait
savoir moins d'importance. Que le prêt soit pour six mois, ou pour un,
deux, ou trois ans, cela n'affecte pas l'état financier du banquier,
puisque c'est le crédit de la société et non le sien propre qui est
en circulation. Tout au plus, une plus longue durée peut-elle comporter
un plus grand nombre d'entrées comptables à effectuer dans le compte
de l'emprunteur. Mais
ces charges financières, cet intérêt, signifient l'obligation pour
l'emprunteur de rembourser plus de crédit qu'il en a Pas
sous un système financier de Crédit Social, ou le système, par le
dividende périodique à tous et par le mécanisme du prix ajusté et
compensé, équilibre le pouvoir d'achat avec les prix. Or, toutes les
charges financières, intérêts inclus, sont comprises dans les prix.
Tout cela est donc récupérable, grâce aux moyens de paiement ainsi
assurés entre les mains du public. Est-ce
que ces charges additionnelles sont compatibles avec la proposition de
Douglas: «Toute production nouvelle doit être financée par des crédits
nouveaux»? Il semblerait que s'il faut payer, par exemple, 5 pour cent
de charge sur la finance de la production, soit 5 pour cent en plus de
la finance passée au producteur, la nouvelle production ne se trouve
pas financée en entier par des crédits nouveaux. Au
cours des diverses phases de la production, la finance peut venir de
fonds personnels du producteur, ou partiellement d'avances de crédit,
ou même totalement (sauf l'intérêt) d'avances de crédit. Mais tout
cela va se régler au moment où la production sera livrée sous forme
de produit fini. Car c'est bien alors qu'elle sera une production
nouvelle. Et c'est alors, au moment où le produit fini passe du
grossiste ou du dernier producteur au détaillant, qu'une opération spéciale
au système du Crédit Social peut réaliser la proposition énoncée
par Douglas. C'est alors que du crédit nouveau (sans intérêt) peut être
émis pour couvrir toutes les dépenses qu'il a fallu faire pour cette
production nouvelle. De
quelle manière cela pourra-t-il se faire? Encore
une fois, il peut y avoir plusieurs méthodes pour y arriver. Monsieur
W. B. Brockie, créditiste de Nouvelle-Zélande, suggère que cela se
fasse au niveau de la prise du produit par le marchand détaillant: par
une avance de crédit sans intérêt, faite au marchand détaillant,
pour couvrir le prix comptable total du produit fini. Cette manière
nous semble très appropriée pour atteindre un double objet: 1°
Financer effectivement la production
nouvelle par du crédit nouveau; 2° Permettre ensuite le retour du crédit
à sa source à mesure de la consommation des biens. La
production se présente sous un flot continu, et à diverses phases du
processus de production, depuis la matière première au produit fini.
Elle devient produit fini à l'endroit où elle est livrable au détaillant
qui en entreprendra la distribution aux consommateurs. Où
est cet endroit? C'est chez le grossiste, ou chez le dernier producteur
si le détaillant la prend là. Ce
produit fini porte un prix, le prix chargé au détaillant. C'est le
prix de revient de la production. Mais pour avoir le prix de revient
final, faut y ajouter les frais de distribution, soit les déboursés du
détaillant. Et c'est tout cela, le prix de revient final, qui devra être
couvert par l'émission de crédit nouveau sans intérêt. A
la facture du grossiste, le détaillant doit donc ajouter ce qu'il prévoit
devoir lui en coûter pour le transport, pour les salaires de ses employés,
pour les avaries inévitables, pour ses frais généraux. Il sait par
expérience le montant de ces frais par semaine ou par mois; il sait
aussi quel montant de produits il réussit à écouler, en moyenne, par
semaine ou par mois. Il peut donc pré-évaluer assez justement le
pourcentage à ajouter à la facture du grossiste pour avoir le prix de
revient final des produits lorsqu'ils seront passés aux acheteurs. Voulez-vous
donner un exemple hypothétique pour aider à mieux comprendre ce point
important? Supposons
que le détaillant sait, par expérience, que ses frais de manutention
et de services pour l'écoulement de ses produits lui coûtent, en
moyenne, une somme égale à 10 pour cent du prix qu'il doit les payer
au grossiste. Puis,
supposons que ce défaillant s'approvisionne d'une cargaison qui lui est
facturée 4000 $. Il conclura que, pour rencontrer ses frais totaux
(prix du grossiste, plus frais de manutention, mais exclusion faite de
tout profit), la cargaison lui revient finalement à 4000 $ + 10 pour
cent de 4000
$, soit 4000 $ + 400 $ = 4400 $. Le
prix de revient final de cette production nouvelle se
totalise ainsi à 4400 $. C'est donc 4400 $ de crédit nouveau,
sans intérêt, qu'il faut pour solder les frais complets relatifs à
cette production
nouvelle. Pour
cela, on peut utiliser, en la perfectionnant, une méthode de finance
assez répandue chez les détaillants: des paiements avancés par
l'intermédiaire de la
banque. Aujourd'hui, en effet, la plupart des détaillants acquittent
leurs factures aux grossistes par des chèques «à découvert». C'est-àdire
que, par entente convenue entre le détaillant et son banquier, la
banque honore ces chèques, même quand le compte du détaillant à la
banque n'a pas de fonds suffisants. C'est comme une avance de crédit à
demande, à mesure des besoins du marchand détaillant, jusqu'à une
certaine limite qui constitue pour lui sa «ligne de crédit». C'est
bien commode, vu que, de son côté, le grossiste désire être payé
sans délai pour rencontrer ses propres obligations. Dans
le livre de la banque, ces avances de crédit s'inscrivent en débit au
compte du marchand détaillant. A mesure qu'il vendra ses produits, il
devra apporter le fruit de ses ventes à la banque pour renflouer son
compte autant que possible, à la satisfaction du banquier, sans jamais
laisser son compte tomber en dessous de la, ligne convenue. Il s'agit
donc, en réalité, d'une suite de prêts et de remboursements, par
entente mutuelle. Et sous le présent système financier, le banquier
charge des frais au détaillant pour ce service. Ces frais sont un intérêt
calculé sur le montant et la durée des déficits. Eh
bien, sous le système proposé pour la finance de la production
nouvelle par du crédit nouveau, le marchand détaillant acquitterait
toutes ses factures relatives à cette production par des avances de crédit
obtenues du banquier, et sans aucune charge d'intérêt. Voilà
qui devrait facilement être agréé par tous les détaillants. Dans
l'exemple ci-dessus, le détaillant obtiendrait de sa banque une
avance de crédit de 4400 $, libre de tout intérêt. La banque à
charte tirerait toutes les sommes à ces fins, elle aussi sans frais, de
la Banque centrale, source du crédit. (Il s'agit, ne l'oublions pas,
d'un système financier social, qui s'assouplit au réel, fournissant
les crédits au rythme de la production, et les rappelant au rythme de
la consommation.) Mais
pourquoi cette différence entre le cas du producteur, qui doit payer de
l'intérêt sur ses emprunts, et le cas du détaillant qui, lui,
obtiendrait ses avances de crédit sans
intérêt? Pour
plus d'une raison. D'abord, la situation est différente: dans le cas du
producteur, l'avance de crédit est faite pour une production qui n'est
pas encore réalisée, tandis que dans le cas du marchand, l'avance de
crédit est faite sur une production bel et bien terminée. (Ajoutons
que le producteur n'a
pas souffert de l'obligation de payer de l'intérêt, puisqu'il inclut
cet intérêt dans son prix et que les avances de crédit aux stages
suivants ont fourni de quoi les couvrir.) Puis,
si l'avance de crédit au détaillant devait exiger de l'intérêt, cet
intérêt ajouterait au prix de vente un élément non couvert par cette
avance de crédit. La production nouvelle ne serait plus alors entièrement
financée par du crédit nouveau, comme le veut la proposition de
Douglas pour un système financier reflétant exactement le réel. Puis
encore, si le prix de vente final était chargé d'un intérêt, cet intérêt
deviendrait propriété de la banque commerciale lors du remboursement
par le marchand détaillant. Il y aurait donc une partie du crédit qui
ne retournerait pas à la source lors de la consommation, et le système
ne refléterait pas exactement le réel: «Les moyens de paiement (cash
credits), dit Douglas, doivent être annulés sur l'achat des biens
de consommation.» Donc,
notre détaillant va obtenir une avance de crédit de 4400 $. Et lors de
ses ventes, il n'aura à rapporter à sa banque que ce montant de 4400 $,
sans aucune charge additionnelle. Au
moment des ventes, l'argent que l'acheteur passe au détaillant cesse d'être
du «cash credit», de la monnaie de consommation, et devient du
simple crédit financier qui, remis au banquier pax le marchand, va
commencer son retour intégral vers sa source par le même canal qui fut
emprunté pour sa sortie. Vous
avez dit tantôt que ce montant de 4400 $ comprenait tous les frais de la
production et de la manutention, depuis la matière première jusqu'à
la livraison Non.
Pour que la méthode proposée ici accomplisse son but, il ne faut pas
que le profit du détaillant entre dans le prix à payer par l'acheteur.
Si son profit entrait dans le prix de vente, cette partie du prix de
vente lui appartiendrait et ne serait pas retournée à la source du crédit
comme liquidation des cash credits (moyens de paiement). Ce qui
produirait le défaut que nous signalions tout à l'heure. Dans
le cas ci-dessus, par exemple, si le marchand vendait avec 10 pour cent
de profit, cela pousserait le prix de vente à 4840 $; cela dépasserait
de 440 $ le crédit nouveau émis pour fin cette production nouvelle, ce
qui fausserait la proposition
de Douglas voulant que toute production nouvelle soit financée par du
crédit nouveau. Il ne serait pas convenable, non plus, de faire entrer
ce profit avec les autres frais dans le montant avancé par le banquier
au marchand, en portant cette avance à 4840 $ et en lui disant de ne
rapporter que 4400 $, gardant les 440 $ pour son profit : ce serait
payer le marchand pour un travail qu'il n'a pas encore fait. Le
profit du marchand doit lui venir d'une autre source que du
porte-monnaie de l'acheteur, et lui venir seulement après qu'il aura
accompli sa vente. Le
prix de vente ne comprendra donc pas le profit du marchand. Cela évitera
la hausse des prix provenant de la tendance qu'ont trop de marchands à
hausser leur pourcentage de profit quand le commerce va bien. Or, sous
un régime financier créditiste, le commerce irait toujours bien,
puisque le problème purement financier n'existerait plus; en tirer
parti pour se permettre des profits exagérés serait conduire à
l'inflation des prix, alors qu'au contraire, le bon écoulement d'une
production inentravée devrait faire baisser les prix. Voulez-vous
dire que, sous un système financier créditiste, le marchand ne ferait
plus de profit, ou que son profit serait plafonné? Non
point. Mais le profit du marchand ne devrait pas dépendre d'une hausse
des prix. Son profit dépendrait plutôt du volume de ses ventes. Avec
un pourcentage de profit modéré et déterminé d'avance selon le
commerce, plus il vendrait d'articles, plus son profit serait gros. Dans
une économie non monopolistique, mais concurrentielle, ce sont les
marchands donnant les meilleurs services à la clientèle qui réaliseraient
le plus de profits, sans pour cela dépasser le pourcentage de profit
par article. C'est donc le pourcentage, non le volume, die profit qui
doit être réglementé, convenu pour chaque ligne de commerce. La
société est en droit d'exiger cela des commerçants, puisque, premièrement,
elle fournit sans frais l'avance de crédit nécessaire pour acquitter
leurs factures, et puisque, deuxièmement, elle assure en tout temps en
face des produits offerts un total de pouvoir d'achat équilibrant le
total des prix. Par
le fait que la société a fourni au marchand le crédit nécessaire
pour payer les produits qu'il prend en stock, la société se trouve en
quelque sorte propriétaire de ces produits, le marchand n'en étant
plus, pour ainsi dire, que le dépositaire chargé
de les écouler. Il est juste que la société récompense le marchand
pour cet écoulement, mais sans lui permettre d'exploiter les acheteurs. C'est
donc la société qui va fournir au marchand son profit, non plus en crédit
avancé qu'il devrait rembourser, mais en cash credit, en moyens
de paiement qui seront la propriété personnelle du marchand. Le
marchand, tout en gardant intégralement son commerce privé et le
conduisant sans entraves, se trouve tout de même être, en quelque
sorte, uni agent de la communauté pour la distribution des produits.
Exactement comme le producteur, tout en conservant pleinement son
entreprise privée, se trouve être, en quelque sorte, un agent de la
communauté pour la mise en oeuvre du crédit réel, de la capacité
productive du pays. Exactement, encore, comme le banquier, tout en
conservant la propriété privée de son entreprise bancaire, se trouve
être, en quelque sorte, l'agent de la communauté pour la canalisation,
aller et retour, du crédit financier basé sur le crédit réel du
pays. Le
Crédit Social est un ferme défenseur de la propriété privée. Maris
toute entreprise privée a tout de même une fonction sociale à remplir,
fonction dont elle s'acquitterait automatiquement par le simple jeu d'un
système financier créditisite fidèle aux propositions énonces par
Douglas. Mais
quand, comment et de quelle manière le marchand va-t-il toucher ce
profit de la part de la société? Toujours
par le canal de la banque à charte qui tire ce crédit de la source
sociale, la Banque centrale ou l'Office National de Crédit. Le
marchand a deux comptes à sa banque: le compte de son crédit à découvert,
dans lequel la banque tient l'état des avances de crédit faites au
marchand et du remboursement de ces crédits. L'autre, son compte
personnel, où le marchand peut déposer ses épargnes, sur lequel il
peut tirer des chèques pour ses affaires personnelles, contre lequel il
peut obtenir du numéraire, etc., comme n'importe quel particulier. A
mesure que le marchand vend ses produits, il en apporte le paiement à
sa banque, qui l'inscrit comme remboursement de crédit dans le premier
des comptes mentionnés. En même temps, le banquier inscrit dans
l'autre compte, dans le compte personnel du marchand, le profit auquel
cette tranche de vente lui donne droit, d'après le pourcentage convenu
pour son genre de commerce. Pour cette inscription, faite au nom de la
société, le banquier tire un chèque sur le crédit national, c'est-à-dire
sur la Banque centrale. Par
exemple, si le pourcentage convenu de profit est établi à 10 pour
cent, à chaque 100 dollars que le marchand apporte à titre de
remboursement, le banquier crédite le premier compte de 100 $, qui
entrent ainsi dans la voie de retour du crédit vers sa source, et le
banquier inscrit 10 $ au crédit du compte personnel du marchand. Pour
tous les services de comptabilité rendus sans être payés par les
clients (avances de crédit sans intérêt, profits aux détaillants,
dividendes périodiques à tous), le banquier est rétribué par la
Banque centrale selon des normes convenues. Est-ce
que tout cela n'est pas extrêmement compliqué? Pas
du tout. Il faut beaucoup de phrases pour l'expliquer, mais ça
fonctionnerait comme une routine, aussi rondement que les opérations
bancaires dont on est témoin tous les jours dans toutes les succursales
de banques. C'est
infiniment moins compliqué par exemple, que la comptabilité des coopératives
de consommation, où le comptable doit tenir compte des achats de chaque
coopérateur, pour distribuer à chacun une ristourne proportionnelle à
ses achats individuels. Puis
ce système serait sain, reflétant exactement les faits économiques,
finançant efficacement la production et la consommation. Il servirait
ainsi la vie économique avec satisfaction, et avec beaucoup moins de
bureaucratie, d'enquêtes, d'opérations financières, qu'il en faut
aujourd'hui à des institutions de gouvernement pour essayer d'atténuer
les déficiences de pouvoir d'achat dont toute l'économie souffre. Le
système éliminerait aussi le lourd fardeau de taxes exigé aujourd'hui
pour tâcher de mettre du pain sur la table des totalement dépourvus (quand
on a fini pair admettre
leur cas d'indigence après des enquêtes souvent prolongées et
toujours humiliantes). Ne
serait-ce pas trop différent des méthodes de financement auxquelles on
est habitué? Différent
par le résultat, oui; mais presque en tout semblable au mécanisme
actuel. Voyez plutôt: Mêmes
établissements bancaires; mêmes banquiers; mêmes entrées de débits
et de crédits dans les comptes en banque; même système de paiements
par chèques; mêmes formalités pour les prêts aux producteurs; mêmes
responsabilités de la part des prêteurs et des emprunteurs; mêmes
facilités de paiements par découverts pour les marchands, avec la
servitude d'intérêts en moins. En
plus: pouvoir d'achat global maintenu en rapport avec la production
globale offerte, avec une bonne mesure garantie à chacun, donc
distribution facilitée et meilleure répartition des fruits de la
production; protection contre des hausses de prix non motivées;
dictature de l'argent supprimée. Et j'en passe. Puis,
considérez la situation finale, relativement à la tranche de
production de 4400 $ prise comme exemple: Cette
production a pu se faire sans entrave financière. Le crédit est venu
selon les besoins, d'un stage à l'autre du processus de production;
tous les participants ont été dûment payés, les banquier y compris
en touchant l'intérêt pour leurs services en rapport avec les prêts.
Le paiement final complet, couvrant tous les frais, frais de finance
comme frais de production, a pu être fait aussitôt le produit fini,
par l'avance de crédit sans intérêt au détaillant preneur de cette
production. La production a pu être écoulée sans ajouter de frais au
coût de revient. La
machinerie financière a gardé les mêmes rouages, mais dûment huilée
au lieu d'admettre du sable dans les coussinets et dans les engrenages
— et cela fait toute la différence du monde dans son fonctionnement. Est-ce
que ces libérations de crédit ne causeraient pas une accumulation
d'argent, avec toutes les malfaisances de l'inflation? Suivez
le trajet du crédit dans le schéma simplifié, présenté dans ces
pages. Le crédit ne s'accumule pas, il suit le mouvement de la richesse,
entrant en circulation au rythme de la production, prenant la voie du
retour vers sa source au rythme de la consommation. Ces
crédits forment comme un fondis de roulement,
appartenant à la société, mis au service de l'économie pour répondre
aux besoins de la population selon les possibilités physiques d'y voir;
fonds qui peut être augmenté lorsque ces besoins augmentent et que les
disponibilités productives le permettent. Quant au caractère social de la répartition des biens produits, l'économie créditiste le garantit par l'introduction, dans le pouvoir d'achat, du dividende périodique à tous, dont il va être question plus loin dans cette étude. Louis Even
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