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A la racine du mal Pourquoi
critiquer et dénoncer le système financier actuel? Parce
qu'il n'accomplit pas sa fin. Quelle
est la fin d'un système financier? La
fin d'un système financier, c'est de financer. Financer
la production des biens qui répondent aux besoins; et financer la
distribution de ces biens pour qu'ils atteignent les besoins. Si
le système financier fait cela, il accomplit son rôle. S'il ne le fait
pas, il n'accomplit pas son rôle. S'il fait autre chose, il sort de son
rôle. Pourquoi
dites-vous que le système financier actuel n'accomplit pas son rôle? Parce
qu'il y a des biens — biens publics et biens privés — qui sont
demandés par la population, qui sont parfaitement réalisables
physiquement, mais qui restent dans le néant parce que le système
financier ne finance pas leur production. D'autre
part, il y !a des biens offerts à une population qui en a besoin, mais
que des personnes ou des familles ne peuvent se procurer, parce que le
système financier ne finance pas la consommation. Ces faits sont indéniables. Avec
quoi finance-t-on la production ou la consommation? Avec
des moyens de paiement. Ces moyens de paiement peuvent être de l'argent
métallique, du papier-monnaie légal, ou des chèques tirés sur des
comptes de banque. Tous
ces moyens de paiement peuvent être inclus sous le terme de «crédit
financier», parce que tout le monde les accepte avec confiance. Le mot crédit
implique la confiance. On accepte avec la même confiance 4 pièces
de 25 sous en argent, ou un
billet de la Banque du Canada d'un dollar, ou un chèque d'un dollar sur
n'importe quelle banque où le signataire du chèque a un compte de
banque. On sait, en effet, qu'avec l'un ou l'autre de ces trois moyens
de paiement, on peut payer du travail ou des matériaux pour la valeur
d'un dollar si l'on est producteur, ou des biens consommables pour la
valeur d'un dollar si l'on est consommateur. D'où
ce «crédit financier», ces moyens de paiement tirent-ils leur
valeur? Le
crédit financier tire sa valeur du «crédit réel». C'est-à-dire
de la capacité de production du pays. Le dollar, de n'importe quelle
forme, n'a de valeur que parce que la production du pays peut fournir
des produits pour y répondre. On peut bien appeler cette capacité de
produire «crédit réel», parce que c'est un facteur réel
de confiance. C'est le crédit réel d'un pays, sa capacité de
production, qui fait qu'on a confiance de pouvoir vivre dans ce pays. A
qui appartient ce «crédit réel»? C'est
un bien de la société. Sans doute que des capacités individuelles et
des capacités de groupes de toutes sortes y contribuent. Mans sans
l'existence de richesses naturelles, qui sont un don de la Providence
et non pas le résultat d'une compétence individuelle, sans l'existence
d'une société organisée qui permet la division du travail, sans des
services publics comme les écoles, les routes, les moyens de
transport, etc., la capacité globale de production serait beaucoup plus
faible, très faible même. C'est
pourquoi l'on parle de production nationale, d'économie nationale, ce
qui ne veut nullement dire production étatisée. C'est dans cette
capacité globale de production que le citoyen, que
chaque
citoyen doit pouvoir trouver une base de confiance pour la satisfaction
de ses besoins matériels. Pie XII disait dans son message de
Pentecôte
1941: «L'économie
nationale, fruit d'activités d'hommes qui travaillent unis
dans la communauté nationale, ne tend pas à autre chose qu'à
assurer sans interruption les conditions matérielles dans lesquelles
pourra se développer pleinement la vie individuelle des citoyens.» A
qui appartient le «crédit financier»? A sa source, le crédit financier appartient à lia collectivité, au même titre que le crédit réel d'où il tire sa valeur. C'est un bien communautaire dont doivent bénéficier, d'une manière ou de l'autre, tous les membres de la communauté. Comme
le «crédit réel», le crédit financier est par sa nature même
un crédit social. L'utilisation
de ce bien communautaire ne doit pas être soumise à des conditions
qui entravent la capacité de production, ni qui détournent la
production de sa fin propre qui est de servir les besoins humains:
besoins d'ordre privé et besoins d'ordre public, dans l'ordre de leur
urgence. Satisfaction des besoins essentiels de tous, avant les demandes
de luxe de quelques-uns; avant aussi le faste et les projets
pharaoniques d'administrateurs publics avides de renommée. Est-il
possible d'obtenir de l'économie générale le respect de cette hiérarchie
des besoins, sans une dictature qui planifie tout et qui impose les
programmes de production et gère la répartition des produits? Certainement,
c'est possible, moyennant un système financier qui garantisse à chaque
individu une part du crédit financier communautaire. Une part
suffisante pour que l'individu puisse commander lui-même à la
production du pays de quoi satisfaire au moins ses besoins essentiels. Un
tel système financier ne dicterait rien. La production prendrait ses
programmes des commandes venant des consommateurs, pour ce qui est des
biens d'ordre privé; et elle les prendrait des commandes venant des
corps publics, pour ce qui est des biens d'ordre public. Le système
financier
servirait ainsi, d'une part, à exprimer les volontés des consommateurs; d'autre part, il
serait au service des producteurs pour mobiliser la
capacité de production du pays dans le sens des demandes ainsi exprimées. Pour
cela, évidemment, il faut un système financier qui se plie au réel,
et non pas qui le violente. Un système financier qui reflète les faits,
et non pas qui les contredise. Un système financier qui distribue, et
non pas qui rationne. Un système financier qui serve l'homme, et non
pas qui l'avilisse. Un
tel système financier est-il concevable? Oui.
Les grandes lignes en ont été tracées par C. H. Douglas, le maître génie
qui a présenté au monde ce qu'on appelle le Crédit Social (à ne pas
confondre avec les prostitutions de partis politiques qui se parent de
ce nom). Douglas
a résumé en trois propositions les principes de base d'un système
qui répondrait à ces fins et qui, par ailleurs, serait assez souple
pour suivre l'économie dans tous ses développements, jusqu'à
n'importe quel degré de mécanisation, de motorisation ou
d'automatisation.
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