Un Crédit-Québec à la place des emprunts
Le système producteur, endetté envers le système d'argent
Le système qui va bien, endetté envers le système qui va mal
Que Daniel Johnson mette la richesse de la province au service de sa population
Ce n'est pas une question de constitution, mais une question de décision
Les choses sont faites par le système producteur. Les piastres viennent du système financier. Capable de produire, et pas capable de payer. Cela veut dire que le système producteur va bien, mais que le système financier va mal.
Les banques trichent la comptabilité. Elles inscrivent endettement ce qui est création d'actif.
Le 9 novembre, le premier ministre de la province de Québec, Daniel Johnson, annonçait que son gouvernement diminuerait de 100 millions l'emprunt projeté par son prédécesseur, Jean Lesage. Il s'agit d'un emprunt par la province et par l'Hydro-Québec pour l'année financière en cours, Jean Lesage en avait fixé le montant à 600 millions, de dollars. Daniel Johnson l'abaisse à 500 millions.
Ces millions doivent servir à financer des développements que la population de la province est capable de réaliser, mais qu'elle n'a pas de quoi payer..
Les choses sont faites par le système producteur. Les piastres viennent du système financier. Capables de produire et pas capables de payer, cela veut donc dire que le système producteur va bien, mais que le système financier, le système d'argent va mal.
Or, qu'est-ce que fait le gouvernement ? Il va s'agenouiller devant le système qui va mal, il va lui mendier des piastres. Et pour les avoir, il endette la population qui produit; il endette le système qui va bien, il l'endette envers le système qui va mal.
Les producteurs fournissent tout ce qu'il faut : des produits alimentaires en quantité, des habits, des chaussures. Ils fournissent des briques, du ciment, de l'acier, des planches, des madriers, pour bâtir. Ils fournissent les biens pour les individus et les familles. Ils fournissent aussi les biens publics à la demande des gouvernements et autres corps publics. Toutes ces choses exigent des efforts, du travail, du temps, des dépenses d'énergie. Et pourtant, les producteurs entretiennent le flot de la production plus vite qu'elle ne s'écoule.
Le système d'argent, lui, est chargé de fournir les piastres. Ce ne sont certainement pas les cultivateurs, ni les bûcherons, ni les industriels, ni les commerçants qui produisent les piastres. Ils en reçoivent, ils en passent, mais ils ne les produisent pas. Les piastres viennent en premier lieu du système bancaire. Les piastres commencent quand les banquiers inscrivent des montants au crédit d'emprunteurs sans diminuer les montants d'aucun autre compte dans leurs livres, ni d'aucun coffre, ni d'aucun porte-monnaie.
Ces montants inscrits au crédit d'emprunteurs, ce sont des chiffres, pas autre chose. Cela ne demande certainement pas gros de travail, ni de temps, ni d'énergie. Cela ne demande que la décision du banquier.
Or, ce sont ces chiffres-piastres, si faciles à faire, qui seuls font défaut. Et pour en faire sortir, il faut passer par les conditions imposées par les faiseurs de chiffres. Il faut endetter la population. L'endetter pour le montant de ce qu'elle va produire, et l'endetter envers des gens qui ne font que des chiffres.
Situation absurde, archi-absurde, n'est-ce pas ?
C'est la même chose à Ottawa; et là, c'est la population de tout le Canada qu'on déclare endettée pour des choses qu'elle produit elle-même, dans la mesure où le système de piastres refuse de fonctionner à la même cadence que le système producteur.
Absurdité, oui. Mais aussi, quelle déchéance de la part des gouvernements - du provincial comme du fédéral — quelle déchéance de soumettre ainsi la vie économique de la nation, de la province, au sceptre de ceux qui refusent les chiffres pour payer, ou qui n'accordent les chiffres qu'en déclarant les producteurs de choses débiteurs de messieurs qui ne produisent rien !
C'est là une haute trahison, d'effets incalculables, de la part de ceux auxquels le peuple a confié la charge de voir à ses affaires publiques.
Cette trahison des gouvernements se continue parce que le peuple, par ignorance ou par apathie, n'élève pas la voix pour la dénoncer et pour réclamer qu3bn y mette fin. Le peuple est trop habitué à ne bouger que pour des luttes électorales.
Il y a cependant des gens qui dénoncent cette incongruité, qui réclament qu'elle cesse. C'est le cas de notre mouvement, des créditistes de Vers Demain. Depuis longtemps, ils pressent le gouvernement d'Ottawa de faire de la Banque du Canada un organisme pour servir le peuple, au lieu de servir l'impérialisme dictatorial de la finance internationale.
Et tant qu'Ottawa ne bouge pas, nous nous tournons vers Québec., comme vers les autres capitales provinciales dans les autres provinces, pour demander aux gouvernements provinciaux de s'affranchir, et affranchir leur population de l'assujettissement aux décisions des rationneurs de chiffres qui servent d'argent.
Dans la province de Québec, par exemple, nous demandons à M. Johnson d'instituer un Crédit-Québec, pour voir à fournir à la province tout le crédit financier dont elle a besoin pour mettre en oeuvre ce qu'elle est capable de fournir en réponse aux besoins de sa population.
L'argent moderne consiste, pour 1 e s neuf dixièmes, en simple comptabilité monétaire, en simples transferts de chiffres du compte d'un payeur au compte du payé. Rien donc de plus facile que d'établir un mécanisme de comptabilité provinciale, pour fournir les chiffres selon les besoins financiers d'une production qui n'attend que cela, et pour effectuer les transferts de ces chiffres dans les livres, selon les transactions commerciales.
La comptabilité est, de soi, la science la plus exacte, quand on ne la triche pas. Les comptables d'un Crédit-Québec, institué pour servir la population, n'inscriraient pas endettement là où il y a création d'actif. Ils ne feraient pas la population de la province payer pour ce qu'elle produit, mais pour ce qu'elle consomme, et à mesure seulement de cette consommation. Comme on ne peut pas consommer deux fois ce qui n'a été produit qu'une fois, on ne verrait plus payer une fois et demi, deux fois, trois fois, le prix des aqueducs, des écoles, des ponts, etc., dans le domaine public. Pas non plus, dans le domaine privé, payer deux fois, en vingt ou trente ans, une maison qui n'a même pas disparu une fois pendant cette période - sans compter ce que le système de taxes fait le propriétaire payer tout le temps que dure la maison.
Le crédit financier que les banques avancent aux entrepreneurs, publics ou privés, représente la valeur de biens que la province est capable de produire, qu'elle va produire. Cette capacité de production n'est pas la propriété des banquiers. C'est le résultat de tout un ensemble de facteurs : ressources naturelles, compétence et bonne volonté d'une population laborieuse; vie en société qui permet la division du travail entre diverses professions et diverses industries; développements déjà réalisés; moyens de production déjà établis, science appliquée, techniques perfectionnées, progrès accumulés, etc. C'est là une richesse de la population elle-même. Le crédit financier basé sur cette richesse doit également être un bien de la population, être à sa disposition, non pas pour l'endetter, mais pour la servir. C'est ce que ferait un Crédit-Québec pour la province de Québec. Le problème strictement financier n'existerait plus. Le crédit financier du Crédit-Québec servirait fidèlement la production de toute sorte dans la province, au lieu de l'entraver ou de la ralentir alors que les besoins de cette production existent. Production publique comme production privée.
Ce serait donc aussi la fin des cauchemars des gouvernements, à Québec, dans les municipalités, dans les Commissions scolaires, partout. Seuls pourraient compter des problèmes de production, ou de transport, ou de moyens physiques de distribution. Mais ces problèmes-là n'existent pratiquement pas, puisque tout le monde court après des contrats pour produire, des contrats pour transporter, des permis pour tenir des magasins à la disposition des acheteurs.
Puis, le pouvoir d'achat des individus, des familles, faisant défaut devant les produits offerts, le Crédit-Québec comblerait la déficience par des crédits-argent à tous, par des dividendes, basés justement sur la production, production actuelle ou potentielle, qui attend seulement du pouvoir d'achat en face d'elle pour répondre aux besoins normaux de toutes les familles de la province.
Quant aux, produits qu'on fait venir d'en dehors de la province, ils se paieraient en crédits financiers de l'extérieur, obtenus par la vente de l'excédent de nos produits à l'extérieur. La province de Québec est certainement en bonne posture sous ce rapport si l'on ne met pas d'obstacles financiers à sa propre production.
Avec un Crédit-Québec, M. Johnson ne serait pas embarrassé pour les 50o millions qui lui manquent. Le Crédit-Québec fournirait les piastres à mesure de la production dans l'exécution des programmes. Avec un tel mécanisme pour servir financièrement tout ce qui est possible physiquement, il n'y aurait pas de déficit-financier tant qu'il n'y a pas de déficit-production. Et M. Johnson montrerait à toutes les autres provinces ce qu'on peut faire quand on s'affranchit d'une dictature aussi inconcevable qu'elle est exaspérante. Les autres provinces l'imiteraient vite. Et Ottawa ne tarderait pas à établir ce service pour tout le Canada.
En lisant l'histoire ancienne, on trouve révolta es les coutumes qui faisaient immoler des enfants ou des jeunes filles au culte d'un Moloch, d'un Minotaure, ou d'autres dieux païens. Mais ne fait-on pas la même chose, aujourd'hui, en immolant des santés, des vies humaines par tranches, au culte de la supercherie moderne qu'on laisse contrôler à son gré le sang de la vie économique ?
« Les contrôleurs de l'argent et du crédit sont devenus les maîtres de nos vies, si bien qu'on ne peut plus respirer sans leur permission », a écrit le Pape Pie XI. Et c'est bien vrai. La foule des chômeurs et leurs familles en savent quelque chose. Et d'autres aussi.
Le même Pape ajoutait que les gouvernements sont déchus de leurs nobles fonctions, en se faisant les valets de ces puissances, au lieu d'en affranchir leur peuple.
Mais le gouvernement de Québec, un gouvernement provincial, peut-il prendre action en matière d'argent ou de crédit, sans violer la Constitution qui place la monnaie et les banques sous la juridiction du fédéral ?
Nous répondons d'abord que :
Si un texte de loi, rédigé il y a près de cent ans, réserve au fédéral toute législation monétaire et bancaire, et si le comportement du système bancaire met un obstacle entre les biens et les besoins humains, il faut prendre un autre moyen, substitut ou complémentaire, pour mettre la richesse de la province au service de sa population.
On ne peut rester esclave d'un texte, ou d'une interprétation de texte, qui va contre la logique et contre l'humain.
Mais les richesses naturelles appartiennent aux provinces, pas à Ottawa, ni aux institutions d'Ottawa, bancaires ou autres. Les conditions de travail et d'exploitation de ces richesses sont de ressort provincial. Rien donc n'empêche une province d'instituer quelque moyen de mettre la richesse de cette province au service de sa population, sans en demander la permission à Ottawa ni aux banques.
Ce n'est point fondamentalement une question de Constitution, mais une question de décision. Une question aussi, évidemment, de collaboration entre le gouvernement provincial pour l'établir et la population de la province pour s'en servir.
Le Crédit Social fera disparaître les taxes. Il faut de l'argent pour administrer la chose publique, mais pas nécessairement de l'argent provenant de taxes. Ce qu'il faut, c'est de l'argent provenant de la Banque du Canada ou d'une institution dite Crédit-Québec