Jubilé d'or !     Jubilé d'or !

 

Apparitions de Notre-Dame à Fatima

 

Lendemains de Fatima

 

 

 

            Le 13 mai de cette année marque le cinquantième anniversaire de la première des célèbres apparitions de Marie à Fatima. Dans son édition de septembre 1965, le journal Vers Demain consacrait quatre pages aux événements de Fatima. Il convient d'y revenir en ce jubilé de Fatima.

 

            Tout en résumant brièvement l'historique des apparitions, nous allons surtout parler des années d'épreuves, des années d'attente, entre la dernière des six apparitions et la reconnaissance officielle de leur caractère surnaturel.

 

            Présentement, des centaines de mille personnes, qui croient aux apparitions plus récentes de Garabandal, souffrent de certains communiqués largement diffusés dans la grande presse. Nous croyons que ces personnes trouveront, dans la situation d'attente que dut subir Fatima, motif à s'ancrer dans leur foi et leur espérance relativement à Garanbandal.

 

            A Fatima, en effet, voyants et croyants connurent des obstacles: incrédulité des uns, moqueries des autres; froideur et même opposition chez des membres du clergé, persécutions de la part d'autorités civiles sectaires. Mais ce qui venait de Marie devait passer à travers tout. Malgré l'absence des prêtres, qui s'abstenaient par consigne d'aller au champ des apparitions — la Cova da Iria, — des pèlerinages se multiplièrent spontanément. Le peuple y accourait en nombre croissant et y priait avec ferveur, sans attendre le jugement officiel des autorités ecclésiastiques. Des 13 longues années d'attente de ce jugement, Fatima ne sortit que plus glorieux, et c'est aujourd'hui un des hauts lieux de la chrétienté.

 

            Nul ne peut prévoir avec certitude ce qu'il adviendra de Garabandal. Mais les faits auxquels nous ajoutons foi, sur le récit de témoins oculaires fiables, et le caractère parfaitement orthodoxe déjà reconnu par l'Évêque de Santander au texte du message que la voyante Conchita dit avoir reçu de la sainte Vierge par l'intermédiaire de saint Michel, nous portent à croire que Notre-Dame veut multiplier là des preuves de sa bonté maternelle, des faveurs d'ordre spirituel comme d'ordre temporel. C'est d'ailleurs commencé.

 

            Les apparitions de Fatima

 

            Mais revenons à Fatima. Là aussi, Marie eut un précurseur. Dès le printemps de 1916, donc une année avant que Marie commence ses visites mensuelles, un Ange se présenta aux trois petits bergers à la Cova da Tria. Il se dit l'Ange de la Paix. Il revint à l'automne de la même année 1916. L'Ange fit les enfants prier avec lui et leur annonça que le Ciel avait des vues sur eux.

 

            13 mai 1917: Première apparition de Marie à la Cova da Tria. Les trois voyants: Lucie dos Santos, 10 ans; son cousin François. Marta, 8 ans; la soeur de François, Jacinthe Marto, 6 ans. Questionnée par Lucie, la Dame répond qu'elle vient du ciel. Elle annonce que François et Jacinthe mourront encore enfants et iront au ciel. Elle demande aux trois des sacrifices pour la conversion des pécheurs: elle leur recommande de bien réciter le chapelet. Elle donne rendez-vous aux enfants pour le 13 de chacun des prochains mois.

 

            13 juin: Deuxième visite. Nouvelle recommandation du chapelet. La Dame confie à chacun des trois petits bergers un secret à garder personnellement. 60 personnes présentes sur les lieux.

 

            13 juillet: Troisième apparition. 5,000 personnes sont là, auxquelles Lucie demande de se mettre à genoux et de prier. La Dame apparaît et recommande encore de dire le chapelet pour obtenir la fin de la guerre (première guerre mondiale alors en cours). La Dame annonce qu'elle reviendra chaque mois, que le 13 octobre elle dira son nom, que ce jour-là un grand miracle aura lieu pour authentifier la réalité de ses visites et de son message.

 

            13 août, 18,000 personnes sur les lieux. Mais les enfants n'y sont pas: le maire diabolique d'Ourem les a enlevés, les tient séquestrés pendant trois jours, les jetant même en prison, dans une vaine tentative pour les faire rétracter leurs récits et obtenir d'eux les secrets qu'ils disent avoir reçus de l'Apparition. Le rendez-vous est donc manqué le 13 du mois d'août. Mais le 19 août, la Dame se montre aux trois enfants, non pas à la Cova cette fois, mais dans un autre pâturage, aux Valinhos. Elle se dit mécontente de l'obstacle dressé par l'administration civile, mais encourage les enfants.

 

            13 septembre: cinquième apparition. A la Cova, en présence de 30,000 personnes. A midi comme les autres fois. Un nuage blanc, visible par la plupart des assistants, entoure le chêne-vert sur lequel la Dame se pose. Elle réitère la promesse d'un grand miracle pour le 13 octobre à midi.

 

            13 octobre: sixième et dernière apparition. La Dame dit qu'elle est Notre-Dame du Rosaire. Une foule de 70,000 personnes, venues de toutes les régions du Portugal, sous une pluie incessante, se trouve là, dans la boue, attendant le miracle promis.

 

            Le miracle du soleil

 

            A midi juste, Lucie crie à la foule: «Regardez le soleil». Et sous les yeux de tous, le disque du soleil se met à tourner comme une roue de feu, lançant des faisceaux lumineux de toutes les couleurs. Cela pendant cinq minutes; puis, après un arrêt, répétition du même phénomène pendant cinq autres minutes. De nouveau une troisième fois. Après quoi, le disque se détache du firmament et descend vers la foule atterrée qui croit à la fin du monde. La plupart font avec ferveur un acte de contrition.

 

            Puis soudain, le soleil s'arrête et reparaît dans le ciel avec son éclat normal.

 

            Autre miracle que chacun put constater individuellement: Les habits, trempés de pluie et de boue un quart d'heure auparavant, sont devenus secs comme s'ils revenaient de chez le nettoyeur.

 

            La Vierge eut donc là 70,000 témoins de son intervention pour confirmer la véracité de ce qu'avaient dit les enfants, de ses apparitions et de ses messages touchant le rosaire, la pénitence, l'accomplissement du devoir d'état, la conversion des catholiques sous peine de voir le communisme s'étendre sur le monde, la consécration à son Coeur Immaculé, la communion réparatrice du premier samedi du mois.

70,000 témoins. Ce nombre aurait été plus que doublé sans le frein ecclésiastique. On estime, en effet, qu'environ 90,000 autres personnes ayant l'intention' de se rendre à la Cova, pour voir le miracle annoncé depuis trois mois, y avaient renoncé sur l'avis de leurs curés respectifs. Ce qu'elles regrettèrent beaucoup par la suite.

 

            La réponse du peuple

 

            Le peuple portugais compte des siècles de dévotion à Marie. Les apparitions de Fatima apportèrent à cette dévotion une impulsion profonde et extraordinaire. Les coeurs, écrit le chanoine Barthas, semblaient sentir la présence de la Reine des Cieux sur le ciel et dans l'air du Portugal. Rappelons aussi que le territoire actuel du Portugal s'appelait autrefois "Terres de Marie».

 

            Cela ne veut pas dire que tout le monde crut immédiatement à l'authencité des apparitions. Mais la foule qui se dérangea pour en être témoin augmentait de mois en mois, comme on l'a vu: 60, puis 5,000, 18,000, puis 80,000 et enfin 70,000.

 

            La ferveur n'arrêta pas avec la cessation des apparitions. Le clergé n'y participant pas encore, les fidèles y allaient de leurs propres démonstrations.

 

            Dès après la deuxième apparition, deux convaincus enthousiastes, monsieur et madame Carreira, décidèrent l'érection d'un modeste et rustique monument pour marquer le lieu des apparitions: une sorte de portique en forme d'arche, deux troncs d'arbres grossièrement équarris servant de colonnes, sur lesquelles reposait un troisième tronc. Surmontant l'arche, une croix à laquelle étaient suspendues deux lanternes tenues allumées jour et nuit. Cet humble mais fervent hommage à Marie allait vite devenir victime d'un banditisme athée.

 

            Un peu plus tard, en 1919, de nombreux pèlerins se cotisèrent pour l'érection d'une petite chapelle, dans laquelle et autour de laquelle les pèlerins feraient leurs dévotions, surtout le 13 de chaque mois de mai à octobre. Pèlerinages inorganisés; dévotions de tous caractères, les unes silencieuses, d'autres parfois trop bruyantes. On entendait des plaintes: «Il faudrait mettre de l'ordre, le clergé devrait y voir». Mais le clergé continuait de rester sur la réserve, et les pèlerins en quête de récollection continuaient de souffrir du voisinage des exaltés. Le petit fait suivant est de cette époque:

 

            Le 13 octobre 1919, environ 600 pèlerins agenouillés autour de la petite chapelle. Plusieurs autres groupes étaient assis sur les collines environnantes. Un des 600 à genoux était plongé dans un profond recueillement quand soudain, à environ 150 pieds de la chapelle, une fusée fut lancée vers le ciel et éclata avec le bruit d'un coup de canon. Elle fut suivie d'une deuxième, d'une troisième, d'une quatrième, jusqu'à la vingt-et-unième: Un salut royal! Le pèlerin dérangé dans sa méditation n'y tint plus. Prenant en main un carnet et un crayon, il alla droit au lanceur de fusées: «Monsieur, auriez-vous l'obligeance de me donner votre nom?» L'autre répondit: «Si vous en avez l'autorité et si vous voulez m'arrêter pour avoir lancé des fusées sans permission, faites votre devoir. J'accomplissais un voeu, et je suis prêt à payer l'amende, même à faire de la prison pour cette action. Je suis prêt à tout.» L'intervenant le calma, disant qu'il voulait seulement savoir si le salut royal était bien le simple accomplissement d'un voeu. Alors, le visage du brave homme s'épanouit, et il raconta son histoire:

 

            Il était, dit-il, un fabricant de feux d'artifice, avec boutique dans un faubourg de Porto-demos. En juin précédent, pris d'une grave maladie intestinale, ayant perdu tout espoir de secours humain et accablé à la pensée de laisser sa femme et ses enfants dans le besoin absolu, il s'était tourné vers Notre-Dame de Fatima, faisant voeu que, s'il guérissait, il irait au lieu des apparitions, lui lancer un salut royal de 21 grosses fusées. Il commença immédiatement à se sentir mieux et fut en peu de temps complètement guéri. Il était venu aujourd'hui, avec sa famille, accomplir son voeu.

 

            Opposition sectaire

 

            Sans aucun appui de son clergé, le commun du peuple sut croire aux apparitions de Fatima et en tirer parti pour un accroissement de spiritualité. Ce fut tout le contraire de la part des autorités civiles de l'heure. La présence d'une sainte Vierge dans le ciel pouvait les laisser indifférentes. Mais que cette Sainte Vierge descende en terre portugaise sans leur en demander la permission, et qu'elle ose donner au peuple un programme de son cru cadrant mal avec le leur, cela devenait intolérable.

 

            C'est qu'en effet, au temps des apparitions de Fatima, le Portugal était gouverné par des francs-maçons et des impies. Cela, depuis l'assassinat du roi Carlos en 1908 et l'établissement de la république en 1910. L'esprit athée prévalait généralement à tous les échelons, du gouvernement central aux administrations locales. Il ne faut donc pas trop s'étonner de l'intervention du maire d'Ourem, dès après la deuxième apparition, pour empêcher les enfants d'être à la Cova da Iria pour le rendez-vous du 13 août.

 

            Un mois plus tard, s'autorisant de cette attitude du maire et virtuellement convaincus qu'ils n'auraient rien à craindre de la part de la police, des voyous de Sandarem allèrent en auto à la Cova, s'emparèrent des ex-votos et autres articles placés là par la piété des fidèles. Ils renversèrent le portique érigé par les Carreiras. Ils voulurent même abattre le chêne-vert des apparitions pour le traîner derrière leur voiture. Par bonheur, ils se trompèrent d'arbre et coupèrent un arbre voisin. Revenus à Sandarem, ils organisèrent une procession nocturne, assaisonnée de chansons impudiques et accompagnée de blasphèmes, traînant dans les rues les objets apportés de la Cova. Une centaine de personnes participèrent à cette honteuse affaire. Nul n'osa intervenir, sachant bien qu'en arrière de ces voyous, l'autorité officielle du district se réjouissait de tout ce qui pourrait contribuer à étouffer une dévotion susceptible de réveiller la foi des gens.

 

            Quant à l'autorité plus locale, elle était du même esprit, demandant au clergé aussi bien qu'aux magistrats d'interdire les rassemblements à la Cova da Iria. Certains prêtres, qui voulaient se contenter de rester neutres, eurent des difficultés avec l'administration civile.

 

            En dépit de tout cela, le mouvement des foules vers la Cova continuait. Vers 1920, le gouvernement central lui-même essaya d'y mettre fin.

 

            Nous avons extrait les faits qui précèdent de «Our Lady of Light», version anglaise d'un livre ayant pour auteurs le chanoine Barthas et le Père (jésuite) Da Fonseca. De la même source aussi, les épisodes suivants, parmi les plus notoires de l'opposition sectaire de cette époque:

 

            En 1920, un jeune homme de Torres-Novas, récemment converti, avait commandé une statue de Notre-Dame, faite selon la description donnée par les voyants, avec l'intention de la placer dans lA petite chapelle de la Cova da Iria. Quand la statue arriva à Torres-Novas, elle fut reçue avec enthousiasme par les foules qui vinrent l'admirer. Cela ne pouvait qu'irriter et alarmer davantage les francs-maçons. Furieux, ils vinrent demander au maire de donner des ordres pour que le jeune homme garde sa statue et ne la porte pas à Fatima.

 

            Pour s'assurer qu'il serait obéi, le maire fit entourer la maison par des policiers. Mais la statue sortit quand même et traversa le rang des gardes, dissimulée sous des outils de jardinage, dans une charrette à boeufs. Elle entra triomphalement à la Cova, et elle est encore là aujourd'hui, recevant pour Marie les hommages et les supplications de millions de pèlerins.

 

            Le 13 mai (1920) approchant, le gouvernement central du Portugal voulut se charger lui-même de prendre des mesures pour empêcher la foule de s'assembler sur le lieu du pèlerinage pour le troisième anniversaire de la première apparition. Il fit poster un escadron de cavalerie et des troupes à pied pour interdire l'approche de la Cova à tout véhicule chargé de pèlerins.

 

            Mais la sainte obstination des pèlerins triompha de tout. Descendant des véhicules, ils continuaient à. pied, traversant les rangs des gardes. Ceux-ci étaient pour la plupart de bons fils du sol, consentant volontiers à se laisser vaincre. Plusieurs d'entre eux finirent même par demander et obtenir de leurs officiers la permission d'aller prier devant le petit oratoire. Un des officiers exprima ainsi ses sentiments à un futur historien de Fatima: «Si vous saviez comme j'ai honte d'être ici... Je fais ce qui m'est commandé, mais, croyez-moi, j'en ai le dégoût. Je suis un croyant, et je ne vois aucun avantage à empêcher ces pauvres gens de venir prier en ces lieux.» Il ajouta, des larmes aux yeux: «J'ai une soeur dont la vie a été sauvée par Notre-Dame de Fatima.»

 

            Des milliers de pèlerins atteignirent la Cova ce jour-là, et ils en revinrent plus décidés que jamais à résister, à protester contre tout obstacle de la part de fonctionnaires libres-penseurs.

 

            Mais les sectaires ne voulaient pas reculer. Dans la nuit du 6 mars 1922, ils firent sauter à la dynamite la petite chapelle qui était là depuis trois années. Les fidèles de Notre-Dame en furent consternés, mais remarquèrent un détail dans lequel ils virent une intervention céleste: de cinq charges de dynamite disposées pour la destruction, une seule n'explosa pas —celle placée à la racine de l'arbre sur lequel s'était posée l'Apparition.

 

            L'outrage fait à Notre-Dame souleva une vague d'indignation. Cet acte fut fortement réprouvé par la presse. Des protestations s'élevèrent de toutes parts, même de bancs du Parlement. Des pèlerinages de réparations s'organisèrent. Dès une semaine après ce sacrilège, 10,000 personnes marchèrent à pied depuis l'église paroissiale de Fatima à la Cova da Iria, pour faire amende honorable.

 

            Mais ce n'était pas assez. Tous voulaient une réparation nationale. On la fixa au 13 mai suivant, cinquième anniversaire de la première apparition.

 

            Le gouverneur du district, qui voyait mal tout ce qui témoignait d'un réveil de foi et de vie chrétienne dans le peuple, interdit tout rassemblement. Son subordonné local, cependant, le nouveau maire d'Ourem, jugea plus raisonnable d'ignorer ces ordres du gouverneur du district que désavoua d'ailleurs un chef plus élevé dans l'administration.

 

            Ce 13 mai, on évalua à 60,000 le nombre de pèlerins accourus de partout pour le grand acte de réparation. On n'avait pas vu de si gros assemblement à la Cova depuis le jour du miracle du soleil.

 

            La vue des ruines du petit oratoire augmenta la ferveur de ce peuple. Les offres d'argent furent si considérables qu'on prit tout de suite la décision de bâtir une autre chapelle dès qu'on pourrait en obtenir le consentement ecclésiastique.

 

            Vers le triomphe

 

            L'opposition sectaire n'avait donc servi qu'à ancrer davantage la foi du peuple envers la Vierge de Fatima. Cependant aucun des deux plus jeunes voyants n'allait en voir la glorification officielle sur la terre: le petit François était mort dès le 4 avril 1919, et la petite Jacinthe le 20 février 1920. Quant à l'aînée, Lucie, elle-même allait quitter le monde et entrer au couvent, afin de ne plus vivre que pour Dieu seul, chez les Soeurs de Ste-Dorothée d'abord, puis au Carmel de Coimbre, où elle est encore aujourd'hui. (En cette année 1967, elle est âgée de 60 ans.)

 

            La paroisse de Fatima (est située dans le diocèse de Leiria. Mais au temps des apparitions, ce diocèse n'existait plus, et Fatima dépendait du diocèse patriarcal de Lisbonne. Lorsque le cardinal archevêque de Lisbonne entendit parler de la première apparition, il défendit à son clergé de s'en mêler. Les persécutions du gouvernement maçonique obligèrent bientôt le cardinal à quitter son diocèse. Deux jours après la dernière apparition, le curé de Fatima adressa un rapport des événements à l'administrateur diocésain de Lisbonne, le priant de faire enquête sur les faits. Une commission fut nommée, mais il y avait tellement de faits à examiner — apparitions, miracles, foi des fidèles et effets sur leurs âmes, etc. — que la commission n'avait pas encore présenté son rapport lorsque le diocèse de Leiria étant rétabli, un évêque allait être nommé à ce poste, et toute l'affaire relèverait de lui.

 

            Signalons ici quelques coïncidences, comme il en arrive souvent dans les oeuvres de Dieu, bien qu'on ne les découvre généralement qu'après coup.

 

            Le jour même de la première apparition de Notre-Dame à Fatima, avait lieu la première attaque contre une église par les communistes en Russie. Ce même jour aussi, à Rome, un prêtre, l'abbé Pacelli, était consacré évêque par le Pape Benoît XV. Ce même jour encore, dans un journal du Portugal, parut une petite poésie en l'honneur de la sainte Vierge; elle portait la signature d'un prêtre, l'abbé Da Silva.

 

            Or, c'est cet abbé da Silva qui, trois ans plus tard, allait devenir le premier évêque de Leiria après la restauration de ce diocèse. Quant à l'abbé Pacelli, de Rome, c'est lui qui serait le grand Pape Pie XII, de 1939 à 1958, et que plusieurs faits de son Pontificat feraient appelere Pape de Fatima. En ce qui concerne la Russie, où débutait la violence contre la religion ce même 13 mai, la Dame allait dire, au cours de ses apparitions, qu'elle se convertirait si nous, les catholiques, nous nous convertissons; que, sinon, la Russie répandrait ses erreurs sur le monde. Il y a cinquante ans de cela, et l'erreur communiste s'est largement répandue sur le monde, justement parce que les catholiques ne se sont pas convertis.

 

            Le diocèse de Leiria, dont dépend Fatima, fut réinstitué en 1918. Mais la nomation ,de son évêque ne fut faite qu'en 1920. En fait d'Evêque, Fatima ne pouvait . souhaiter mieux. Mgr José Da Silva était un grand dévot de Marie. Il avait déjà fait 10 fois le pèlerinage de Lourdes avant d'être évêque. Il avait aussi eu beaucoup à souffrir pour la foi, de la part du gouvernement franc-maçon.

 

            Dès deux semaines après son installation à Leiria, le nouvel évêque reçut la documentation concernant Fatima, documentation qui grossissait toujours des miracles, conversions et autres faits se déroulant à la Cova. Un procès canonique fut institué par une ordonnance épiscopale du 3 mai 1922. Mais l'évêque n'attendit pas cette date pour prendre plusieurs décisions. Il questionna personnellement la voyante encore vivante, Lucie. Personnellement convaincu du surnaturel des faits, sans se prononcer officiellement sur les apparitions, il décida de prendre lui-même la direction du culte qui s'était spontanément développé à la Cova. Dès 1921, il y acheta plus de 30 acres de terrain, en vue d'une future basilique. Le 13 octobre, la messe put être célébrée à la Cova pour la première fois, par autorisation de l'évêque. Elle fut dite en plein air.

 

            L'enquête continuait. Elle prit six longues années. Le rapport en fut remis à Mgr Da Silva en 1929. Il prit quelques mois pour la revoir et préparer sa déclaration officielle. Celle-ci fut prononcée solennellement le 13 octobre 1930. Un triomphe après treize années qui avaient connu plusieurs épreuves.

 

            Depuis huit ans déjà (1922), une petite publication mensuelle. «La Voz da Fatima» (La voix de Fatima), avec l'approbation diocésaine, répandait par tout le Portugal, et même à l'extérieur, les nouvelles relatives à Fatima. Commencée humblement, avec une circulation de

3,000 en 1922, elle atteignait en 1943 une circulation mensuelle de 320,000 à 390,000 copies.

 

            En 1931, tous les évêques du Portugal, réunis à Fatima autour du cardinal archevêque de Lisbonne, consacraient solennellement le Portugal au Coeur Immaculé de Marie. Ce fut en même temps un hommage de gratitude pour ce que le cardinal a appelé «le miracle du Portugal»: le régime maçonnique s'était effondré, la politique du Portugal était passée entre les mains d'un grand chrétien, qui est en même temps un grand homme d'Etat, Salazar, encore au pouvoir aujourd'hui.

 

            Le 31 octobre 1942, le Pape Pie XII consacrait le monde entier, avec mention de la Russie, au Coeur Immaculé de Marie.

 

            Le 13 mais 1946, au nom de Sa Sainteté Pie XII, le cardinal Masella couronnait officiellement la statue de Notre-Dame de Fatima, devant une foule de 500,000 pèlerins.

 

            C'est à Fatima que, par décision de Pie. XII, se déroulèrent les cérémonies de clôture de l'Année Sainte, le 13 octobre 1951. Un million de pèlerins étaient à la Cova ce jour-là.

 

            Et les foules continuent d'affluer à Fatima. Qui pourra en dire le nombre en cette année du jubilé d'or des apparitions?

 

            Triomphes que contemplent certainement, du Ciel où ils sont depuis 47 ans, les deux plus jeunes voyants, François et Jacinthe, pendant que Lucie continue sa vie de prière, de pénitence, de toute-consacrée à Dieu, dans la clôture du Carmel de Coimbre. Lucie prie et souffre pour la conversion des pécheurs, comme elle et les deux autres petits voyants avaient accepté de le faire, en réponse à la demande de «la Dame».

 

            Parmi les grands sacrifices de la Carmélite, compte certainement la privation de la joie de revoir la chère Cova des visites de Marie, la privation aussi d'assister aux apothéoses mariales qui ont succédé aux années d'épreuves et d'adversités. Mais n'est-ce pas le traitement que Marie réserve généralement à ceux et celles qu'elle favorise de ses visites pour transmettre quelque message au monde? Ne dit-elle pas en quelque sorte au voyant ou à la voyante: «Pour ceux qui sauront accueillir mon message, pour ceux qui viendront prier et se convertir ici, j'ai de grandes faveurs à leur distribuer, même ici-bas; mais pour toi, qui m'as vue et avec qui j'ai conversé, je ne te promets pas de bonheur en ce monde, mais seulement dans l'autre.»

 

            Notre-Dame de Fatima, priez pour nous, convertissez-nous, convertissez les pécheurs; faites que s'établisse sur terre la paix véritable, la paix du Christ, dans le règne du Christ.

 

LOUIS EVEN