Fatima, face au communisme
1917 : Marie à Fatima, Lénine à Moscou, Portugal asservi et Portugal libéré.
Explosion de surnaturel. Sursis accordés. Les peuples répondront-ils ?
Du côté communiste
C'est en 1848 que Karl Marx publia son Manifeste Communiste. Mais 60 ans plus tard, il n'existait encore de gouvernement communiste dans aucune nation. Des essais avaient eu lieu, mais avaient échoué, faute surtout d'un noyau bien organisé entre les mains de dirigeants renseignés et audacieux.
Et c'est à combler cette lacune que s'appliqua plus particulièrement le parti bolchévique dans les premières années du présent siècle. Ce parti connut maintes factions, maintes divisions; mais il recevait ses enseignements et ses impulsions surtout de Lénine, Trotsky, et autres communistes de première ligne, dont la plupart se trouvaient en exil, bannis de Russie à la suite de tentatives révolutionnaires avortées. En Suisse, à Paris, à New York, ou ailleurs selon leur résidence du moment, ils travaillaient à recruter et entraîner des adhérents pour saisir toute occasion de s'emparer du pouvoir, en n'importe quel pays où une telle occasion surgirait.
Un jour, Lénine disait à Trotsky :
"Notre révolution est de caractère international. Nous commencerons simultanément dans la péninsule ibérique (Espagne et Portugal) et en Russie. Nous procéderons de là à envelopper toute l'Europe."
Un regard sur une carte de l'Europe laisse voir que la réalisation de ce projet aurait placé le continent européen entre deux mâchoires communistes.
Lénine et Trotsky se fixaient 1910 comme date pour atteindre ce premier but. Ce fut réussi pour le Portugal seulement, pas tout de suite pour la Russie.
En 1910, en effet, la révolution installait à Lisbonne, capitale du Portugal, un gouverne ment républicain, maçonnique, athée et communiste. Et la persécution sévit contre tout ce qui était religieux. A tel point que Lisbonne passa vite pour la capitale de l'athéisme en Europe. Puisque la religion est l'opium du peuple, disait ce gouvernement, il faut la faire disparaître des institutions, des familles, l'effacer des esprits et des coeurs.
Vint la guerre de 1914. Les bolchévistes à l'affût suivaient de près la marche des événements. Rien ne prépare mieux à une révolution qu'une guerre étendue, prolongée et surtout perdue.
Dès 1915, l'armée, russe éprouvait de rudes revers aux mains des Allemands. Revers encore plus grands en 1916. Bien que russes pour la plupart, les bolchévistes se réjouissaient d'une situation qui allait créer dans leur patrie l'affaissement, puis le chaos, d'où sortirait facilement la révolution. Lénine en suisse, Trotsky à New York, Staline en Sibérie, et les autres gros du parti se préparaient pour rentrer en Russie au moment propice.
Ce moment propice allait venir l'année suivante, en 1917, après une première révolution opérée au mois de février, non pas par le parti de Lénine, mais par les Menchéviks dé Kérensky. Le mot russe "menchévik" veut dire "minimaliste". C'était de fait un parti socialiste-communiste plus modéré, mais qui s'avéra incapable de gouverner et qui allait, dans huit mois, laisser la place aux bolchévistes après une molle résistance.
Du côté du Ciel
Le communisme triomphant allait être le formidable agent du démon sur la terre, à la fois contre Dieu et contre la personne humaine. On pouvait encore l'ignorer chez les hommes, mais on le savait au Ciel. Et Dieu, dans sa grande miséricorde, voulut mettre à la disposition de l'humanité une force avec laquelle, si elle le voulait, elle pourrait faire échec à cette invasion de l'enfer.
C'est Marie qui, par la volonté de Dieu évidemment, se chargea de cette mission. Ét elle s'y fit précéder par un Ange du Ciel. Le lieu choisi fut Fatima, dans le Portugal alors sous un gouvernement athée.
Nous allons relater sommairement ici les apparitions de Fatima, nous permettant d'emprunter largement à l'ouvrage de l'abbé R. Payrière, intitulé "Fatima, le signe du Ciel".
Nous en tirerons, ensuite quelques commentaires pour justifier le titre du présent article, en plaçant en regard les dates de ces apparitions et celles de la révolution bolchévique; en montrant aussi les effets du message de Fatima au Portugal et la valeur de ce message face à la situation mondiale actuelle.
Visites de l'Ange
Un jour frileux du printemps de 1916, trois enfants gardaient les moutons de leurs parents dans un pâturage non loin de chez eux. Les noms de ces enfants : Lucie dos Santos, 9 ans; son cousin, François Marto, 8 ans; Jacinthe, soeur de François, 6 ans.
Une pluie fine se mettant à tomber, les trois se réfugièrent dans une grotte voisine. Soudain, ils virent un globe de lumière s'avancer vers eux à travers le champ. Au milieu du globe, un jeune homme de grande beauté, qui les rassura en leur disant :
Ne craignez pas. Je suis l'Ange de la Paix. Priez avec moi.
S'agenouillant, l'Ange dit trois fois la prière suivante, qu'il faisait répéter par les enfants :
Mon Dieu, je crois, j'adore, j'espère et je vous aime pour ceux qui ne croient pas, qui n'adorent pas, qui n'espèrent pas et qui ne vous aiment pas.
Au milieu de l'été, l'Ange revint, derrière la maison de Lucie, se disant cette fois l'Ange du Portugal. Il invita les enfants à réciter la même prière qu'à sa visite précédente et leur annonça que le Ciel avait sur eux des desseins de miséricorde.
Enfin, une troisième fois, à l'automne de cette même année 1916, l'Ange se présenta de nouveau aux trois, au même lieu que la première fois. Il portait un calice d'or dans une main; de l'autre, il tenait une hostie élevée au dessus du calice. A leur grande stupéfaction, les enfants virent des gouttes de sang tomber de l'hostie dans le calice. Puis, laissant l'hostie et le calice suspendus en l'air, l'Ange se prosterna sur le sol, disant cette prière :
Très Sainte Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit; je vous adore profondément. Je vous offre lei très précieux Corps, Sang, Âme et Divinité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, présent dans tous les tabernacles du monde, en réparation des outrages, sacrilèges et indifférences par lesquels II est offensé. Par les mérites infinis de son Coeur-Sacré et par l'intercession du Coeur Immaculé de Marie, j'implore la conversion des pécheurs".
1917 : Marie à Fatima, Lénine à Moscou, Portugal asservi et Portugal libéré.
Explosion de surnaturel. Sursis accordés. Les peuples répondront-ils ?
Les enfants ne dirent mot à personne, pour le moment, de ces apparitions de l'Ange.
Apparitions de Notre-Dame
Et voici 1917. Les enfants ont maintenant 10, 9 et 7 ans.
Le 13 mai, ils sont avec leurs brebis à la Co-va da Ha, lande caillouteuse d'un haut plateau montagneux. A midi, l'Angélus sonne au clocher du bourg de Fatima. Fidèles à une tradition du pays, les enfants arrêtent leurs yeux et égrènent leur chapelet.
Leur prière terminée, ils vont reprendre leurs ébats, quand un vif éclair les éblouit soudain. Craignant un orage, ils se disposent à rentrer à la maison quand un second éclair plus brillant les arrête, tremblants. Sur leur droite, toute de lumière et de grâce, leur apparaît une."demoiselle", qui leur semble avoir 16 à 18 ans. Elle a, les mains jointes sur la poitrine, dans l'attitude de la prière. Elle leur dit :
N'ayez pas peur, je ne vous ferai pas de mal.
Après avoir contemplé la jeune dame en silence, l'aînée des trois, Lucie, engagea le dialogue suivant avec la belle visiteuse :
— D'où êtes-vous ?
—Je suis du Ciel.
—Et que venez-vous-faire ici ?
—Je viens vous demander de vous trouver ici six mois de suite, le 13 de chaque mois, à cette même heure. Au mois d'octobre, je vous dirai qui je suis et ce que je veux.
—Vous venez du Ciel ... Et moi, est-ce que j'irai au ciel ?
—Oui, tu iras.
—Et Jacinthe ?
—Jacinthe aussi.
—Et François ?
— Lui aussi, mais il faut d'abord qu'il récite beaucoup de chapelets.
La dame demande aux enfants s'ils veulent bien s'offrir à Dieu pour supporter toutes les souffrances qu'il voudra leur envoyer, en réparation pour les .péchés qui l'offensent, et afin d'obtenir la conversion des pécheurs.
Les trois y consentent. Et avant de les quitter, la dame leur demande de continuer à bien réciter le chapelet.
Lucie demande aux deux cousins de garder le silence sur cette apparition. Mais la petite Jacinthe en parle chez elle. C'est rapporté aux parents de Lucie. Lucie est questionnée par sa mère. Les parents sont sceptiques et grondent leurs enfants, mais ne peuvent arriver à les faire se dédire ni se contredire dans leur récit.
Deuxième apparition, le 13 juin.
La dame recommande encore la récitation du chapelet. Elle demande aux enfants d'ajouter après chaque dizaine la prière suivante :
O mon Jésus, pardonnez nos péchés, préservez-nous du feu de l'enfer, conduisez au ciel toutes les âmes, aidez spécialement celles qui ont le plus besoin de votre miséricorde.
Elle dit à Lucie d'apprendre à lire. Puis elle confie à chacun un secret pour lui-même, avec défense de le révéler à personne.
Une soixantaine de personnes s'étaient groupées sur les lieux, pour être présentes à l'heure de cette apparition. Les parents des enfants s'étaient abstenus. A leur retour, les enfants ont à subir les mêmes reproches de leurs parents et de leurs voisins. Le curé, mis au courant, se tient sur une prudente réserve.
* * *
Troisième apparition, le 13 juillet. Cette fois, en présence de 5,000 personnes. A la demande de Lucie, cette foule se met à genoux pour prier.
La Dame répète sa recommandation du Rosaire, pour obtenir la fin de la guerre. Seule, ajoute-t-elle, l'intercession de la sainte Vierge peut obtenir cette grâce aux hommes. (La première guerre mondiale sévissait depuis trois années déjà.)
La céleste visiteuse demande aux enfants de continuer à venir le 13 de chaque mois et promet un miracle qui confirmera la véracité des apparitions :
Le 13 octobre, je vous dirai "qui je suis, ce que je veux, et je ferai un grand miracle pour que tout le monde croie aux apparitions.
Elle leur dit aussi :
Sacrifiez-vous pour les pécheurs et dites souvent cette prière en accompagnement de vos sacrifices : "O Jésus, c'est pour votre amour, pour la conversion des pécheurs et en réparation des injures faites au Coeur Immaculé de Marie."
La Dame étend alors ses mains vers la terre, qui semble s'ouvrir, et les enfants ont un instant une vision horrible de l'enfer. Après quoi la Dame leur dit :
Vous avez vu l'enfer, où vont les âmes des pauvres pécheurs. Pour les sauver, Dieu désire établir dans le monde la dévotion à mon Coeur Immaculé. Si les peuples font ce que je vous dis, bien des âmes seront sauvées et la paix régnera.
C'est lors de cette troisième apparition que la Dame confie aux enfants un secret concernant le mondé entier et dont les deux 'premières parties allaient pouvoir être révélées en 1927; la troisième partie, pas avant 1960. (Cette dernière partie, connue du Pape, n'a pas été divulguée jusqu'ici.)
* * *
Troisième apparition. Le rendez-vous a été fixé au 13 août, et 18,000 personnes sont sur les lieux.
Mais les autorités civiles locales, athées comme celles de 'Lisbonne, veulent entraver cette manifestation de surnaturel. L'administrateur de Vila de Orem, dont dépend Fatima, a enlevé et séquestré les enfants. Il les détient pendant trois jours, usant de ruses et de promesses, les séparant pour mieux les effrayer, et les menaçant de mort s'ils ne veulent pas rétracter leurs récits ni révéler les secrets dont ils se disent dépositaires. Les enfants refusent de céder. Ils récitent leur chapelet et se disent entre eux quand ils se retrouvent ensemble :
S'ils nous tuent, ça ne fait rien, nous irons au ciel.
A la Cova da Iria, la foule est irritée quand elle apprend la nouvelle de la séquestration des enfants. On parle d'intervenir, quand tout à coup, au milieu du ciel limpide, éclate un coup de tonnerre. Un éclair brillant luit. Le ciel pâlit. L'atmosphère devient jaunâtre. Un nuage léger et très beau se forme auprès de l'arbre où ont lieu les apparitions. Emue et calmée, la foule se disperse.
Les enfants sont relâchés le 16 août. Ayant manqué leur rendez-vous du 13, ils pensent qu'il n'y aura pas d'apparition nouvelle avant septembre. Mais le 19 août, la dame leur apparaît. Elle se plaint de l'action de l'administrateur civil. A couse de cela, dit-elle, le miracle qui aura lieu le 13 octobre sera moins éclatant qu'il aurait dû être.
Cinquième apparition : le 13 septembre.
Une foule de 30,000 personnes est là. Vers midi, les enfants arrivent. Lucie crie à la foule : "Il faut prier". A la 'voix de cette enfant, tous tombent ô genoux, priant avec larmes, implorant la Reine du Ciel.
A midi, da foule voit le soleil-perdre son, éclat, l'atmosphère devenir jaune d'or. Un nuage blanc, que la plupart peuvent voir, entoure le chêne-vert des apparitions. On entend les paroles de Lucie, mais pas celles de la Dame.
Celle-ci dit de continuer à réciter le Rosaire pour obtenir la fin de la guerre. Elle promet de revenir le 13 octobre, avec saint Joseph de l'Enfant-Jésus.
Lucie demande à la belle dame si elle guérira des malades; à quoi elle répond : J'en guérirai certains, mais pas tous.
Sixième apparition, dernière de la série : le 13 octobre.
C'est ce jour-là que doit avoir lieu le miracle promis. Aussi y a-t-il une foule immense — au moins 70,000 personnes -- venues de toutes les 'parties 'du Portugal, par tous les moyens de locomotion, beaucoup à dos d'âne ou même à pied. Par dévotion ou par simple curiosité. Des croyants convaincus et des incroyants notoires; ces derniers avec le secret désir qu'il ne se produise rien et qu'ils puissent crier à la fumisterie.
La Darne est fidèle au rendez-vous. Elle se nomme aux enfants : "Notre-Dame du Rosaire". Elle dit que nous devons nous repentir de nos péchés, cesser d'offenser Notre-Seigneur, réciter le rosaire. Elle promet que si les hommes changent de vie, la guerre finira vite.
Le miracle du soleil
Ce 13 octobre, le ciel est couvert de nuages et il pleut à verse. C'est dans la boue que se tient la foule pieuse et qu'elle se jette à genoux lorsque Lucie leur demande de prier "parce que la Dame s'en vient". Quant aux incroyants, ils sont restés sur les hauteurs, plusieurs dans leurs autos; des journalistes parmi eux, leur montre en main, comme pour défier il l'accomplissement du miracle annoncé pour midi. Il est midi à leur montre, et ils commencent à se gausser.
Mais voici venir le midi réel, non pas le midi légal de leur montre, mais le midi solaire. Et le cri de Lucie : "Regardez le soleil".
A ce moment même, la pluie cesse soudain, les nuages s'ouvrent, et le soleil apparaît Comme un globe d'argent qu'on peut fixer sans être ébloui. Puis, subitement, l'astre se, met à tourner vertigineusement, comme une roue de feu, en lançant des faisceaux lumineux de toutes couleurs. Au bout de cinq minutes, il s'arrête, puis reprend cette danse féerique une deuxième fois, puis une troisième fois.
Pendant que la foule contemple ce spectacle, les trois enfants, eux, voient apparaître, à côté du Notre-Dame du Rosaire et saint Joseph portant l'Enfant-Jésus. Puis Lucie (mais elle seule) voit successivement Notre-Seigneur adulte bénissant la foule, Notre-Dame des Sept Douleurs et Notre-Dame du Carmel.
Mais le soleil a fini sa danse magique. Et tout à coup, voici que ce disque arrêté se détache du firmament et se précipite vers la foule atterrée, donnant à tous l'impression que c'est la fin du monde. Tous tombent à genoux, dans une supplication ardente. La plupart disent avec ferveur leur acte de contrition. Il en est qui confessent tout haut leurs péchés, demandant pardon à Dieu.
Mais soudain le soleil s'arrête et réapparaît dans le ciel avec son éclat normal.
Le miracle du soleil fut visible, non seulement pour les 70,000 personnes présentes à la Cova da Iria, mais pour d'autres dans des villages à plusieurs milles de distance.
* * * .
Les faits extraordinaires de Fatima ont été rapportés dans la presse du pays, même dans les journaux qui n'y croyaient pas et les présentaient comme des hallucinations collectives.
Mais ce qui ne pouvait être une hallucination collective ce 13 octobre, c'est que, après la danse du soleil, chacun, en se relevant, put constater individuellement que ses habits, trempés de pluie et même de boue un quart d'heure auparavant, étaient devenus secs comme s'ils revenaient de chez le nettoyeur.
Approbation de l'Église
Quant aux autorités ecclésiastiques, elles enquêtaient avec prudence sur les faits de Fatima, comme dans tous les cas de ce genre. Treize ans plus tard, le 13 octobre 1930, l'autorité diocésaine, l'Évêque de Leiria, déclarait dignes de foi les apparitions de la Cova da Iria et autorisait officiellement le culte de Notre-Dame de Fatima.
Un sanctuaire fut élevé sur les lieux des apparitions, et le pape Pie XII l'a enrichi de nombreuses indulgences.
Le cardinal-archevêque de Lisbonne fit ériger dans la capitale du Portugal une magnifique basilique en l'honneur de Notre-Dame de Fatima.
Le 31 octobre 1942, le Pape Pie XII a consacré le Monde (et spécialement la Russie) au
Coeur immaculé de Marie, en réponse à une demande exprimée par Marie elle-même à Fatima. Et cette consécration fut renouvelée solennellement le 8 décembre suivant, à Saint-Pierre de Rome, en présence du Sacré-Collège et de toute la Cour pontificale.
Rappelons qu'au moment même .de la première apparition de Marie aux trois enfants, le 13 mai 1917, Benoît XV consacrait évêque l'abbé Pacelli qui allait plus tard devenir le grand pape Pie XII.
Et 29 ans après cette première apparition, le 13 mai 1946, le Cardinal Masella, au nom de Sa Sainteté Pie XII, couronnait solennellement Notre-Dame de Fatima, en présence de 500,000 pèlerins.
C'est à Fatima que, par décision du Pape Pie XII, eurent lieu les cérémonies de clôture de l'Année Sainte, le 13 octobre 1951 (34e anniversaire du miracle du soleil). Ces cérémonies furent présidées- par le délégué de Pie XII, le Cardinal Tedeschini, devant une foule de 800,000 pèlerins.
Pie XII fut vraiment le pape de Fatima. Il fut aussi celui de l'Assomption, qu'il définit comme dogme au cours de l'Année Sainte, le 1er novembre 1950. Et il fut favorisé personnellement d'une répétition du miracle du soleil, qu'il put contempler des jardins du Vatican, par quatre fois : le 30 octobre, le 31 octobre, le 1er novembre (jour de la déclaration du dogme de l'Assomption) et le 8 novembre.
Le Pape actuel, Paul VI, témoigne lui aussi de sa dévotion à Notre-Dame de Fatima. Le jour de la clôturé de la troisième session du Concile, le 21 novembre dernier (1964), en la fête de la Présentation de Marie, après avoir solennellement proclamé Marie Mère de l'Eglise, Paul VI annonça qu'il enverrait une rose d'or au sanctuaire de Fatima — ce qui a été fait depuis.
Il est bon de rappeler ces témoignages de foi aux événements surnaturels de Fatima, de la part d'évêques, de cardinaux, de Papes, alors que, de nos jours, certaines voix catholiques, Même de prêtres et de théologiens "nouvelle-vague", cherchent à abaisser le rôle de la sainte Vierge dans la vie spirituelle des fidèles.
Où sont les trois voyants ?
La sainte Vierge avait dit aux trois enfants qu'elle viendrait bientôt chercher les deux plus jeunes, François et Jacinthe, mais que Lucie resterait plus longtemps sur la terre pour travailler à l'établissement de la dévotion à son Coeur immaculé.
De fait, François mourut de l'influenza le 4 avril 1919, après avoir fait sa première communion en viatique. Il avait passé les dix-huit mois écoulés depuis la dernière apparition dans la recherche de la solitude, de la prière, surtout par la récitation du chapelet.
Jacinthe, atteinte de pleurésie, mourut le 20 février 1920, à la suite de longues et douloureuses souffrances, qu'elle offrait pour 'la conversion des pécheurs et pour le triomphe du Coeur immaculé de Marie. Tout imprégnée de ce qu'elle avait appris de la divine Messagère, la sainte enfant disait à la soeur qui la soignait à l'hôpital :
Les péchés qui jettent le plus d'âmes en enfer sont les péchés d'impureté.
Il viendra certaines modes qui offenseront beaucoup Notre-Seigneur. Les personnes qui servent Dieu ne doivent pas suivre les modes. L'Église n'a pas de modes. Notre-Seigneur est toujours le même.
Il se commet beaucoup et de très grands péchés dans le monde.
Si les hommes savaient ce qu'est l'éternité, ils feraient tout pour changer de vie.
La Très sainte Vierge ne peut plus retenir le bras de son fils bien-aimé sur le monde. Il faut faire pénitence. Si les hommes se repentent, Notre-Seigneur pardonnera encore; mais s'ils ne changent pas de vie, le châtiment viendra ...
Lucie quitta Fatima après la mort de ses deux cousins. Elle s'efforça de rester ignorée, ne parlant des apparitions à personne, s'appliquant à 'l'étude, au pensionnat des Soeurs Dorothée. A 18 ans, elle entra au noviciat de ces religieuses. En 1946, ses supérieurs ecclésiastiques l'envoyèrent pour la première fois au lieu des apparitions pour donner des précisions demandées par les autorités.
En 1948, la Providence la conduisit au Carmel de Coimbre. Derrière les grilles du Carmel, sous le nom de Soeur Lucie du Coeur immaculé, elle reste l'apôtre ardente de la dévotion au Coeur immaculé de Marie.
Lucie a d'ailleurs revu la sainte Vierge en diverses occasions, pour recevoir soit des encouragements dans sa mission, soit des messages à communiquer aux autorités ecclésiastiques. Entre autres : le 10 décembre 1925, le 25 février 1926; de nouveau en 1927, où elle reçut de Marie la permission de divulguer les deux premières parties du secret qui avait été confié aux enfants à Fatima; une autre fois en 1929, où la sainte Vierge insiste pour que la Russie soit consacrée à Marie par le Pape et tous les évêques du monde. Au printemps' de 1943, c'est Notre-Seigneur qui se présenta à Lucie, lui annonçant que la guerre finirait bientôt, mais que la conversion de la Russie était pour plus tard. Le Christ se plaignait du peu d'âmes généreuses prêtes à accepter tous 'les sacrifices qu'exigent 'l'observance de sa loi et l'accomplissement du devoir d'état.
Une explosion de surnaturel
Fatima a été toute une explosion de surnaturel. Non seulement pour les trois enfants favorisés de la vision de Marie, mais pour des foules témoins oculaires d'événements inexplicables par les seules conditions de la nature.
Explosion de surnaturel en maintes occasions aussi dans les années qui suivirent. Tel le prodige des colombes, que voici :
Lors du 25e anniversaire des apparitions, un gigantesque cortège s'était formé pour accompagner la statue de- Notre-Dame, de Fatima à Lisbonne, distance de 94 milles. En cours de route, une habitante de la ville de Bombarrai lâcha cinq colombes. Au lieu de voler et de se disperser dons le 'ciel, les colombes, malgré la foule et le bruit, vinrent se poser au pied de la statue et y demeurèrent des jours, tout au cours des longues processions dans Lisbonne et autres lieux.
Ce miracle des colombes se renouvela plusieurs fois durant les années que dura le voyage de la statue pèlerine autour du monde, en Europe, Afrique, Asie, Amérique, Océanie.
Des grâces nombreuses, parfois éclatantes, marquèrent le passage de la Vierge de Fatima. A Madrid, où elle fut acclamée par un 'million et demi de personnes, on compte 13 miracles. Le miracle du soleil se renouvela aussi en certains lieux, notamment à Ceylan.
Mais ce sont surtout des grâces spirituelles innombrables que la Vierge sema partout et sème encore. Nous ne les connaîtrons bien qu'au Ciel.
Contre le communisme
C'est lors de la troisième apparition, le 13 juillet 1917, que Notre-Dame dit :
Si on écoute mes demandes, la Russie se convertira et on aura la paix. Sinon, elle répandra ses erreurs dans le monde, produisant guerres et persécutions à l'Église : les bons seront martyrisés ; le Saint Père aura beaucoup à souffrir, plusieurs nations seront anéanties. Mais finalement mon Coeur Immaculé triomphera. Le Saint Père me consacrera la Russie qui se convertira, et un certain temps de paix sera accordé au monde.
En ce 13 juillet 1917, le bolchévisme n'était pas encore au pouvoir. La Russie se débattait dans la défaite, dans le désordre et dans la faim, sous le gouvernement provisoire inopérant des Menchéviks. L'homme qui alors aurait parlé d'une menace pour les autres nations de la part de la Russie, pays réduit à l'impuissance, aurait fait rire de lui. Mais Marie avait la connaissance de l'avenir,' et le monde a appris depuis ce qu'il ne pouvait soupçonner à cette époque.
De même, parler de l'anéantissement de plusieurs nations pouvait sembler de réalisation impossible. Mais avec l'avènement des aimes nucléaires, 29 années plus tard, le monde a pu apprendre que Marie savait de quoi elle parlait.
Le message de Fatima apportait au monde une arme souveraine contre le communisme, avant même que le communisme devienne une force menaçante. Et si les hommes avaient écouté Notre-Dame, l'expansion du communisme n'aurait pas eu lieu.
C'est pour confirmer visiblement l'authenticité de ce message qu'eut lieu le miracle spectaculaire du 13, octobre. Il précéda de trois semaines l'accession du parti de Lénine au pouvoir en Russie.
Les bolchéviques ont appelé "révolution d'octobre" le soulèvement qui leur donna le pouvoir à Moscou. Mais, en réalité ce soulèvement n'eut lieu que les 5, 6 et 7 novembre 1917. La confusion vient de ce que la Russie de ce temps-là suivait encore le calendrier Julien, en retard de 13 jours sur notre calendrier Grégorien. La Russie était donc encore au 25 octobre quand c’était déjà le 7 novembre dans nos pays latins, germaniques et anglo-saxons.
Lénine, Trotsky, Staline et d'autres chefs révolutionnaires exilés étaient rentrés en Russie et préparaient fébrilement leur révolution tout au long de l'été 1917, pendant que la Reine du Ciel faisait sa série d'apparitions à Fatima. En matière de dates, Marie a gagné. Quand Satan pouvait se réjouir de voir ses hommes de choix obtenir le sceptre sur un grand pays, le monde chrétien avait déjà reçu du Ciel l'équipement voulu pour se défendre victorieusement. Que n'a-t-il su s'en servir !
Mais Dieu est miséricordieux et accorde des sursis. Si la deuxième grande guerre a puni sévèrement les nations chrétiennes pour leurs infidélités, elle ne les a tout de même pas anéanties. Si le communisme athée et méchant a étendu son emprise, il reste tout de même des pays libres de son joug. Il est encore temps de sauver ce qui reste et de reprendre ce qui est perdu. Le moyen ? Le message de Fatima :
Cesser d'offenser Dieu ;
Faire pénitence par l'observance des lois divines et par l'accomplissement du devoir d'état ;
La récitation du chapelet ;
La communion réparatrice du premier samedi du mois ;
La fuite des modes indécentes.
Le cas du Portugal
Nous l'avons vu, c'est au Portugal que fut premièrement réussie la révolution communiste et athée pour la conquête du pouvoir. La Reine du Ciel est venue bouleverser tout l'espoir que le communisme fondait sur ce premier succès.
Voici ce qu'écrit à ce sujet John M. Haffert, dans "Divine Love" d'avril-juin 1965 (nous traduisons de l'original anglais) :
"C'est le miracle du soleil de 1917 qui vainquit l'étoile rouge au Portugal. Mais cette victoire ne se fit pas en un jour : il y a fallu des années.
"Immédiatement après le miracle, le gouvernement athée, qui était composé d'une coalition de partis, essaya de se purger des éléments qui pourraient céder devant le miracle. Entretemps, il chercha à nier le miracle et à tourner en ridicule ceux qui y accordaient foi, même à la face d'une masse de témoins de tous les coins du pays qui l'avaient vu de leurs yeux.
Cependant, malgré cette propagande du gouvernement, tout appuyée qu'elle fût par la force, il semblait maintenant exister une "mission dé propagande" de la part du Ciel, et le gouvernement athée commençait à sentir son sort scellé.
"La résistance populaire ne faisait que grandir. Les révolutionnaires permirent bientôt à un homme plutôt conservateur de leurs rangs, Sidonio Pais, d'assumer la présidence. Mais Pais devenant de plus en plus tolérant pour la religion, il fut criblé de balles, après une année seulement de présidence, comme il se rendait à la station de Lisbonne. Il mourut sur une table, à l'hôpital St-Joseph, avec un crucifix sur la poitrine.
"La période suivante en fut une de terrorisme. En 1922, les foules de pèlerins continuant d'augmenter à Fatima, des agents du gouvernement firent sauter une petite chapelle qui avait été construite sur le lieu des apparitions. Pendant ce temps, des bombes explosaient partout au Portugal, surtout à Lisbonne, Porto et Ivano do Castelo.
"Deux mois plus tard, la plus grande foule vue depuis les apparitions se rassemblait à Fatima, pour, faire acte de réparation.
"L'année 1922 fut probablement le point tournant. La révolution avait fourni cinq années de furie et de force depuis le miracle du soleil. Mais la foi profonde et stoïque du peuple portugais, que cette révolution avait promis d'anéantir en deux générations, s'affichait avec une force que les révolutionnaires n'avaient jamais imaginée possible.
"En 1923, il venait à Fatima des foules atteignant parfois jusqu'à 70,000 personnes d'un coup. Et en 1926, un pèlerinage amena le nombre étonnant de 400,000 personnes s'entassant à la Cova. La route était bordée de voitures sur plusieurs milles de longueur.
"En 1927, les révolutionnaires s'étaient épuisés en luttes intestines et en assassinats, et les finances du pays se trouvaient en banqueroute.
"Une coalition conservatrice alla alors chercher un paisible professeur de l'Université de Coimbre, un catholique de foi profonde, expert en matières économiques et administratives, le docteur Oliveira Salazar, pour sauver la situation.
"Depuis ce jour, le Portugal a changé. Il y reste, certes, des problèmes à résoudre, comme il y en a toujours dans tous les pays du monde, mais le changement a pu être décrit comme véritablement merveilleux. Le cardinal primat du Portugal nous a dit que ce changement survenu au Portugal peut être considéré comme le second grand miracle de Fatima".
Et en Russie
Pendant que le Portugal se dégageait graduellement de la révolution, les bolchévistes au pouvoir en Russie se débattaient pour sortir le pays de l'ornière où l'avaient fait tomber la guerre perdue, la révolution menchévique de février et la révolution bolchévique elle-même.
Vers les années 1922-23, le gouvernement bolchévique put renouer certaines relations économiques avec les autres pays et procéder à des développements industriels, grâce aux investissements de capitalistes étrangers. (Les hommes d'argent n'ont ni patrie ni philosophie; ils seraient prêts à passer des contrats avec le diable lui-même, s'ils y percevaient une chance de réaliser des profits).
En 1933, le gouvernement américain reconnaissait le gouvernement de Moscou, ce qui consolidait encore la position dés communistes sur tout le flanc est de l'Europe. Mais le communisme avait alors perdu la mâchoire plantée par lui, en 1910, au Portugal, sur le flanc sud-ouest du continent.
Ne pouvant plus songer à se rétablir au pays de Salazar, les communistes voulurent compenser cette perte en s'emparant de l'autre pays ibérique, l'Espagne. La république, établie en Espagne en 1931, ne put contenir les forces révolutionnaires qui, en 1936, se livrèrent à des meurtres et à des incendies. Mais la Providence suscita un homme courageux, le général Franco, pour prendre la tête de combattants de la contre-révolution, afin de sauvegarder les valeurs chrétiennes de l'Espagne.
La guerre civile coûta au pays beaucoup de vies et de ruines. Mais malgré les interventions de brigades communistes internationales, l'Espagne fut libérée et préservée de l'affermissement d'un joug communiste qui, une fois solidement établi, aurait été extrêmement difficile à, secouer. Pas un seul des autres pays européens tombés sous ce joug n'a réussi à s'en affranchir jusqu'ici.
Et en plus de la Russie, c'est une douzaine d'autres pays d'Europe qui gémissent sous la botte communiste; puis la vaste Chine; puis Cuba, d'où le communisme déverse son poison sur toute l'Amérique du centre et du sud; et, en Asie, la Corée du nord, le Vietnam-nord, sans compter d'autres pays de cette région et d'autres d'Afrique qui y glissent rapidement. Toutes ces conquêtes auraient pu être arrêtées si les peuples chrétiens avaient suffisamment répondu aux demandes de Marie à Fatima.
Un mot du Crédit Social
Si 1917 fut l'année de Fatima en même temps que l'année de l'installation du communisme en Russie, ce fut aussi, soulignons-le, l'année où l'ingénieur écossais Douglas, après avoir analysé les vices du système financier qui gouverne notre économie, élaborait les principes dont l'application corrigerait ces vices. Il allait publier ses premiers écrits sur le sujet l'année suivante, en 1918.
Douglas présentait sa solution comme une option différente du socialisme à opposer au capitalisme financier actuel, pour une distribution plus efficace et une répartition plus adéquate de l'abondante production moderne. Disons que sa doctrine reposait sur une philosophie nouvelle de l'économie, une philosophie conforme aux principes chrétiens, une philosophie respectant et reconnaissant concrètement la primauté de la personne humaine, de chaque personne : la personne au-dessus des institutions, servie par les institutions, politiques, économiques ou financières, et non pas dominées par elles.
Mais, de même que le monde a été trop sourd au message de Fatima, s'enfonçant de, plus en plus dans le matérialisme et la négation pratique de Dieu, de même aussi, il s'est montré jusqu'ici indifférent, ou même hostile aux propositions socio-économiques du Crédit Social.
Des hommes qui bannissent Dieu de leur vie, privée ou publique, et de leurs institutions, ne peuvent vraiment pas barrer, la route au communisme athée et matérialiste.
D'autre part, quand on refuse la conception créditiste de la répartition et de la distribution des richesses de la terre, qu'a-t-on à répondre aux critiques dont les communistes se font les hérauts contre l'exploitation de l'homme par les détenteurs de l'argent et du crédit ? On a beau alors se dire des' hommes de droite, on est des hommes de droite aux mains vides.
Le journal Vers Demain et le mouvement greffé sur Vers Demain conçoivent la lutte contre le communisme, par des hommes armés sur les deux plans : sur le plan spirituel par une vie chrétienne intense, à laquelle concourt la réponse aux demandes de Notre-Dame à Fatima; sur le plan temporel, par la présentation d'une économie vraiment humaine, comme la ferait l'application des principes énoncés par Douglas et connus sous le nom de Crédit Social.
LOUIS EVEN