L'EVANGELINE SAMEDI, 24 FEVRIER 1962
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CONTRIBUABLE EVALUE
DISTRICT NO 3
Arseneau Léo Black Bernard Delphis H |
Haggerty
Francis |
DISTRICT NO
13 |
Marcoux Edward
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McCarthy
Gordon |
Aubie Lawrence |
Legacy Joseph
F. |
Bertin Henri |
Liste partielle de milliers de familles sous la menace de se faire enlever leur dernier bien : le toit qui les abrite
Les pauvres dépouillés du peu qui leur reste
Le rôle honteux de journaux payés pour annoncer la spoliation — "L'Évangeline"
Ultimatum à 1,613 familles
Ce que nous présentons ci-dessus est une photographie réduite de la moitié supérieure d'une Page de L'Évangeline : page 9 du numéro du 24 février dernier. La liste continue et couvre toute la page. Nous y avons compté 1,265 noms. Et en une autre page du même numéro, page 3, une autre liste de 348 noms. Soit un total de 1,613 noms.
De quoi s'agit-il ? C'est indiqué en tête de la liste :
Avis de mandats au Shérif
pour vente de propriété immobilière pour tarifs et taxes prélevés dans la paroisse civile d'Allardville au comté de Gloucester, à défaut de paiement de ceux-ci
Et à la fin de la liste, on lit :
Avis est par la présente donné que des mandats seront remis au shérif pour la vente des propriétés immobilières ci-dessus mentionnées pour le paiement de tarifs, taxes, coûts et dépenses, évalués et 'prélevés sur celles-ci, si le montant dû pour ces taries, taxes, coûts et dépenses ne 'me sont p3s payés dans les trente jours qui suivront la date de cet avis.
Daté à Bathurst, au comté de Gloucester, d'ans la province du Nouveau-Brunswick, ce, 21e jour de février 1962.
Marc-J. Mollet
Percepteur en chef, Comté de Gloucester
Voilà donc 1,613 chefs de familles qu'on somme de payer leurs taxes et tarifs, plus coûts et frais ajoutés, dans les 30 jours, s'ils ne veulent pas voir le shérif muni d'un mandat pour la vente de leurs maisons.
Et cette liste de 1,613 noms ne couvre que les cas de la paroisse civile d'Allardville. Il y a d'autres paroisses dans le comté de Gloucester. Justement, d'Upper Shéla, dans ce même comté, un homme nous écrit en nous envoyant cette page de L'Évangeline : "Ce n'est pas encore rendu dans notre district, mais ça arrive. Tous les jours, à la radio, on nous dit de prendre $10.00 de nos allocations familiales pour payer en acompte sur nos taxes."
Et il y a d'autres
comtés que celui de Gloucester au Nouveau-Brunswick. C'est donc littéralement
des milliers de familles, des dizaines de milliers de
personnes, sous la menace d'avoir à prendre le chemin. Pourquoi ? Parce qu'elles
n'ont pas d'argent pour payer leurs taxes.
Elles n'ont pas d'argent, mais il leur reste leur cabane. Eh bien, cette cabane,
le nid modeste où les parents élèvent leurs enfants, ce nid-là va leur être
enlevé. Parce que ces familles sont trop pauvres en autres choses, on va leur
enlever leur maison !
Pourquoi cette photographie ?
Nous publions cette photographie d'une moitié de page de
L'Évangeline, parce qu'il y a des gens qui pensent que nous exagérons en parlant
des familles pauvres du Nouveau-Brunswick et de la manière brutale dont elles
sont traitées à cause de leur pauvreté.
Quand des familles n'ont que leurs allocations familiales
pour vivre, oser leur dire de prendre $10.00 sur ces allocations pour donner à
la "caisse de comté, c'est tin langage de bourreau. Que feraient ces beaux
diseurs s'ils n'avaient que $6.00 à $8.00 -par enfant par mois, pour faire vivre
leurs enfants, en plus de la mère et d'eux-mêmes.
Le premier devoir des parents est envers leurs enfants. Puis,
la personne a la priorité sur toutes les institutions, Même sur les
gouvernements, et certainement aussi sur les conseils de comté.
En publiant cette photographie, nous voulons aussi
stigmatiser la veulerie de journaux qui consentent à se faire les héros payés
dés spoliateurs. La publication de ces listes par L'Évangeline, comme par
d'autres journaux, ne donne pas un sou aux familles menacées ; cela ne les aide
aucunement. Mais c'est étaler devant des mieux fortunés aux aguets les occasions
de s'enrichir davantage à bon marché.
On dit que le journal L'Évangeline a été fondé pour défendre
les causes des Acadiens. Nous voulons bien le croire. Comment s'acquitte-t-il de
cette mission ? Je ne veux point personnellement en juger, n'étant d'ailleurs
pas lecteur régulier de ce journal. Mais je ne vois pas bien comment
L'Évangeline prend la cause des Acadiens, du moins des Acadiens trop pauvres
pour rencontrer les exigences du fisc, en publiant ces pleines pages de familles
mises en demeure de trouver de l'argent introuvable sous peine d'envisager la
perte de leur maison. La caisse de L'Évangeline peut en bénéficier, mais pas la
situation de ces familles.
L'Evangéline et Vers Demain
Si au moins, dans le
numéro de l'Évangeline où paraissent ces listes, on pouvait trouver une
protestation contre un régime qui arrache leurs maisons aux familles trop
pauvres pour payer les taxes ! Mais non, rien de tel. La liste seulement, sans
plus — ce qui a tout l'air d'un Nihil obstat, sinon d'une approbation. La
dispersion d'Acadiens pour crime de pauvreté serait-elle plus légitime que
l'autre, celle de 1755 par des conquérants sans coeur ?
C'est trop souvent,
hélas ! le sort des pauvres d'avoir a subir l'abandon autant que l'indigence.
Même l'aide officielle, quand elle leur est parcimonieusement consentie après
enquête minutieuse, est plus souvent assaisonnée de reproches que de paroles
d'amitié. Combien de
fois ne sont-ils pas accusés d'être eux-mêmes la cause de leur pauvreté ! On ne
promène point ainsi la lanterne sur le passé des riches pour enquêter sur les
sources de leur magot.
Dans les statuts du Nouveau-Brunswick, il y a un article de
loi qui permet aux répartiteurs, en tout temps, de libérer un contribuable de
ses taxes, en tout ou en partie, pour certaines causes, entre autres celle
d'indigence. Et cela, sans avoir à s'adresser au gouvernement, mais par simple
ordre écrit communiqué au secrétaire du comté et au percepteur.
Pourquoi ne voit-on pas l'Évangeline rappeler ce texte, et exprimer le voeu que les conseils de comté s'en autorisent pour soustraire e les familles pauvres à la saisie de leur maison - par le fisc non satisfait ?
L'Évangeline ne peut pas plaider ignorance - de cet article de la loi municipale de la provint ce, que Vers Demain a déjà publié deux fois et
reprend ci-contre (page 3).
Mais, il semble bien, L'Évangeline ne goûte pas précisément la lutte de Vers Demain en faveur des déshérités contre des règlements qui font passer l'argent avant le sort des familles.
Justement, nous avons aussi reçu certaines découpures de L'Évangeline, dont le contenu est loin d'applaudir aux idées et au travail de Vers Demain et de ses propagandistes.
On nous dira qu'il s'agit de lettres parues sous la rubrique "L'Opinion du Lecteur", et qu'elles ne doivent pas être prises pour des vues endossées par la rédaction de ce journal. Soit, bien que nous ayons déjà lu des réflexions du même genre sous la plume du rédacteur Jean Hubert lui-même. Puis le lecteur ordinaire fait-il bien la différence entre les rubriques ?
D'ailleurs, il peut et semble y avoir une politique dans le tri des lettres admises à paraître dans L'Opinion du Lecteur. La rubrique fut largement ouverte à une lettre de Rhéal Haché, datée du 29 janvier dernier ; et, à peine quelques jours plus tard, à celle de Calixte Duguay, du 12 février, pour appuyer les accusations de Rhéal Haché contre Vers Demain, contre les bérets blancs, contre les directeurs de notre mouvement et leurs collaborateurs immédiats. La facilité des adversaires de Vers Demain à se faire ouvrir une porte difficile à franchir par nos amis marque visiblement une attitude prise par L'Évangeline.
La lettre de Rhéal Haché
Nous n'avons point l'intention d'éplucher en détail le contenu de la lettre de Rhéal Haché, encore moins le placet que lui apporte Calixte Duguay. Nous avons eu affaire à d'autrement plus fortes parties depuis 25 ans que nous sommes dans la bataille, et ces égratignures ne nous dérangent pas. Nous sommes beaucoup plus sensibles à la situation faite à des milliers de familles pauvres, que les phrases de Rhéal Haché n'aideront ni physiquement ni moralement.
C'est pour réconforter un peu ceux qui nous ont écrit leur détresse de voir de telles accusations paraître dans "le journal des Acadiens" que nous en relevons une couple de points ici.
Accusations de "sacrilèges"
Rhéal Haché nous accuse de-sacrilèges. Pas moins. Il en veut à Vers Demain, entre autres, de citer la parole de Notre-Seigneur : Pourquoi vous inquiéter du lendemain ? Considérez les oiseaux du ciel, qui ne sèment ni ne moissonnent, et cependant votre Père céleste les nourrit. N'êtes-vous pas plus que les passereaux ? Pourquoi donc vous demander : De- quoi nous nourrirons-nous ? Nous vêtirons-nous?'
Haché dit que nous tirons Comme conclusion de ces- paroles de Notre-Seigneur qu'il ne faut pas s'occuper de gagner sa vie, et que nous devons tout recevoir du gouvernement.
Cette conclusion n'est pas de nous. C'est l'imagination de Rhéal Haché qui nous la prête.
Nous disons bien que le système financier qui nous gouverne va à l'encontre exact du conseil- de Notre-Seigneur. On est forcé de s'inquiéter du lendemain, non pas par crainte de voir le blé manquer dans les greniers ou le pain manquer chez: le boulanger, mais parce qu'on craint de manquer d'argent, quand on n'en manque pas déjà, et parfois depuis longtemps, pour se procurer ces choses qui abondent.
M. Haché accepte-t-il
cela, que les greniers restent pleins et que les estomacs restent sur leur faim,
rien que pour une question d'argent? D'argent qui n'est ni de Dieu ni de la
nature. Et n'y a-t-il pas là de quoi jeter toutes les familles ainsi privées
dans le souci constant du
pain matériel ? Des familles du même sang, de la même nationalité acadienne que
lui.
S'il condamne cette condition, que fait-il, que propose-t-il
pour la corriger ? Prendre $10 sur les allocations familiales, pour donner au -
percepteur de taxes au lieu de les garder pour acheter du pain ?
Rhéal Haché est encore dans les patates -—tout professeur
qu'il est, nous dit-on — quand il nous accuse d'enseigner que les familles
doivent tout recevoir du gouvernement. Nous croit-il vraiment imbéciles jusqu'à
ce point-là ?
Qu'est-ce que le gouvernement peut donner aux familles ? Il
n'a ni vaches, ni poules ; il ne cultive pas, il ne tisse pas. Ce n'est
certainement pas du gouvernement qu'il faut attendre nourriture, vêtement,
logement.
Ce que nous demandons, c'est que le gouvernement voie à faire
disparaître l'obstacle purement artificiel, l'obstacle financier entre les
produits et les besoins. Nous demandons que le gouvernement légifère pour
reconnaître et rendre réalisable le droit fondamental de chaque personne, à seul
titre d'être humain, d'user des biens matériels de la terre. (C'est du Pie XII —
est-ce un sacrilège de le rappeler ?)
Et puisque M. Haché et après lui M. Duguay insistent sur leur
accusation de sacrilèges portée contre des méthodes de notre mouvement, nous
leur posons cette question :
Si vous comprenez le caractère sacré de la personne humaine créée à l'image de Dieu, et celui de la famille, seule société temporelle établie par Dieu lui-même, ne trouvez-vous pas plutôt sacrilège de jeter personnes et familles sur la rue ou dans le chemin lorsqu'elles ne peuvent pas satisfaire les exigences de l'argent ?
Mais pour ces deux
défenseurs du système, le sacrilège consiste dans l'appellation de "pèlerin" que
nous donnons à celui ou celle qui reprend la route pour aller visiter le
sanctuaire des familles. Eux et nous ne sommes sûrement pas à la même école.
M. Haché nous reproche de parler contre les taxes. Nous continuerons. Il n'y a aucun sens à prendre dans l'assiette de Pierre pour mettre dans l'assiette vide de Paul, quand le garde-manger est plein à déborder. Aucun sens à rationner en face de l'abondance non distribuée. Aucun sens à enlever à la production privée pour la production publique, quand la capacité de production du pays, loin d'être toute utilisée (chômage), peut facilement répondre aux deux.
Mais allez donc parler logique à des gens, même instruits,
qui ne veulent aucun accroc au système illogique dont tant de familles souffrent
sans aucune raison valable.
* * *
Quant à Calixte Duguay, de Bathurst, il exprime un souhait : Qu'il se trouve d'autres esprits bien pensants (comme le sien et celui de Haché), pour mettre la population du Nouveau-Brunswick en garde contre de "prétendus sauveurs de l'humanité acadienne".
Par "prétendus sauveurs", c'est nos gens qu'il veut désigner.
Nous n'avons pourtant jamais eu la prétention de sauver la population, ni
l'acadienne ni aucune autre. Nous laissons ce style aux politiciens. Nous
disons, au contraire, à ceux qui veulent bien nous entendre, que leur salut,
même d'ordre politique, ils le trouveront dans le recours .à Dieu, dans la
réponse à l'appel de Notre-Dame de Fatima, et dans l'endossement de leurs
responsabilités personnelles.
Mais parler de Fatima, de chapelet, de communions
réparatrices du premier samedi du mois — Rhéal Haché et son acolyte de Bathurst
ne vont-ils pas crier au sacrilège ?
LOUIS EVEN
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