Pain quotidien et mouvement créditiste
L'angoisse de bien des familles
Le voyageur qui descend du train à Montréal un jour sur semaine s'est à peine éloigné des gares terminus qu'il a l'impression d'entrer sur un vaste chantier de construction. Des pelles mécaniques puissantes, des grues géantes, des hommes affairés, des camions chargés de matériaux, des trous béants qui conduisent à un métro en voie de progrès, des gratte-ciel qui s'élèvent, des rues regorgeant de trafic, des foules entrant dans des magasins ou des immeubles et en sortant, l'agitation partout, du bruit plein vos oreilles — vous êtes tentés de dire : Toute une population au travail, ici au moins l'on doit vivre dans la prospérité.
Eh bien, dans cette ville affairée, il y a des dizaines de milliers de familles aux prises avec le problème du pain quotidien. Comme dans bien d'autres villes d'ailleurs. Comme dans trop de comtés ruraux aussi. Et là où le pain est sur la table aujourd'hui, combien peuvent se sentir assurés qu'il y sera encore demain et après-demain ?
Le pain quotidien, c'est la nourriture, le vêtement, le logement convenable. Au moins cela. C'est le strict nécessaire pour tous. Il faudrait d'ailleurs y ajouter les soins indispensables en cas de maladie, et quelques autres choses élémentaires réclamées par les conditions actuelles de la vie en société.
Mais pourquoi donc peut-il exister un problème de pain quotidien, un problème de choses nécessaires à la vie, dans un pays d'abondance comme le Canada ? Un pays où les produits affluent à tel rythme que leur accumulation fait le casse-tête des producteurs et des marchands.
Un problème de piastres
Non, il ne s'agit nullement d'un problème de produits à offrir à ceux qui en ont besoin. Il s'agit d'un problème de piastres. De piastres manquant aux personnes et aux familles qui ont besoin des produits. Un problème de piastres pour payer. Rien que cela.
Les piastres, ce sont des permis pour obtenir les produits. Or, les produits abondent, mais les permis pour les avoir manquent. Un manque de permis ? Qui donc refuse les permis ? Qui donc fait la rareté de permis en face de l'abondance ?
Ce problème-là, problème de permis, problème de piastres, n'est pas un problème naturel, puisqu'il est en contradiction avec les fruits de la nature et du travail des hommes. C'est un problème purement artificiel. Il n'est l'oeuvre ni du bon Dieu, ni de la nature, mais de quelques hommes qui contrôlent l'argent et le crédit.
Et ce problème d'argent, dont souffrent bien des familles, c'est aussi le problème des administrations, municipales, provinciales ou nationales, pour l'exécution de projets publics, pour des services publics demandés par la population. Pour elles non plus, ce n'est pas un problème naturel. Le matériel ne manque, pas; les bras non plus, puisqu'il y a des milliers de chômeurs qui ne demandent pas mieux qu'à être employés. Mais le matériel reste là, les bras aussi, et les projets restent en plan, rien que parce que les piastres, les permis financiers manquent.
Problème de chiffres
Et qu'est-ce donc que l'argent, pour qu'on puisse ainsi en manquer ? L'argent, ce sont des chiffres sur des rondelles de métal, des chiffres sur des rectangles de papier, ou des chiffres dans des livres de banques.
Eh bien, l'absence de chiffres pour payer des produits qui s'accumulent devant des besoins, l'absence de chiffres pour mobiliser des bras qui s'offrent à exécuter des travaux qui attendent, c'est inadmissible, c'est anti-naturel, c'est antihumain et anti-chrétien par les misères imposées qui en découlent. C'est barbare et stupide à la fois. Et les hommes publics qui laissent faire, qui n'ont pas un mot à dire contre cela, ont-ils les yeux fermés, ou les mains liées et la bouche bâillonnée ? Les créditistes posent la question et flétrissent cette servilité.
Ignorance devenue inexcusable
Il n'est plus permis aujourd'hui, dans la province de Québec, ni dans tout le Canada, il n'est plus permis d'ignorer le caractère purement artificiel de l'argent, la cause purement artificielle des privations devant l'abondance offerte.
Et il n'est plus permis d'ignorer le moyen de mettre fin à ce désordre, la possibilité d'y mettre fin du jour au lendemain — comme il fut mis fin au manque d'argent du jour au lendemain dès que le Canada entra en guerre, après dix années de paralysie par manque d'argent.
Voici 28 ans qu'au Canada français le journal Vers Demain fait la lumière sur cette question. Avec le résultat qu'il n'y a pas une ville, pas un village, pas une campagne, pas une colonie où l'on n'ait pas entendu parler de Crédit Social, où Vers Demain soit inconnu. On dirait que seuls des personnages qui se pensent au-dessus de la masse ignorent des choses qui crèvent les yeux.
Vers Demain, messager par excellence du Crédit Social authentique, pénètre partout où on lit le français au Canada. Il compte même des lecteurs dans maints autres pays du monde : aux États-Unis, en France, en Angleterre, en Belgique, en Hollande, au Danemark, en Espagne, en Égypte, en Afrique ex-française, en Afrique du Sud, en Australie, au Japon, au Vietnam, etc.
Un mouvement dynamique
Quel est, dans notre pays, et peut-être dans le monde entier, le mouvement le plus dynamique aujourd'hui ? — C'est le mouvement du Crédit Social, bâti autour de Vers Demain et conduit par l'Institut d'Action Politique, dont le siège social est à Rougemont (Maison Saint-Michel). Dynamique à l'année longue, et non pas seulement quand il y a des élections en vue comme c'est le cas des partis politiques.
Quel mouvement compte une trentaine de donnés sur la route, à plein temps, d'un bout à l'autre de l'année, comme d'un bout à l'autre du pays ? — Le mouvement créditiste de Vers Demain. Quel mouvement en met des centaines d'autres à la même oeuvre, volontaires eux aussi dans leurs heures de loisir, surtout en fin de semaine ? — Toujours le mouvement créditiste de Vers Demain.
Les volontaires du mouvement créditiste, tout le monde les a vus, ces Bérets Blancs, ces. Pèlerins de saint Michel, qui font les rues des villes, les rangs des campagnes, allant d'une porte à. l'autre, jusque dans les places les plus reculées, pour présenter Vers Demain et par lui le message lumineux et libérateur du Crédit Social. Partout en vie, partout alertes, joyeux et semeurs de joie, convaincus et convaincants, décidés et conquérants.
Politicien, mais pas prophète
En 1937, dans une assemblée électorale à St-Flavien de Lotbinière, l'honorable Ernest Lapointe, ministre à Ottawa et bras droit du premier ministre Mackenzie King, disait : "Le Crédit Social — cette graine-là ne poussera jamais dans la province de Québec."
Le ministre est mort. Son chef politique est mort. Le Crédit Social vit. Cette graine-là a poussé, et vite. C'est aujourd'hui un gros arbre, dont les rameaux couvrent le pays, d'un océan à l'autre. Et c'est justement dans la province de Québec qu'il y a le plus de créditistes. Dans la province de Québec, à Rougemont, se trouve le plus gros centre social du Crédit Social authentique du monde entier.
Le mouvement créditiste de Vers Demain s'est répandu, vigoureux, malgré l'opposition organisée par des politiciens et par d'autres qui craignaient y voir une menace à leur pouvoir, alors que ce pouvoir sur les autres n'intéresse aucunement les vrais créditistes. Ce ne sont ni les puissants, ni les riches, ni les fronts couronnés de prestige qui ont donné de l'allure au mouvement créditiste. Au contraire, grosses têtes et grosses poches ont trop souvent essayé d'entraver son progrès.
Logique, humain, clair
Pourquoi donc ce progrès avec des moyens bien humbles ? — C'est d'abord parce que le Crédit Social est profondément humain. Il satisfait l'intelligence qui cherche le vrai. Il satisfait le coeur qui veut le bien de la multitude. Il répond aux aspirations de toute âme bien née. A tel point qu'on entend souvent objecter: "C'est trop beau pour être vrai, trop beau pour être réalisable !"
Beau, en effet. Mais doit-on chercher le beau ou le laid ? Beau et bon, n'oubliant personne. Portant partout la garantie du pain quotidien. Libérant les esprits de la crainte angoissante du lendemain.
Et c'est parce qu'il est ancré aux réalités que le Crédit Social est à la fois solide et réconfortant. D'autres disent : "Tant que vous aurez de l'argent, vous aurez du pain." Ils font le pain dépendre, de l'argent, et ils ne garantissent point cet argent. Le Crédit Social, lui, dit : "Tant qu'il y aura du blé pour faire assez de pain pour tous, tous auront du pain." Or, on aura toujours du blé au Canada, donc toujours du pain pour tous.
La même chose pour tous les autres produits répondant aux besoins normaux de la vie. Avec le Crédit Social, donc, finies les perpétuelles inquiétudes du lendemain.
Le Crédit Social peut dire cela, parce que sous un système financier créditiste, l'argent pour payer irait d'après les produits offerts en face des besoins ; tandis que sous le système actuel, ce sont les produits qui doivent se soumettre au régime de l'argent. Ceux qui mènent l'argent peuvent mettre des populations en pénitence devant des montagnes de produits.
Puis, le Crédit Social a un langage simple, clair, que tout le monde peut comprendre. Le créditiste ne 'se laisse pas engluer par le jargon des financiers, ni impressionner par le mystérieux dans lequel on a longtemps tenu le système d'argent. Le créditiste montre deux billets, un d'un dollar, l'autre de, dix dollars, et pose la question : Pourquoi celui-ci est-il un, et l’autre dix ? Sûrement pas à cause d'une différence dans la grandeur, le poids ou la qualité du papier, qui sont les mêmes dans les deux. C'est le chiffre seul qui fait la différence : 1 sur celui-ci, 10 sur l'autre. Pourquoi 1, pourquoi 10 ? Cela ne dépend nullement de la température, ni du hasard, mais de la décision de quelqu'un. Qui décide ? Ni vous, ni moi, ni votre curé, ni votre maire, ni même votre gouvernement. Ni le travailleur, ni son patron. Qui donc ? Et le créditiste répond : C'est dans le système bancaire que se prennent les décisions, déterminant le rythme des émissions de crédit financier par les prêts et des disparitions de ce crédit par les remboursements. Contrôle bancaire cent fois expliqué dans les écrits du Crédit Social. Et ça marche au même pas dans tous les pays du monde : aussi a-t-on des crises universelles, crises d'argent, crises de chiffres pour payer, qui ont déjà conduit à des guerres universelles.
Peut-on continuer à souffrir cette dictature-là ?
"Instruits" et hommes publics
Comme il fait donc pitié d'entendre des gens avec des diplômes nous parler de conjonctures impératives, de cycles économiques inéluctables; d'oscillations du pendule : droite-prospérité, gauche-crise. Ou d'alternance inévitable de vaches grasses et de vaches maigres. Ces vaches-là ne sont point des vaches naturelles, le gras venant en temps de guerre quand les producteurs sont en guerre, et le maigre en temps de paix quand tous les bras valides sont disponibles.
Ces conditions-là ne sont ni de Dieu, ni de la nature, ni du sens commun. Elles sont la décision de tyrans : des tyrans qui contrôlent le volume de l'argent, qui le font rare, ou abondant, facile ou difficile à obtenir, à leur gré ou à la commande de quelques cerveaux internationaux qui leur imposent les décisions. Les gouvernements qui laissent faire sont les complices ou les valets de ces tyrans. Et les hommes publics qui nous parlent de tout, qui font des plans sur tout, qui promettent tout, et qui n'ont ni un geste ni un mot contre cette tyrannie des tyrannies, sont-ils eux aussi des complices, ou bien vivent-ils dans la lune ?
La question financière surgit à tous les coins, dans l'ordre des choses publiques comme dans l'ordre des biens privés. Curieux que ce soit celle dont on parle le moins ; ou, si l'on en parle, ce n'est rien que pour chercher où l'on taxera un peu plus le contribuable d'aujourd'hui, ou bien où l'on va aller emprunter, ce qui augmentera les taxes du contribuable de demain. Cherchons donc la solution où elle est : dans le Crédit Social.
LOUIS EVEN