Notre directeur général précise...

...nos objectifs et nos méthodes

 

Au congrès, Louis Even fait la revue du chemin parcouru

Il définit le programme pour l'avenir

 

 

            Le présent article n'est qu'un faible résumé du discours plein de doctrine, de vie et de jeunesse que les congressistes ont eu le bonheur d'entendre de la bouche même de notre vénéré fondateur, encore sur la première ligne de feu, à 81 ans comme au début, malgré ses 30 ans de service et la si terrible maladie qui a failli l'emporter l'hiver dernier. Nous remercions le bon Dieu de nous garder ce grand général de notre Mouvement, dont le génie éclaire les chemins du pays et dont la force d'âme brille comme une grande espérance dans le ciel de Nouvelle-France.

 

 

            "Après 26 années de circulation de Vers Demain et les trois années des Cahiers du Crédit Social avant Vers Demain, il est difficile pour des Canadiens français d'ignorer qu'il existe une chose appelée Crédit Social et qu'il y a un mouvement créditiste pour répandre la doctrine du Crédit Social. Cela ne veut pas dire que tout le monde comprend bien en quoi consiste exactement le Crédit Social. On rencontre même beaucoup de confusion chez plusieurs, surtout à cause d'un parti politique qui a pris le nom de Crédit Social, ce qui les porte à prendre le Crédit Social pour un nouveau parti cherchant à prendre le pouvoir.

 

            A la lumière de Vers Demain

 

            Mais ceux qui lisent Vers Demain savent mieux, même si tous les numéros de Vers Demain ne recommencent pas à faire la distinction entre le Crédit Social authentique et les politiciens qui usurpent ce vocable.

 

            De plus, ceux qui lisent assidument Vers Demain savent aussi que le Crédit Social n'est pas simplement une réforme financière, si importante soit-elle. Il va bien au-delà. La réforme financière qu'il propose aurait pour effet de casser le monopole de l'argent et du, crédit, de libérer les personnes de la servitude de l'argent-dette. Mais il y a d'autres monopoles, d'autres asservissements, comme le monopole de l'État, l'État totalitaire, la dictature de l'État sur les personnes, que le Crédit Social repousse avec la même véhémence que la dictature financière.

 

            Au service de la personne

 

            En fait, l'objectif essentiel du Crédit Social, c'est le libre épanouissement de la personne. C'est l'enrichissement de la personne par l'association, contrairement à la domination trop courante de l'association sur la personne. Quelle que soit l'association, petite, moyenne ou grosse, locale, provinciale ou fédérale, groupement libre d'individus, ou association inévitable de citoyens en une nation, l'association doit avantager tous ses membres, toutes les personnes qui la composent.

 

            Comme le Pape Jean XXIII le soulignait dans Mater et Magistra, la multiplication croissante des relations sociales — ce que les traducteurs ont appelé la socialisation — peut être pour la personne un enrichissement ou un étouffement. Si elle enrichit la personne, toutes les personnes couvertes par cette "socialisation", elle est bien ordonnée. Si elle étouffe les associés, ou des associés, elle est viciée.

 

            En économique

 

            Cela s'applique dans le domaine économique à la répartition des richesses offertes par l'économie nationale : chaque personne, chaque individu dans la société, doit en obtenir une part correspondant à l'enrichissement apporté par la vie en société.

 

            Sans la vie en société, si chacun devait voir isolément à produire les biens réclamés par ses besoins, la production totale serait très petite, comparée à ce qu'elle est grâce à la vie en société. Sans la vie en société, en effet, sans un ordre social établi, sans les biens d'ordre public, il n'y aurait ni écoles, ni universités, ni laboratoires de recherches; les inventions isolées ne seraient ni répandues ni transmises d'une génération à l'autre; la science appliquée serait inexistante; le progrès matériel serait nul ou à peu près; les grandes richesses naturelles resteraient aussi inexploitées que dans les économies primitives.

 

            C'est dire que de beaucoup la plus grande partie de la production moderne est due à la vie en sociétés ordonnées : c'est un enrichissement dû à l'association, dont tous les membres de l'association, donc tous et chacun des citoyens, doivent obtenir une part.

Voilà ce qu'enseigne le Crédit Social en matière économique. D'où sa technique du dividende à tous et du prix ajusté, pour assurer à tous et à chacun une part de cet enrichissement provenant de l'association.

 

            Cela ne va en rien contre la propriété personnelle de moyens de production; en rien contre l'entreprise privée, qui est, croyons-nous — et l'expérience le confirme — le meilleur moyen de réussir une production abondante. Mais justement la propriété privée, l'entreprise privée, n'a pas pour unique but d'enrichir l'entrepreneur. Elle a aussi une fonction sociale, qui doit satisfaire le principe de la destination commune des biens terrestres.

 

D'ailleurs, l'entrepreneur, privé ou associé à d'autres, utilise des biens et des moyens qui ne sont pas le fruit de son travail personnel —comme les richesses naturelles, créées par Dieu; comme aussi le progrès dont nous parlions tout à l'heure, fruit de découvertes, d'inventions, de savoir-faire, acquis et transmis de génération en génération, grâce à la vie en société. Cela confère à toute la société, à tous ses membres, des droits sur une part de la production, même sortie de l'entreprise privée.

 

            En politique

 

            Il y a aussi d'autres biens que les biens purement matériels. Entre autres, le grand bien de la liberté. Un bien dû à chaque personne. Un bien qu'aucune association, aucun syndicat, aucun gouvernement local, provincial ou national n'a le droit de fouler aux pieds. La liberté pour chaque personne- de choisir, d'accepter ou de refuser, en autant que l'exercice de cette liberté n'entrave pas l'exercice de ce même droit chez les autres.

 

            Évidemment, la vie en société exige certains règlements, certaines lois qui disciplinent l'exercice de ce droit par les individus, mais justement en vue d'un plus grand bien pour tous les membres de la société, pour empêcher l'anarchie qui tuerait l'exercice de la liberté en le rendant impossible. Là encore, c'est l'enrichissement par l'association, et non pas l'étouffement de la liberté chez les membres, ou chez des membres, par leur association, qui doit inspirer ces lois.

 

            Ce sont là des principes hautement proclamés par l'école créditiste. H est nécessaire de les rappeler, car dans la pratique, il arrive que la soif de dominer par certains individus, ou la recherche de plus de pouvoir par des gouvernements, fait litière de cette liberté personnelle. C'est la grande tentation chez les gouvernements actuels. Par des étatisations, par des planifications, par des interventions croissantes dans des domaines qui devraient être laissés aux personnes, aux, familles, aux groupements libres, aux corps inférieurs, les gouvernements empiètent de plus en plus sur la liberté de choix des personnes. Pas seulement les gouvernements sur la liberté de choix des citoyens, mais des syndicats sur la liberté de choix des travailleurs qu'ils veulent enrôler de force, ou au moins cotiser de force.

 

            Guerre à toute dictature

 

            Tout cela est de la même tendance politique que le socialisme d'État, que le communisme, que l'État technocrate. Et les créditistes authentiques de Vers Demain combattent l'ennemi sur tous ces fronts. L'ennemi est comme l'hydre à sept têtes de la légende. N'en voir qu'une, ne se défendre que contre celle-là, c'est se laisser manger par les six autres têtes. A quoi servirait-il, pour les créditistes, de ne dénoncer que la seule dictature financière, de proposer des remèdes contre la dictature financière seulement, si pendant ce temps, on laisse s'implanter graduellement une dictature politique contre laquelle on n'aura même pas la liberté de protester.

 

            Et quelle différence y aurait-il entre une dictature politique établie par une révolution à la russe ou une dictature politique établie à la "fabienne", graduellement pour ne pas éveiller l'opinion, en complétant une étape lorsqu'il est trop tard pour lui opposer une résistance fructueuse?

 

            En Russie et dans les autres pays de même structuration politique, le totalitarisme a été établi et est maintenu par un parti unique. Dans les pays occidentaux, le totalitarisme s'installe très bien graduellement sans supprimer les partis d'opposition. Il s'installe par la mise en place d'organismes dirigés par des technocrates (on dit par des "compétences"). Et une fois établie par un parti au pouvoir, la chose demeure même après une élection qui amène le parti adversaire au pouvoir : l'expérience est là pour le prouver.

 

            Ne pas confondre "technocrates" avec techniciens. Les techniciens sont, en effet, des hommes compétents, tout désignés pour exécuter, pour fournir les résultats qui leur sont commandés. Mais les technocrates, eux, ne veulent pas se contenter d'exécuter ce qui leur est demandé : ils veulent décider eux-mêmes ce qu'ils vont imposer comme résultat. Il y a le "quoi faire", et il y a le "comment le faire". Le "quoi faire" doit rester la décision des personnes, des familles, des groupements libres, des gouvernements dans leurs juridictions respectives avec l'assentiment les représentants du peuple. Le "comment [e faire" doit être l'affaire dei techniciens, les experts en exécution.

 

            Changer les techniciens en technocrates, c'est de la dictature. C'est cela qu'on- essaie de bâtir dans nos pays encore libres. Si l'on ne résiste pas, si on laisse faire, on se réveillera dans une dictature politique aussi totale qu'en pays communiste. Une dictature qui ne respectera même pas ce qu'il y a de supérieur et de plus intime chez les personnes. C'est ainsi qu'on a institué dans notre province de Québec les écoles d'État, l'hospitalisation d'État, demain la médecine d'État. On aura une génération formée au goût de l'État. On aura des citoyens dont les misères physiques, traitées dans des hôpitaux d'État, seront consignées dans des filières ouvertes aux fonctionnaires de l'État.

 

            Ces empiètements sur la liberté et la dignité le la personne ne doivent pas être le prix de la sécurité économique. La sécurité économique sans la liberté serait un régime d'écurie, celui les animaux domestiques, bien traités par leur naître mais entièrement soumis aux décisions le leur maître.

 

            Notre devoir

 

            La dénonciation de tous ces empiètements fait partie du programme de notre mouvement créditiste. On le fait dans Vers Demain. On le 'ait par des circulaires - distribuées à la grandeur du pays, partout où il y a des volontaires créditistes, petits ou grands, pour s'en occuper. On le fait par des émissions hebdomadaires de Vers Demain à la radio. Clamer la vérité, daller les principes, stigmatiser leur violation, est gour nous un devoir.

 

            Mais cela ne suffit pas. Il faut encore, et surtout, former des citoyens, des patriotes, des hommes et des femmes inflexibles, que ni argent, ni honneurs ne feront taire ni céder. Et c'est à cela que s'applique l'école de Vers Demain, avec son entraînement de jeune et de moins jeunes à des initiatives d'homes libres, à l'exercice de responsabilités personnelles.

 

            Devant l'immense tâche à accomplir, nous reconnaissons évidemment notre faiblesse. Aussi nous tournons-nous vers le Ciel pour féconder nos efforts. Nous avons consacré cotre Institut d'Action Politique à Marie, à on Coeur douloureux et immaculé comme elle l'a demandé à Fatima. Nous avons mis notre centre social et toutes nos activités sous e patronage de l'Archange saint Michel. La récitation quotidienne du chapelet, ou même lu Rosaire, et le port de la médaille miraculeuse sont à l'honneur chez les membres actifs de notre mouvement. Nos grands "donnés" (nos plein-temps) vont à la messe tous es matins quand ils ne sont pas trop loin de 'église paroissiale. Nous avons mis au programme, depuis quelques mois, des marches les chapelets pour faire un acte public de foi, en expiation des abandons de Dieu trop communs dans la vie publique.

 

            Nous avons l'avantage, la grande grâce l'être des catholiques. Nous croyons combattre efficacement le matérialisme croisant et le communisme menaçant, en leur apposant, sur le terrain spirituel, une vie catholique intense, et, sur le terrain politique, économique et social, la philosophie et les propositions concrètes du Crédit Social.

 

LOUIS EVEN