Le Crédit Social: la meilleure promotion ouvrière

 

La grève est une guerre civile

 

Le monde ouvrier et le Crédit Social

 

 

De même que l'esclavage d'autrefois disparut pour faire place au servage, de même que le servage disparut à son tour pour faire place au salariat, de même aussi, moyennant une finance assouplie et servante telle que formulée par le Crédit Social, le salariat pourrait disparaître graduellement, rapidement même, pour ne laisser que l'associationnisme : des individus compétents, capables de fournir de bons produits et de prendre des responsabilités, unissant librement leurs activités pour répondre aux besoins de la population. Mais, on dirait que les chefs de syndicats veulent absolument que le Crédit Social soit inacceptable, parce que, eux, les dirigeants, sont socialistes, consciemment ou sottement. Puis, il y a la fonction dont ils vivent. A quoi serviraient encore leurs syndicats, que deviendraient leurs chefs avec leurs rondelettes rémunérations, dans un monde où tous les citoyens jouiraient d'un statut de capitaliste, comme le permettrait le Crédit Social ?

 

Climat de grèves

 

Pour peu qu'on suive les nouvelles courantes dans les journaux, à la radio ou à la TV, il arrive rarement de voir passer une semaine sans qu'il soit question de grève ou de menace de grève quelque part —jusque dans les services publics, depuis qu'elles y bénéficient de la même légalité que celles qui se produisent dans les entreprises privées.

 

Au moment où je commence la composition de cet article, je jette un coup d'oeil sur un quotidien du jour (15 décembre). Je vois justement en première page : « Les contrôleurs de la circulation aérienne ont décidé, hier soir, par un vote de 578 contre 33, d'entrer en grève mardi prochain ».

 

Cette grève, légale aux termes de la législation actuelle, paralyserait tous les services aériens du Canada. A moins d'un accord de dernière heure, cette grave situation ne peut être évitée que par une loi d'urgence votée par le Parlement d'Ottawa.

 

En page 3 du même numéro du même journal, je lis : « Les 9,000 professeurs de la Commission des Écoles Catholiques de Montréal décideront lundi s'ils feront la grève le 13 janvier. 212,000 élèves seraient touchés par cet arrêt de travail de la part du personnel enseignant. »

 

Dans la colonne voisine: « Les employés manuels de la ville de Montréal préparent leur comité de grève. Cette grève, qui peut légalement commencer vers le -ter février, semble inévitable, dit le président du syndicat ; 5,50o manuels sont en cause. Par ailleurs, quatre autres syndicats de fonctionnaires municipaux (police, pompiers, contremaîtres, collets-blancs), totalisant 17,000 membres, ont refusé en bloc, vendredi dernier, les dernières offres de la ville. »

 

Voilà toujours bien trois menaces de grèves qui ne devraient jamais être légalisées, à cause des effets désastreux qu'en subirait le public. Mais le public, quel syndicat s'en préoccupe ? Les grévistes en piquetage aux portes des hôpitaux, en juin dernier, se souciaient-ils le moins du monde du sort des malades qu'ils avaient abandonnés ?

 

Une grève survient à la suite de négociations qui n'ont pu aboutir à un accord entre les deux parties: le côté du syndicat et celui de l'employeur. Le premier dit : On nous offre trop peu, c'est inacceptable. L'autre dit : Le syndicat exige trop, au delà de nos moyens de payer, c'est inacceptable. Alors, c'est la guerre, car une grève c'est cela, une guerre intestine dans une entreprise. Intestine, mais dont les victimes se trouvent aussi en dehors des deux parties en cause.

 

Et les consommateurs ?

 

Qui est assis autour de la table de négociation quand il s'agit, par exemple, de discuter d'une hausse de salaire ? Il y a là les représentants de l'employeur et les représentants des employés. Mais seront-ils les seuls affectés par la hausse consentie ? Toute hausse de salaire est nécessairement une hausse du coût de revient. Donc, une hausse de prix à payer par les consommateurs des produits ou des services fournis par l'entreprise ou le corps public concernés.

 

C'est dire que la hausse consentie se fera sur le dos des consommateurs. Or, les consommateurs n'ont point de représentants à la table de négociation.

 

Employeurs et employés sont certainement, eux aussi, des consommateurs; c'est même une augmentation de pouvoir d'achat, donc une augmentation de leur pouvoir de consommation, que réclament les employés quand ils veulent une hausse de salaire. Cela n'a rien à voir avec les conditions physiques de leur emploi; ce n'est plus leur vie aux heures d'emploi, mais leur vie à la maison, leur vie comme consommateurs qui est affectée par le salaire. Mais les syndiqués en instance de plus gros salaires représentent seulement un groupe de consommateurs — le leur — qui veut améliorer son sort sans se soucier de la brèche qui s'ensuivra dans le sort des autres consommateurs. Si la grève est une guerre civile dans l'entreprise, elle produit donc aussi les effets d'une guerre civile entre consommateurs.

 

Un exemple

 

Le salaire de base des employés manuels de la cité de Montréal est actuellement de $2.05 de l'heure. La ville veut bien le hausser de 30 cents, mais le syndicat réclame une hausse de $1.23, ce qui le porterait à $3.30 de l'heure, outre d'autres réclamations concernant les heures supplémentaires, les primes mensuelles d'assurances et le montant de la gratification versée par la ville à ses employés en décembre.

 

Si la ville consentait la hausse de salaire de $4.25 de l'heure, demandée par le syndicat, cela ferait pour chaque employé une hausse de $50 par semaine de 40 heures, de $2,600 par année. Et pour les 5,500 employés manuels, cela augmenterait les dépenses de la ville de $14, 575,000, rien que pour hausse de salaire base.

 

Où la ville devrait-elle trouver ces 14 millions et demi, sinon dans les poches des contribuables ? Cela, le syndicat ne peut pas l'ignorer, mais il a tout l'air de s'en foutre éperdument.

 

N'allons pas croire que le gouvernement, pas plus celui de Québec que celui d'Ottawa, se tracasse de l'effet de l'égoïsme syndical sur les contribuables de Montréal. Cela ne coûte d'argent qu'à la ville, pas au gouvernement. Au contraire, les hausses de salaires aux employés manuels vont aider, par l'impôt sur les revenus des particuliers, à grossir le gâteau que se partagent les deux gouvernements. Puis, peut-on compter sur des politiciens pour dénoncer et freiner l'appétit des syndicats, quand ces politiciens ne perdent pas de vue que, pour eux, chaque syndiqué est un électeur à ménager ?

 

Système d'argent malsain

 

Mais qu'arrive-t-il quand, à la suite des hausses de salaires obtenues dans des entreprises, le public consommateur doit payer plus cher les produits qu'il achète; quand les contribuables doivent payer plus de taxes à la suite de hausses de salaires accordées à des employés de corps publics? Il arrive que,' pour faire face à cette nouvelle hausse du coût de la vie, les employés d'autres industries ou d'autres secteurs publics réclament à leur tour des hausses de salaires qui, elles aussi, iront s'ajouter au coût de ta vie. C'est la spirale ascendante salaires-prix-salaires prix, pour mener où? C'est l'instabilité et le mécontentement. C'est la menace du chaos, appelant à tous les coins les interventions harassantes et contraignantes du gouvernement ; c'est la porte ouverte à l'étatisme, avec la dictature communiste au bout.

 

Mais comment hausser les revenus insuffisants des familles ouvrières devant la cherté de la vie, sans augmenter davantage le coût de la vie? — C'est impossible dans un système qui ne distribue d'argent qu'en fonction de l'emploi, alors que tout argent ainsi distribué par l'emploi entre dans les prix.

 

Puis, comment faire avoir de l'argent aux personnes inemployables (qui sont 12 sur 20 au Canada), sans extraire cet argent par les taxes de toutes sortes sur ceux qui en ont ? — C'est encore impossible pour la même raison, puisqu'il n'y a pas \d'autre argent à répartir que celui qui est venu par les paiements à ceux que la production emploie.

 

La situation ne peut qu'empirer à mesure que le progrès dans la production remplace les hommes par les machines ; à mesure que l'automation croissante remplace les surveillants humains-des machines par des surveillants électroniques.

 

            La vie de l'homme est prolongée par les progrès en médecine et en hygiène. Mais les progrès dans les techniques de production diminuent ses années d'emploi, la scolarité s'allongeant à un bout, la mise à la retraite venant plutôt à l’autre bout.

 

A mesure que ces conditions s'accentuent, le système actuel d'argent, seule source des moyens de paiement, désuet, faux et frauduleux depuis longtemps, le devient de plus en plus. Il ne sait ni s'assouplir ni servir, parce que détourné de sa fin propre, il est devenu un instrument de domination et de conditionnement, de la vie des hommes par ceux qui le contrôlent, par leurs favoris de la finance et de la grosse industrie, par leurs valets des gouvernements, des syndicats, des grands moyens d'information et des hautes chaires d'enseignement.

 

Pour une finance saine

 

Avec les immenses possibilités physiques de la production moderne, les difficultés qui empêchent une vie économique saine et satisfaisante pour tous seraient facilement résolues par l'adoption d'un système financier approprié :

 

Un système qui ferait en tout temps la finance refléter exactement les réalités de l'économie, le mouvement de la richesse offerte par la production et absorbée par la consommation ;

 

Un système qui saurait distribuer du pouvoir d'achat suffisant sans hausser les prix d'un seul sou ;

 

Un système qui pourrait abaisser les prix à payer par les acheteurs sans léser les vendeurs d'un seul sou ;

 

Un système qui saurait reconnaître que tout être humain tient de sa nature même le droit fondamental à l'usage des biens matériels répondant à ses besoins vitaux ;

 

Un système qui, pour permettre la réalisation concrète de ce droit, garantirait à chaque citoyen, employé ou non, du berceau à la tombe, un revenu périodique de base pour se procurer une part suffisante des fruits de la production nationale ;

 

Un système qui considérerait, à juste titre, tous les citoyens comme co-propriétaires des richesses naturelles du pays, créées par Dieu ; comme co-héritiers aussi des inventions et des progrès dans les procédés de production développés, grossis d'une génération à l'autre et transmis jusqu'à nous — richesses et héritage constituant le plus gros facteur de la capacité moderne de production et devant procurer à tous les co-propriétaires et co-héritiers un dividende sur la production réalisée.

 

Une libération

Ce sont là les caractères libérateurs et vraiment sociaux d'un système financier qui appliquerait les propositions énoncées par Douglas, voici tout près d'un demi-siècle ; système connu sous le nom de Crédit Social, mais sans aucun rapport_ avec un parti politique qui s'affuble de ce nom tout en poursuivant d'autres fins.

 

L'adoption d'un système financier de Crédit Social mettrait fin aux problèmes d'argent qui opposent patrons et employés. Il ne serait plus question de hausses de salaires pour rejoindre le niveau des prix : cela serait fait, d'une part, par les dividendes à tous, et d'autre part, par un escompte général qui abaisserait les prix pour les acheteurs, tout en étant compensé au vendeur pour lui permettre de toucher le prix comptable auquel il a droit.

 

 

Le salaire resterait la récompense de l'effort. Mais quand le flot de production maintient son débit ou l'augmente même, tout en diminuant les heures d'ouvrage ou le nombre des employés, ce n'est évidemment pas dû à une augmentation de l'effort fourni; c'est un fruit du progrès. Le fruit d'un capital communautaire. Ce qui doit se traduire par une hausse des dividendes à tous, et non pas par une hausse aux seuls producteurs. A mesure du progrès, le pourcentage de la production distribuée par les dividendes à tous devrait, donc aller en croissant, et le pourcentage lié à l'effort, exprimé en salaires, aller en décroissant.

 

Promotion ouvrière

 

Employeurs et employés pourraient encore se rencontrer, non plus comme représentants de deux coalitions s'affrontant pour une question d'argent, mais au niveau même de l'entreprise, comme collaborateurs y oeuvrant ensemble, pour discuter de points concernant l'entreprise : conditions physiques de l'établissement, opportunité ou non d'y introduire un nouvel outillage, perfectionnement dans la qualité ou dans la présentation du produit, etc. Genre de réunions entre capitalistes. Capitalistes, ne le sont-ils pas tous, au titre mentionné ci-dessus, même si l'employeur peut l'être, en plus, comme pourvoyeur de l'établissement et da matériel utilisés pour mettre en rendement le capital le plus réel et le plus puissant, le capital communautaire ?

 

Ce serait déjà là une fameuse promotion ouvrière, cet intéressement du_ personnel à la fin de l'entreprise et aux moyens dont elle dispose. Mais il y a plus encore. De même que l'esclavage d'autrefois disparut pour faire place au servage, de même que le servage disparut à son tour pour faire place au salariat, de même aussi, moyennant une finance assouplie et servante telle que formulée par le Crédit Social, le salariat pourrait disparaître graduellement, rapidement même, pour ne laisser que l'associationnisme : des individus compétents, capables de fournir de bons produits et de prendre des responsabilités, unissant librement leurs activités pour répondre aux besoins de la population.

 

Cela est certainement impossible aujourd'hui, avec un système où .ce sont les hommes de piastres qui dominent, embauchant les compétences à leur service pour la poursuite d'autres piastres. Mais dans le système envisagé, où, d'une part, le crédit financier, basé sur la capacité productive de la nation, serait mis à la disposition de ceux qui savent produire, et où, d'autre part, le public consommateur serait pourvu des moyens de payer, on n'aurait plus besoin de la gouverne de magnats enrichis par l'exploitation des autres, ni du consentement d'usurpateurs qui ont mis leurs griffes sur le crédit de la société.

 

C'est alors qu'il serait possible d'endiguer la concentration économique engendrée par la concentration financière. Alors que pourrait être renversée la tendance actuelle vers le gigantisme, avec ses établissements mastodontes dans lesquels s'engouffrent chaque jour des ouvriers par centaines, même par milliers. Masse d'embauchés qui doivent laisser leur personnalité à la porte, n'ayant rien à voir dans le programme de production, dans le pourquoi ou la destination du produit, n'ayant qu'à exécuter ce qui leur est commandé et devant limiter leur intérêt au salaire qu'ils toucheront le jour de la paie.

 

Visions nouvelles

 

Le progrès, vu dans l'optique du Crédit Social, offre de belles perspectives. Comme l'a écrit Douglas, avec moins besoin de labeur humain, la production deviendrait la fonction d'une aristocratie de producteurs au service d'une démocratie de consommateurs. Non plus une ploutocratie de l'argent, mais une aristocratie de service. Des hommes compétents, fiers d'être ceux qui fournissent les biens.

 

C'est encore Douglas qui a écrit : l'entrepreneur trouve un double stimulant dans l'exercice de ses initiatives : la poursuite du profit, qu'il en attend, puis la satisfaction éprouvée à conduire une entreprise utile à la population. Or, ajoute Douglas, on peut prévoir qu'avec l'argent replacé dans son rôle de moyen et non plus de fin, de serviteur et non plus de maître, la satisfaction tirée du profit tendrait à s'amenuiser, et celle tirée de la joie de servir prendrait de haut la première place.

 

Par ailleurs, quel bienfait serait pour tous les citoyens la garantie d'un revenu personnel, basé sur la capacité productive du pays, qui est solide, et non plus seulement sur- l'emploi, qui' l'est beaucoup moins. Enfin dégagés de l'inquiétude du pain' matériel, ils pourraient se livrer plus facilement à d'autres fonctions humaines que la simple fonction économique. Au goût et au choix de chacun. A des activités libres, plus fécondes et plus enrichissantes que les travaux forcés de l'embauchage.

 

Banni des syndicats

 

Comment donc peut-on encore trouver des personnes et des groupes qui repoussent les propositions du Crédit Social ? Pourquoi, entre autres, les syndicats ouvriers ne font-ils Pas un accueil, enthousiaste à une doctrine si libératrice pour eux et leurs familles ?

 

Douglas écrivit son premier livre pour présenter à la classe ouvrière anglaise un autre choix que l'embrigadement socialiste pour se délivrer des injustices du système actuel. Or, la première chose que fit le parti travailliste anglais fut d’engager des économistes socialistes, dont Gaitskell; futur chef du parti, pour tâcher de trouver des faussetés dans les assertions et les propositions du Crédit Social.

 

Dans notre pays, vus individuellement, les ouvriers, en grand nombre, nous dirions même en majorité, ne souhaitent pas mieux que voir appliquer les propositions financières du Crédit Social. Mais, dans leurs assemblées syndicales, le sujet doit être banni, à moins que ce soit pour le dénigrer. « Pas de politique ici », disent les dirigeants, qui pourtant ne se font pas scrupule de promouvoir de la politique socialiste à coeur d'année. Ils n'ont point déclaré le sujet interdit quand l'un des plus notoires d'entre eux, Jean Marchand, alors' président de la C.S.N., aujourd'hui ministre dans le cabinet fédéral, publia ce qu'ils acclamèrent triomphalement comme une réfutation magistrale du Crédit Social. Or, Jean Marchand n'avait même pas compris les termes de ce qu'il condamnait !

 

Mais on dirait que les chefs des syndicats ont leur conclusion faite d'avance. Ils veulent absolument que le Crédit Social soit inacceptable, parce que eux, les dirigeants, sont socialistes, consciemment ou sottement. Or, admettre une économie de Crédit Social serait barrer définitivement l'accès à une économie socialiste. Donc, concluent-ils, il ne faut absolument pas de Crédit Social.

 

Puis, il y a la fonction dont ils vivent. A quoi serviraient encore leurs syndicats, que deviendraient les chefs avec leurs rondelettes rémunérations, dans un monde où tous les citoyens jouiraient d'un statut de capitalistes, où les dividendes à tous prendraient de plus en plus le pas sur les salaires dans la constitution du pouvoir d'achat ? Dans un monde où le salariat lui-même serait en passe de devenir, comme l'esclavage de jadis, un simple chapitre pour les historiens ?

 

Englués, liés ou dopés

 

Ceux qui trouvent à peu près ce qu'il, leur faut dans le système, qui n'en souffrent pas trop dans leur train-train quotidien, ne prêtent souvent qu'une oreille passagère et distraite aux meilleures propositions de changement. Ce qui est nouveau leur fait peur, même si c'est pour remplacer du visiblement moisi, pour peu que ça leur, demanderait un effort et l'affrontement de résistances bien en place.

 

Aussi trouve-t-on les anticréditistes et les socialisants en dedans, et les créditistes en dehors, de tous les organismes établis dans le système, même s'il s'agit d'organisations à buts louables, même de comités d'action (?) sociale formés sous l'égide des plus hautes autorités ecclésiastiques du pays.

 

On pourrait pourtant poser la question : Lequel des deux offre plus de traits conformes aux préceptes et conseils évangéliques, le système financier actuel ou le système financier préconisé par le fondateur de l’école créditiste ? Lequel a le plus

souci de la personne? Lequel respecte le mieux la hiérarchie des valeurs? Lequel sait s'attacher aux fins justes et y ordonner les moyens?

 

Pour répondre à cette question, il faut, il est vrai, une connaissance suffisante des deux, mais pas tant de leurs techniques que de la philosophie dont ils' s'inspirent—et cela ne réclame pas une tâche bien longue pour des esprits, cultivés.

 

Le sujet est d'importance, plus qu'on le pense là ou l'on devrait s'inquiéter de l'avenir de notre économie et de la préservation des valeurs de notre civilisation.

 

Le Père Peter Coffey, docteur en philosophie, aujourd'hui décédé, mais alors Professeur de Métaphysique et de Logique au célèbre Collège de Maynooth, en Irlande, écrivait dans une lettre à un Jésuite canadien, le 23 mars 1932:

 

Mon cher Père...

 

Les difficultés soulevées par vos questions ne peuvent être résolues que par la réforme du système financier du capitalisme, selon les lignes suggérées par le major Douglas et l'école créditiste de réforme du crédit. C'est le système financier accepté qui est à la racine des maux du capitalisme.

 

L'analyse effectuée par le major Douglas et ses disciplines en Angleterre fut élaborée indépendamment aussi par Fos-ter et Catchings, dans leurs livres « Profits » et « Business without a Buyer ».

 

L'exactitude de cette analyse n'a jamais été réfutée, mais l'analyse et le plan de réforme proposé par Douglas ont été boycottés avec persistance (ou faussement présentés) par la presse capitaliste du monde entier, pendant ces 15 dernières années. Douglas témoigna devant le Comité Parlementaire de la Banque au Canada, en 1923 ; et malgré le boycottage, ses propositions sont venues à la connaissance du public, particulièrement en Australie.

 

Malheureusement, notre censure théologique catholique a tellement peur de la nouveauté de la réforme créditiste, que ses adhérents ecclésiastiques (moi-même y compris) ont défense de l'épouser publiquement. Et cela, malgré que « Quadragesimo Anno » insiste sur les maux du monopole mondial du crédit financier et, par implication, invite les catholiques à l'explorer et à l'étudier.

 

Personnellement, je suis convaincu que la finance capitaliste doit inévitablement engendrer des guerres, des révolutions et l'affamation artificielle de millions d'êtres humains, dans un monde d'abondance potentielle.

 

Je ne vois aucune perspective d'adoption d'un système sain' de finance dans aucun pays. Et pourtant, une telle réforme est essentielle au rétablissement d'un système économique chrétien de propriété largement répandue, et par conséquent la seule option à opposer à celle d'un communisme révolutionnaire, violent et athée.

 

J'ai étudié tout le sujet pendant quinze ans, mais je ne suis pas encore libre de publier le résultat de mes investigations ... Ce que je puis au moins vous dire, je suis honnêtement convaincu que les propositions de réforme Douglas ne sont pas socialistes et qu'elles ne contredisent pas les enseignements de l'Eglise sur la propriété privée. Je crois qu'avec leur fameuse formule d'ajustement des prix, elles constituent LA SEULE réforme qui aille jusqu'à la racine du mal. Je sais avec certitude que l'exactitude de l'ANALYSE n'a jamais été réfutée.

 

Quant à la possibilité de réaliser dans le concret les propositions de réforme préconisées par Douglas — avec la psychologie de masse d'un public dopé et avec toute la puissance de propagande de la presse capitaliste alignée contre elles c'est le secret des dieux ! Mais la seule alternative que je vois, c'est l'application de cette réforme ou le chaos du communisme.

 

Tout le dessin de la tragique transition du capitalisme au communisme est maintenant centré dans la finance.

 

Votre tout dévoué,

P. COFFEY.

 

Cette lettre est de 1932. L'opposition au Crédit Social de la part de ceux qui tiennent les leviers de commande dure encore. De leur côté, les créditistes de Vers Demain ont continué sans arrêt de faire face à la propagande des grands moyens capitalistes de diffusion, par des moyens plus humbles, mais avec la force de la logique et de leur zèle.

 

La population, en général, au moins celle du Canada français, est passablement « dédopée » aujourd'hui. Les plus désespérément dopés semblent être ceux qu'on 'a l'habitude de considérer comme l'élite Au fait, ignorent-ils réellement les faussetés, les injustices et les effets funestes du capitalisme financier actuel? Sont-ils vraiment dopés? Ou ne seraient-ils pas plutôt englués par leur embourgeoisement, ou liés par des intérêts qu'ils craindraient de compromettre par une attitude publique en faveur d'une réforme du système actuel? Attendent-ils paisiblement la leçon violente qu'une montée du communisme pourrait bien leur donner un jour, comme elle a été donnée à d'autres comme eux dans d'autres pays ?

 

LOUIS EVEN