Un crime de Trudeau
Le blé canadien payé par la drogue chinoise
On sait que le premier ministre du Canada, Pierre-Elliott Trudeau, a reconnu officiellement le gouvernement communiste de la Chine.
Cet acte a pu être applaudi par ceux qui ne pensent qu'en termes de commerce extérieur, surtout d'exportations. La Chine continentale, calculent-ils, offre le plus grand marché du monde, avec ses quelque 700 millions de population. C'est par centaines de millions de boisseaux que le blé de l'Ouest canadien sera vendu — et l'est déjà — à la Chine de Mao. A côté de cela, la Chine libre de Formose fait figure de nain et on la sacrifie.
Du blé accumulé sort ; des paiements rentrent ou rentreront. Que chercher de plus dans un monde de plus en plus matérialiste ? La couleur rouge ou blanche du gouvernement n'affecte pas la valeur comestible du blé ni la valeur comptable de l'argent, dit-on. C'est très superficiel, car même considérés sous ce seul angle, les résultats peuvent bien devenir catastrophique et coûter cher en crimes, en déchéances, en essais toujours plus dispendieux de réa-habilitations avec de maigres résultats. C'est ce qui ressort à la lecture d'un article ayant pour auteur l'Américain George S. Schuyler, paru dans « The Review of the News » du. 25 novembre 1970. Nous en tirons les réflexions qui suivent.
Notre blé payé avec quoi ?
Quand notre blé est vendu à la Chine, il n'est pas payé avec de l'argent chinois. L'argent chinois ne circule pas au Canada : qu'en ferait-on ? Comme dans tout commerce extérieur, le pays qui importe doit payer avec de l'argent du pays qui exporte. La Chine nous paie avec des dollars canadiens. Pour cela, il faut qu'elle en obtienne par ses propres exportations. Évidemment, le commerce n'étant pas seulement bilatéral, de l'argent d'autres pays peut intervenir, mais de toute façon, il faut que la Chine exporte quelque part pour pouvoir payer ses importations.
Or, qu'est-ce que la Chine peut bien avoir à exporter, avec une agriculture incapable de nourrir sa propre population, et avec une industrie à peine au berceau ? Mais, si la Chine n'a guère de produits utiles à offrir sur le marché normal ouvert, elle profite beaucoup du marché clandestin de l'opium et de ses dérivés, la morphine et l'héroïne. Surtout depuis que le gouvernement dictateur de Pékin s'est emparé d'une bonne partie de cette production.
D'immenses champs de pavot, dont sont tirées ces narcotiques, sont soit nationalisés, soit laissés à des entrepreneurs privés moyennant partage de leur récolte avec le gouvernement selon un prorata prévu, 40-60 ou 30-70.
L'importation de narcotiques est bannie par tous les gouvernements. La Chine a elle-même adhéré officiellement à cette interdiction, mais la drogue chinoise pénètre quand même partout où il y a une colonie de Chinois. Jonques de pêcheurs et bateaux de pêche en eau profonde en transportent dans leur flancs. Non pas tant pour la consommation par ces Chinois que pour le vente clandestine à la pègre qui la distribue à son tour. Les profits réalisés sont gros, et le mal fait est immense.
Ambassade et consulats
Dans son article, George S. Schuyler dit que Mao tire annuellement des exportations de drogue chinoise un bénéfice net d'un milliard-de dollars. La reconnaissance de son gouvernement par le Canada grossira de beaucoup ce magot, en dollars fermes du Canada et des États-Unis. L'entente permet, en effet, à Pékin d'établir une grosse ambassade à Ottawa. Avec un énorme contingent d'officiels. Comme le fait la Russie. C'est une méthode chère aux pays communistes, dont les ambassades sont surtout des nids d'espionnage.
Pour la Chine, ce sera en plus la possibilité d'une formidable expansion de son exportation clandestine de produits narcotiques. L'accord avec Trudeau lui permet, outre l'ambassade, l'établissement de consulats-dans tous les centres : Vancouver, Winnipeg, Windsor, Toronto, Montréal, Québec... Or, tous ces établissements bénéficient de la « valise diplomatique », c'est-à-dire que nul officier canadien de la loi ne peut inspecter ce que les ambassades et légations détiennent dans leurs bureaux, ni ce que leurs messagers portent dans leurs serviettes à documents. Or, les drogues raffinées, telles que la morphine et surtout l'héroïne, occupent un espace insignifiant relativement aux gros montants qu'elles tirent des acheteurs. Un agent peut en avoir pour des centaines de mille dollars dans sa serviette de « documents ».
La Chine rouge est reconnue par 46 pays déjà. L'Angleterre fut la première à le faire —pour raisons de commerce aussi. Et si la Chine communiste ne s'est pas emparée de Hong-Kong, demeurée colonie britannique, c'est parce que Hong-Kong est un comptoir stratégique pour faire passer le produit défendu de la Chine continentale au monde extérieur.
Mais c'est la reconnaissance de la Chine de Pékin par Ottawa qui ouvre à Mao la plus merveilleuse chance pour son approvisionnement de dollars, la plus belle route offerte aux marchands de drogues chinoises pour écouler leur produit sur toute l'Amérique du Nord. Il y a là de quoi alarmer les autorités américaines, déjà incapables d'empêcher les stupéfiants d'entrer dans leur pays et d'y causer des ravages énormes, surtout parmi la jeunesse : ruines de santés et de caractères, exigeance de sommes énormes en frais de police, de prisons, de traitements, etc. Notre auteur écrit :
« Nous n'avons pas encore commencé à résoudre notre problème de narcotiques. Au contraire, il empire avec les vendeurs de drogues trouvant un marché facile sur tous les campus de nos universités ; les enfants des pauvres comme ceux des riches se font accrocher dans tous nos high-schools et dans tous les faubourgs de nos villes. Nous n'avons pas été capables de barrer l'entrée des narcotiques par notre littoral Atlantique ni par le littoral du Pacifique. Si la marijuana du Mexique trouve le moyen de traverser une frontière en terrain ouvert et bien patrouillée, comment pourra-t-on mieux réussir à contrôler l'entrée de narcotiques à travers la frontière canadienne, quatre fois plus longue et en maints endroits inaccessible aux officiers de la loi ? »
Collaboration locale
Ajoutons qu'il est relativement facile pour des trafiquants étrangers de trouver des collaborateurs locaux. L'espionnage russe de l'ambassade d'Ottawa, mis à jour par la défection de l'agent russe Igor Kouzenko, impliquait des Canadiens de rangs variés — officiers de la Défense, membres du Parlement, fonctionnaires civils, professeurs, hommes d'affaires. Combien plus facile ce sera pour des, attachés d'ambassade ou de consulats chinois de recruter des acolytes pour un trafic aussi payant que le marché clandestin de la drogue, ligne dans laquelle il y a le plus d'argent à empocher.... quand on ne se fait pas pincer avant d'avoir réalisé une fortune.
Avant l'établissement de la dictature communiste à Pékin, c'est une pègre chinoise, la « Triad », qui détenit le trafic de l'opium et de ses dérivés. L'appareil de la Triad est maintenant entre les mains de Mao, qui au lieu de le détruire, s'en est fait un instrument de rapport. Il en tire d'ailleurs un double avantage : d'abord, de l'argent étranger pour obtenir des produits étrangers, puis, l'affaiblissement physique et moral de la jeunesse de pays encore libres du joug communiste. Cela fera pour lui un adversaire moins difficile à abattre, doit-il penser.
Oeuvre de Trudeau
Ce n'est pas en une soirée que le gouvernement canadien en est venu à reconnaître la Chine rouge. Ce fut le dénouement de près de deux années d'entretiens secrètement poursuivis à Stockholm (Suède) entre des délégués des deux gouvernements. Entretiens commencés peu après l'accesssion de Trudeau au poste de premier-ministre du Canada. C'est son oeuvre.
Au cours des entretiens, il fut sans doute beaucoup question de blé et d'autres articles du commerce, et probablement pas du tout des narcotiques.
L'établissement d'une ambassade chinoise au Burundi suscita vite des troubles politiques dans cette petite république de l'Afrique centrale, allant jusqu'à l'assassinat du premier ministre sur les marches du capitole. Cela ne veut pas dire qu'il en sera ainsi au Canada. Mais il peut tout de même arriver qu'un FLQ ou autre groupe terroriste, nourri de sève et de finance maoïstes, donne au gouvernement d'Ottawa plus de fil à retordre que le terrorisme d'octobre dernier. Quoiqu'il en soit, ce qui ne fait guère de doute, c'est que le problème de la drogue chez nous et chez nos voisins du sud n'en sera que plus loin de sa solution.
Il est illusoire de penser, comme l'ont exprimé quelques naïfs, que le fait d'admettre la Chine de Mao au sein des Nations-Unies la moraliserait et ferait d'elle une partenaire dans une croisade pour le bannissement mondial du trafic clandestin des narcotiques. L'expérience prouve le contraire. Le Liban, la Birmanie et d'autres producteurs d'opium sont membres des Nations-Unies, mais leurs champs de pavot continuent d'y étaler leurs floraisons d'un rouge flamboyant, annonces d'un commerce clandestin florissant. La conscience de Mao et de l'appareil communiste n'est pas plus délicate que celle de ces autres pays. Combien d'ententes signées par la Russie communiste, depuis la reconnaissance par Roosevelt en 1933, ont été mises au rancart unilatéralement quand leur répudiation faisait l'affaire de Moscou. Et l'on n'est pas plus scrupuleux à Pékin qu'à Moscou. Autant compter sur une conversion du démon Asmodée en l'introduisant au sein d'un couvent de religieuses !
La reconnaissance de la Chine rouge par Trudeau est un crime. Un exemple qui décide d'autres gouvernements, comme celui d'Italie, et bientôt celui de l'Autriche, à faire de même. Le communisme y gagne en force et en prestige, et le monde libre y perd dans la même mesure. Il est bien à craindre que le blé des producteurs canadiens soit payé par des ruines physiques et morales de jeunes de chez nous et de jeunes des États-Unis, victimes d'une invasion croissante de la drogue dans leurs milieux.
Le passage au gouvernement canadien du crypto-communiste » Trudeau, d'un Trudeau « rouge comme une betterave » — deux, qualificatifs que lui décerne George S. Schuyler, -- aura été funeste pour notre Canada, funeste aussi pour la grande république américaine que seule une frontière paisible d'une longueur de 3,000 milles sépare du Canada. Si Pierre-Elliott Trudeau fut jugé indésirable aux États-Unis en 1955, son comportement politique vis-à-vis de la Chine communiste, maintenant qu'il est à la tête de son pays, confirme au moins la justesse de jugement de ceux qui redoutaient ses affinités et activités pour le moins pro-rouges de ce temps-là. Ils doivent trouver aujourd'hui que le personnage, en montant, n'a hélas, guère ou point changé.
Louis Even