La "Caisse de retraite": une nouvelle taxe

 

Plan imposé — Greffé sur un système financier faux — Sans rapport avec le réel

 

 

            Nos gouvernements parlent beaucoup de ce temps-ci d'un projet de loi qui s'appelle "Plan de pension" à Ottawa, qui s'appelle "Caisse de retraite" à Québec.

 

            En quoi cela consistera-t-il, 'lorsque ce sera établi ? Cela consistera à vous faire payer une taxe, un impôt sur tout ce que vous gagnez en dessus de $1,000 par année. On vous dira que c'est pour vous donner une pension de vieillesse supplémentaire quand vous serez vieux.

 

            La chose qui est sûre, c'est que vous paierez, tout de suite et toutes les semaines. Comme l'impôt sur le revenu, ce sera pris dans l'enveloppe de paie le l'ouvrier avant qu'il voie la couleur de cet argent. Voilà la chose certaine.

 

            Et la chose qui n'est pas sûre, c'est que ça puisse vous rapporter quelque chose, parce que vous n'êtes pas du tout assuré d'atteindre l'âge de la retraite.

 

            Le libre et l'obligatoire

 

            On vous dira que c'est ainsi dans toutes les assurances, et que le plan du gouvernement est justement une assurance-vieillesse. Que dans toute compagnie d'assurance, vous' payez une prime annuelle pendant un certain nombre d'années et que, si vous vivez vieux, la compagnie d'assurance vous fera des versements dans ce temps-là.

 

            Mais il y a une grande différence entre une société d'assurance et le gouvernement. La société d'assurance vous offre un plan ou plusieurs plans : vous en choisissez un qui vous convient, ou vous n'en prenez même aucun si vous préférez renoncer à la promesse et ne pas payer de primes. Vous pouvez aussi commencer, puis cesser quand vous décidez de cesser. La société d'assurance vous laisse absolument libre.

 

            Avec le gouvernement, c'est une autre affaire. Premièrement, c'est obligatoire. On vous impose un plan, que vous l'aimiez ou que vous ne l'aimiez pas, que ça vous semble logique ou que vous le trouviez stupide.

 

            Puis, parce que c'est de l'obligatoire, ce n'est pas du tout une prime qu'on vous fait payer, mais une TAXE. Il faut, en effet, appeler les choses par leur nom. Sous le système financier actuel, les gouvernements ne marchent qu'à coups de taxes. Le Plan de Pension d'Ottawa est, tout d'abord, un plan de taxes. La Caisse de Retraite projetée par Québec est, tout d'abord, un nouveau canal à taxes. Jean Lesage fait bien de l'appeler "caisse" : il faut mettre de l'argent dans cette caisse. Il nous dit même carrément qu'au bout d'une année de fonctionnement, la caisse contiendra 800 millions de dollars ou même 'davantage ; et que dans une quinzaine d'années, sinon auparavant, elle contiendra 9 milliards. Il y entrera donc plus d'argent qu'il n'en sortira.

 

            Citoyens mis en tutelle

 

            Cet argent-là, ce ne seront plus les individus qui s'en serviront. Ce sera le gouvernement. On vous dira que c'est pour forcer les gens à épargner pour avoir de quoi vivre dans leurs vieux jours ; que les gens ne savent pas voir à leurs affaires, et que le gouvernement doit y voir pour eux ; que les gens ne savent pas se conduire tout seuls, et que le gouvernement doit leur servir de tuteur.

 

            Lorsqu'il fut question pour la première fois d'un Plan gouvernemental de pension, il y a une couple d'années, la Société St-Jean-Baptiste fit un mauvais accueil à cette idée. Elle donna comme première objection que la population n'avait jamais demandé cela. C'est bien vrai. Ce n'est pas la population qui a demandé un plan de pension obligatoire, à base de taxes.

           

            C'est sorti des cerveaux qui se pensent créés et mis au monde pour dicter aux autres quoi faire et quoi ne pas faire, quoi dépenser et quoi économiser, à quelle école aller, quelle profession prendre, dans quel endroit aller travailler, par quel médecin se faire soigner, quelle formation ou quelle déformation donner par une radio d'État — bientôt, peut-être, quand se marier, avec qui et combien d'enfants élever.

 

            Taré comme le système financier

 

            La caisse de retraite, ou plan de pension, est du même crû que le non-sens financier actuel. Elle en porte les mêmes caractères d'absurdité.

 

            Quel rapport y a-t-il, ou peut-il y avoir, entre l'argent qu'on vous arrache aujourd'hui et la production qui sera offerte dans le pays quand vous aurez, disons, 65 ans ?

 

            Les produits que vous achèteriez aujourd'hui si on vous laissait cet argent, vont-ils être mis en conserve pour que vous les achetiez avec les annuités qu'on vous servira alors, si toutefois vous n'êtes pas déjà dans le cimetière ?

 

            Qu'est-ce donc que l'argent, l'argent dont on fait une chose si sacrée qu'il doive mouler toute votre vie ?

 

            L'argent n'est rien qu'un titre aux produits et aux services. Rien qu'un bon, de nature plus universelle que le bon de lait ou le bon de pain, parce que c'est un bon pour tout produit de votre choix.

 

            Or, la production d'aujourd'hui est faite pour les besoins d'aujourd'hui. Tout comme la production qui sera faite dans trente ou quarante ans le sera pour les besoins de ce temps-là.

 

            C'est avec des bons d'aujourd'hui, avec de l'argent d'aujourd'hui, qu'il faut choisir les produits d'aujourd'hui répondant à des besoins d'aujourd'hui. Et c'est avec de l'argent, des bons de l'an 2000, qu'il faudra se procurer la production offerte dans l'an 2000.

 

            Et comme la production est faite pour la consommation requise par les besoins, l'ensemble des consommateurs doit avoir, en n'importe quel temps, la somme de bons correspondant à la somme de biens offerts. Puis, comme chaque individu a droit à la vie, donc à une certaine quantité de biens pour répondre à ses besoins vitaux, chaque citoyen, que ce soit aujourd'hui ou dans quarante ans, doit avoir une certaine somme de bons pour se procurer ce nécessaire, tant que le pays est capable de le fournir.

 

            C'est cela qui devrait être l'objet d'un plan social. Tout le reste n'est que structure édifiée sur le fumier d'un système faux. Les actuaires qui ont préparé le plan de M. Lesage, ou celui de M. Pearson, ont fait leurs calculs, non pas en fonction des possibilités productives du pays, ni en fonction du droit de tout être humain à une part des richesses temporelles, mais en fonction d'un argent qui ne correspond aucunement à la réalité. Le système financier est mensonge, et le plan de pension est bâti sur ce mensonge.

 

            Peu social

 

            Le gouvernement annonce avec fierté le montant des annuités qu'il pourra payer aux vieux, en, plus de la pension actuelle de $75 à 70 ans. Ce montant, dit-il, pourra atteindre jusqu'à $125 pour ceux qui auront été de gros gagnants pendant leurs années d'emploi. Quant à ceux qui n'auront eu que de petits salaires, eh bien, ils n'auront qu'une petite pension. Très humain, hein ? Vous avez eu belle table toute votre vie : vous serez bien servi encore dans vos vieux jours. Mais si vous n'avez eu que des croûtes pendant toute votre vie, vous n'aurez que des miettes dans vos vieux jours. Et si vous n'avez rien gagné en argent dans votre vie, vous ne recevrez rien du Plan de Pension, de la Caisse de Retraite.

 

            Le gouvernement vous dira quand même qu'en rendant son plan obligatoire pour tout le monde, c'est dans le but de pouvoir faire les petits gagnants bénéficier d'une caisse à laquelle devront contribuer les gros gagnants. Bernique ! Les petits gagnants resteront les petits pensionnés ; leur bénéfice sera celui des miettes !

 

            Le Plan de Pension reste dans la veine du système. Pourquoi, d'ailleurs, le Plan ne prélève-t-il aucune contribution de la portion du revenu 'dépassant $6,000 par année ? De sorte que les salariés à $18,000 ou $16,000 par année (comme nos députés), ou les hautes gommes à $50,000 ou $75,000 par année, ne paieront pas plus que l'ingénieur à $6,000. Il est vrai que, passé $6,000 par année ($120 par semaine), on peut se demander s'il s'agit encore de gros gagnants: dans leur cas, est-ce encore de l'argent gagné, ou bien de l'argent accaparé ?

 

            Système financier pourri, plan de pension pourri.

 

            Une autre formule

 

            Combien plus conforme aux réalités, à la réalité production moderne, à la réalité besoins humains, combien plus social, et aussi plus respectueux de la liberté de choix de l'individu, serait la mise en application des principes du Crédit Social Douglas :

 

Premièrement, un dividende mensuel à chaque personne, employée ou non, de n'importe quel âge et n'importe quelle condition, conférant à chacun un premier droit sur une somme de production suffisante au moins pour subvenir à ses besoins d'existence (sans pour cela supprimer la récompense à ceux que la production emploie). Deuxièmement, un pouvoir d'achat global équilibrant la somme de la production offerte, réalisée ou immédiatement réalisable.

 

            Évidemment, il faudrait pour cela apporter au système financier actuel les modifications nécessaires pour permettre ces deux points-là. Mais la finance est-elle une vache si sacrée qu'il ne faille pas y toucher ?

 

            Cela fait, le système financier adapté et les deux points établis, laisser à chacun la responsabilité de gérer lui-même l'argent de ses dividendes et de ses gains, et organiser lui-même ses propres plans de vie, pour le présent et pour les années de vieillesse que Dieu voudra bien lui accorder.

 

 

            Les taxeux ont des maux de tête

 

            Leurs machines à taxes grincent

 

            Il y a des taxeux municipaux. Il y a des taxeux provinciaux. Et il y a des taxeux fédéraux. Ils ont tous des maux de tête — pas des maux de coeur, allez. Aussi, bien des taxés ne seraient pas fâchés de voir les taxeux mourir une bonne fois de leurs maux de tête. Pour nous, plus charitables, nous souhaitons voir leurs maux Je tête disparaître, en même temps que leurs machines à taxes, car c'est leurs machines à taxes qui leur causent des maux de tête.

 

            C'est du moins ce qu'ils disent. Ce n'est pas le fait de taxer qui les rend malades : plus ils peuvent taxer, plus ils sont contents. Et c'est justement parce que le mécanisme ne rend pas assez à leur goût qu'ils se torturent les méninges.

 

            Commissions de fiscalité

 

            Aussi engagent-ils des experts, non pas pour trouver un moyen de se passer de taxes, mais pour reviser le mécanisme, changer les rouages qui fonctionnent mal, améliorer l'ensemble et le rendre plus efficace. Ils veulent une pompe qui nous enlève mieux notre argent.

 

            A Montréal, il y a une couple d'années, l'administration Drapeau-Saulnnier nommait une commission, comprenant Karl Goldenberg, pour voir s'il n'y aurait pas moyen de modifier la taxe foncière, s'il ne serait pas préférable de la baser sur le revenu de la propriété, plutôt que sur sa valeur propre. Le rapport a été en faveur du statu quo. Si la cité veut plus d'argent, qu'elle hausse l'évaluation, soit le taux de la taxe.

 

            A Québec (cité), le maire a eu la Commission Sylvestre, dont le rapport est fort discuté.

 

            Au Nouveau-Brunswick, le gouvernement provincial a eu sa Commission Byrne, dont le rapport, non encore appliqué, préconise tout un chambardement dans le système de taxation, avec une forte note de centralisation.

 

            Le gouvernement provincial de Québec a institué, lui aussi, une commission de fiscalité : la Commission Bélanger (dans laquelle on retrouve Karl Goldenberg), actuellement à l'oeuvre pour chercher un remède aux maux de tête de Jean Lesage, non pas à ceux des payeurs de taxes.

 

            L'Ontario a son "Committee on Taxation", et sans doute d'autres provinces aussi.

 

            A Ottawa, les maux de tête du gouvernement fédéral viennent des maux de tête des gouvernements provinciaux. Les gouvernements provinciaux veulent une part plus grosse du rendement de la pompe à taxes. Pour une trêve, Pearson vient de faire des concessions pour trois ans. Et pendant ces trois ans, dit-il, une Commission de fiscalité va étudier tout le mécanisme, en prévision d'accords plus stables en 1967.

 

            Cela fait bien des commissions de fiscalité. Mais, jusqu'ici, aucune commission de détaxation !

 

            Mais, n'est-ce pas une pitié de voir ainsi les gouvernements, à tous les échelons, aux prises avec les moyens de financer les dépenses publiques ?

 

            Les mêmes problèmes tracassent d'ailleurs les familles pour leurs besoins privés. Et leur cas n'est que compliqué par la part que leur arrachent les taxeux des gouvernements et des corps publics à tous les paliers.

 

            Vous ne voyez point les banques prises par ces problèmes. Elles n'ont pas besoin de nommer des commissions, de payer des experts pour venir au secours de leur détresse. Elles ne connaissent pas cela, la détresse. Chacun de leur bilan annuel proclame leur prospérité. C'est que les banques, elles, disposent de la source Je l'argent et savent s'en servir.

 

            Le gouvernement est supposé souverain. Les banques sont supposées soumises au souverain. Mais c'est le contraire qui paraît.

 

            Sottise de la taxation moderne

 

            Sur ce sujet des taxes, à un programme de radio admettant les questions et commentaires par téléphone de la part des auditeurs, un créditiste de Laprairie, Claude Côté, a fourni la réplique suivante au type qui plaidait pour les taxes :

 

            "Je vais vous dire à quoi ressemble le système de taxes. Vous avez une maison, bâtie disons en briques. Vous décidez de construire un garage à côté de votre maison, et vous le voulez, lui aussi, en briques. Allez-vous prendre des briques dans les murs de votre maison pour construire les murs de votre garage Eh bien, c'est ce que fait le gouvernement quand il taxe.

 

            La comparaison est très juste. L'homme qui tirerait des briques de sa maison pour son garage, au lieu d'aller en chercher à la briqueterie, où il y en a plein les hangars et les cours, serait un sot. Le gouvernement est également sot quand il taxe les revenus privés, diminuant ainsi l'accès des individus aux produits d'ordre privé, sous prétexte de financer la production publique, alors que la capacité de production du pays peut très bien fournir à la fois les biens privés et les biens publics.

 

            Les taxes pourraient avoir une justification si la production était faible, difficile, et qu'il n'y aurait pas moyen de l'augmenter : il faudrait bien alors en détourner une part pour les biens publics indispensables. Le rationnement peut s'imposer en cas de rareté. Mais certainement pas quand la production est abondante, au point de refuser des centaines de mille bras et de ne pouvoir employer une bonne partie des autres qu'en les occupant à des entreprises de gaspillage.

 

            Les maux de tête des gouvernements ressemblent au cas d'un détraqué qui se plaindrait d'être enfermé dans une chambre, mais refuserait d'ouvrir la porte pour en sortir.

 

LOUIS EVEN