Marxisme- Fabianisme – Communisme
Trois dénominations, mais même but : un Etat totalitaire universel
3,000 Fabiens frayent la voie aux 40 millions de communistes
qui contrôlent déjà plus d'un milliard d'hommes
Situation surprenante
Les pays évolués du monde encore libre —l'Ouest européen, la Grande-Bretagne, les Etats-Unis, le Canada, l'Australie, la. Nouvelle-Zélande — sont des pays de production abondante. La prospérité y est possible pour tous, même si elle n'est pas intégralement actualisée à cause d'un système financier restreignant le réel.
Par contre, les principaux pays communistes —la Russie, la Chine — se montrent incapables de fournir à leur population le nécessaire pour vivre. Les exploits spatiaux spectaculaires et les amoncellements d'armes nucléaires de la Russie ne mettent pas de pain sur la table des Russes. Il faut à la Russie et à la Chine du bilé américain et canadien, et d'autres produits alimentaires des pays capitalistes.
Voilà pour ce qui est de l'économie.
Et maintenant pour ce qui est de la liberté :
Dans les pays du monde libre, les citoyens peuvent exprimer leurs idées tout à leur aise. Ils peuvent critiquer les gouvernants à longueur de discours ou de pages imprimées, sans être aucunement molestés par les détenteurs du pouvoir. S'il y existe des prisons pour les criminels de droit commun, on n'y trouve pas de prisonniers politiques hors les cas de violence. Pas de camps de concentration ou de travaux forcés pour y reléguer les dirigeants des oppositions politiques.
Dans les pays communistes, au contraire, tout est surveillé, épié, enregistré. La police secrète veille et fonce sans avis. On fait de la délation un devoir civique. Toute opposition politique manifestée est punissable comme une atteinte à la sécurité de l'Etat. Le silence imposé sur ces faits par les gouvernements communistes ne peut réussir à les cacher complètement, et le monde libre en connaît suffisamment pour se former une idée de la vie peu enviable sous un joug communiste.
Comment donc se fait-il que, malgré tout cela, la guerre froide tourne partout à l'avantage du camp communiste ? Sans affrontement par les armes, les frontières du monde communiste s'élargissent et celles du monde libre se rétrécissent. Comment expliquer cette surprenante situation ?
Les précurseurs
Les raisons de cette détérioration sont certainement multiples. Mais l'une d'elles, c'est que l'avance communiste est favorisée par la propagande et les actes de personnes qui, tout en vivant dans des pays libres et bénéficiant des avantages du monde libre, poursuivent, sciemment ou sous impulsion, les mêmes buts que le communisme. Oh ! ces individus condamnent le terrorisme, les camps de concentration, les exécutions sommaires et autres manières violentes des communistes. Ils admettent les oppositions politiques, tant au moins que leur but final n'est pas atteint. Ce but, c'est la planification des choses et des hommes, c'est l'Etat totalitaire, dans leur pays d'abord, mais devant devenir universel : ce qu'ils appellent euphémiquement un gouvernement mondial.
Ces précurseurs du communisme se présentent sous diverses étiquettes, sauf celle de communistes. Ils pourront être d'un parti ou simplement d'une association ex-partis. Ils se diront volontiers de gauche, ou même socialistes : socialistes tout courts ou socialistes avec une épithète accolée, car le socialisme a bien des habits comme il a bien des degrés. Le mot "socialiste" toutefois apeure moins que le mot "communiste".
Dans notre catholique province de Québec, un type qui se proclamerait communiste risquerait de faire le vide autour de lui. Mais s'il passe seulement pour un homme de gauche, s'il se dit simplement libéral à la gauche du centre, il n'épouvante pas. Et s'il est le choix d'un parti pour une candidature, il pourra obtenir la faveur de l'électorat, personne ou à peu près personne ne se souciant de savoir à quelle distance du centre le type se situe vers la gauche.
Dans un parti au pouvoir assez libéral pour admettre au gouvernement du pays quelques bonnes âmes de droite avec d'autres voisinant le centre, et d'autres de l'extrême gauche, c'est généralement cette dernière catégorie qui oriente le char, même si celui qui tient le volant se classe plus près du centre. A Québec, on a vu le premier ministre, Lesage, se dire légèrement à gauche du centre, mais les manitous du cabinet être les plus à gauche : Lévesque, Lajoie, Laporte.
Quant aux citoyens assez clairvoyants pour pressentir où la voie risque d'aboutir, qu'ils se taisent : s'ils se permettent de crier à la menace communiste, les haut-parleurs de la gauche leur diront et feront dire : "Vous voyez du communisme partout, vous avez besoin d'un psychiatre."
Si plus tard, l'avance communiste est devenue plus que visible, les mêmes haut-parleurs, et d'autres avec eux — même des prêtres, comme c'est actuellement le cas chez trop de membres du clergé de France — déclareront que l'avenir est au communisme, que c'est inévitable, que c'est dans le sens de l'histoire. Ils en concluront qu'il faut s'accommoder du communisme, lui reconnaître du bon; que l'Eglise elle-même devrait l'admettre comme structure sociale, quitte à tâcher de le christianiser (!). Comme s'il était possible de christianiser la haine de Dieu et le piétinement de la personne humaine.
Parmi ces précurseurs du communisme, qui conduisent au même but sous des vocables moins repoussants, il faut mentionner, dans les pays anglo-saxons (Angleterre, Etats-Unis, Canada, Australie, Nouvelle-Zélande), les socialistes Fabiens, dont l'influence est considérable par les places qu'ils occupent dans la politique et les universités.
Dans un livre de 256 pages, intitulé "None Dare Call it Treason", qui a connu une grande diffusion (20 tirages, 6,800,000 exemplaires dans la seule année 1964), l'auteur, John A. Stormer, présente un bon sommaire de l'origine du communisme, traitant du Marxisme, du Fabianisme et du Bolchévisme. Nous allons en faire bénéficier les lecteurs de Vers Demain en puisant largement dans ce chapitre, sans le suivre textuellement.
Le Marxisme
Comme son nom l'indique, le marxisme a pour père Karl Marx. Quelques mots sur cet homme :
Karl Marx naquit en Allemagne en 1818, de parents juifs instruits qui abandonnèrent leur religion judaïque pour accepter le protestantisme.
Dès sa jeunesse, Karl fit montre de radicalisme et se fit rejeter de plusieurs universités. Il visita les principales capitales intellectuelles et politiques' d'Europe, fréquentant des athées et libres-penseurs. Puis il s'établit à Londres. Marié, il eut six enfants, mais ne s'occupa guère de sa famille : trois des six enfants moururent de faim, deux autres se suicidèrent. Ayant reçu un jour une somme d'environ $500 d'un riche oncle d'Allemagne, Marx alla le gaspiller 'avec des compagnons du continent européen, pendant que sa femme se faisait expulser de la maison où son mari l'avait délaissée sans payer le loyer.
C'est en 1848 que Marx, alors dans sa trentième année, écrivit son "Manifeste Communiste". Vingt années plus tard, il allait publier "Das Kapital". Il mourut à l'âge de 65 ans, en 1883. Il n'y eut que 6 personnes à son enterrement.
Et le Marxisme ? Son fondateur l'appelait "socialisme scientifique". Il repose sur des enseignements que ses disciples actuels, les communistes, considèrent comme des lois "scientifiques" :
1. Il n'y a pas de Dieu. Pas de morale absolue de bien et de mal. Est bien, tout ce qui sert la cause du communisme; est mal, tout ce qui lui nuit. La morale est entièrement subordonnée à la lutte de classes.
2. L'homme n'est que matière en mouvement. Il n'a donc pas d'âme. Il n'a pas de volonté libre et ne peut être tenu responsable de ses actes.
3. L'homme est un animal économiquement déterminé. Tout ce que l'on peut constater de qualité ou de défectueux chez l'homme n'est que le reflet du milieu dans lequel il vit.
Marx en conclut que si l'on veut améliorer l'homme et son sort, il faut changer ou éliminer tout ce qui est mal dans son milieu. Or, le milieu qui exerce une influence commune chez tous les hommes, dit-il, c'est le milieu économique. Et le mal dans ce milieu, c'est le capitalisme. Donc, il faut tuer le capitalisme, cause de tout le mal dans l'homme et dans le monde.
Le moyen : la lutte de classes. Les non-possédants contre les possédants. Jusqu'à la mort du capitalisme et à son remplacement par le socialisme. Le socialisme, sous la dictature du prolétariat, travaillera à l'établissement du communisme.
L'avènement du communisme, prédit-il, signifiera la fin de toute voracité, de toute avarice, de toute ambition de dominer les autres. La fin de toute haine, de tout conflit. La marche de l'homme en sera transformée. Ce sera le paradis sur terre, sans plus aucun besoin de gouvernement, ni de lois, ni de police.
Ce n'est certainement pas ce que l'on constate en Russie après un demi-siècle de gouvernement communiste, ni en Chine après 17 années de communisation menée à toute vapeur.
Mais, enseigne Marx, ce but ne peut être atteint que si le communisme couvre toute la terre. Toute trace de poison capitaliste doit disparaître de la surface entière du globe, pour qu'il n'y ait pas de recul par nouvelle contamination. Il ne faut donc pas que ceux qui refusent le communisme puissent transmettre leur infection à leurs descendants. Donc exterminer les résistants. Aux yeux des communistes, d'ailleurs, le meurtre n'est véritablement un meurtre que s'il est commis dans un mauvais but. Il est donc permis de tuer les bourgeois quand c'est pour l'établissement du communisme, tenu pour une bonne fin. La fin justifie les moyens.
Et Marx se disait assuré que la lutte de classes donnerait la victoire au communisme, parce que, selon lui, la bourgeoisie faite de possédants est une classe dégénérée, tandis que le prolétariat fait de non-possédants est la classe progressiste.
Dans les vues de Marx, c'est donc une révolution menée par la masse des prolétaires et étendue au monde entier qui apporterait le bonheur au genre humain.
Le Fabianisme
En mourant, Karl Marx laissait ses écrits, peu de disciples et aucun mouvement organisé pour répandre ses idées. Leur diffusion s'est faite depuis, grâce à deux mouvements surtout : l'Association des Fabiens et le Parti Communiste.
La Fabian Society (Société des Fabiens) fut fondée en Angleterre dès l'année suivant la mort de Marx, donc en 1884, par un petit groupe d'intellectuels, sous le leadership de Sydney Webb, de sa femme (Béatrice Potter) et de George Bernard Shaw. Sydney Webb était un économiste. Il se lança plus tard dans la politique comme socialiste, fut député, ministre, et créé pair en 1929, sous le nom de Lord Passfield. George Bernard Shaw est bien connu dans le monde des lettres comme écrivain et dramaturge.
Shaw se déclarait communiste, mais différait d'avec Marx sur la manière d'accomplir la révolution et sur quelle classe compter pour la réaliser. Shaw a écrit à ce sujet en 1901 :
Le "Das Kapital" de Marx n'est pas un traité sur le socialisme; c'est une jérémiade contre la bourgeoisie ... C'était supposé écrit pour la classe ouvrière. Mais Marx n'a jamais compris la classe ouvrière, et ce n'est pas sur cette classe qu'il faut compter pour faire la révolution. Ce sont les fils révoltés de bourgeois, comme moi-même, qui ont peint le drapeau rouge. L'élément révolutionnaire doit être cherché dans la classe élevée et dans la classe moyenne; le prolétariat, lui, est un élément conservateur.
C'est justement sur la base de cette idée que Shaw et les Fabiens ont procédé en vue de préparer une révolution mondiale. Non pas par un soulèvement du monde ouvrier, mais par l'endoctrinement de jeunes intellectuels.
Les Fabiens étaient d'avis qu'avec le temps, ces révolutionnaires intellectuels acquerraient assez de poids pour exercer leur influence sur les facteurs officiels et non officiels qui façonnent l'opinion publique, ainsi que sur toutes les agences mondiales détenant de la puissance. Et alors, ils pourraient établir tranquillement, sans violence, un ordre mondial socialiste.
Les Fabiens mettent leur confiance dans "l'infaillibilité de la gradation". Dans la pratique, cela signifie des changements lents, morceau par morceau, dans les concepts existants en matière de loi, de morale, de gouvernement, d'économie politique, d'éducation. Chaque changement se faisant par degrés insensibles, la population ne s'éveillerait jamais à temps pour empêcher ce qui serait devenu "l'inévitable".
- Shaw écrivait en 1908, dans "Fabien Essays" :
Il faut en venir à ce que l'Anglais ordinaire puisse se proclamer Socialiste sans qu'on le montre du doigt, avec la même sérénité qu'il peut aujourd'hui se dire Libéral ou Conservateur.
Et dans "Intelligent Woman's Guide to Socialism", il expliquait ce qu'il entendait par un régime socialiste :
Le socialisme signifie l'égalité des revenus, ou bien il ne veut rien dire. Sous le socialisme, on ne vous permettrait pas d'être pauvre. Vous seriez obligatoirement nourris, habillés, logés, enseignés et employés, que vous l'aimiez ou non. Si l'on découvrait que vous n'avez pas assez de caractère ou de bonne volonté pour valoir toute cette peine, on pourrait vous exécuter, avec beaucoup de douceur; mais tant qu'on vous permettrait de vivre, vous auriez de quoi bien vivre.
Comme on voit, le Fabianisme ne fait pas plus de cas des personnes que le communisme. Mais il procède avec plus de ménagement avant d'atteindre le but commun aux deux. Il prend son temps, pour réussir sans violence, par -des intellectuels communisés plutôt que par des bombes et du sabotage. Mais une fois son ordre mondial établi, lui aussi le défendra contre les opposants, se proposant toutefois d'expédier ces non-adaptables dans l'autre monde par des moyens moins brutaux que des balles dans la nuque ou que l'épuisement dans des camps de travaux forcés.
Cette méthode, pour arriver à une société communiste universelle, est sans doute mieux adaptée à des pays évolués, où l'on se cabrerait devant la barbarie des moyens employés par les bolchévistes de 1910 au Portugal et de 1917 en Russie. Cela ne veut pas dire qu'une fois les succès de la méthode douce assez avancés et avec des communistes bien installés dans des positions-clés, la méthode forte hésiterait à intervenir et à mettre en place les moyens d'interdire physiquement toute résistance possible.
Les socialistes fabiens rejetèrent toute idée de former un parti politique à eux. Ils projetaient d'étendre leur influence en pénétrant dans les institutions éducationnelles existantes, dans les partis déjà établis, dans le haut fonctionnariat, etc.
Comme point de départ, les Webbs fondèrent l'Ecole Economique de Londres, la logeant pour ses débuts au rez-de-chaussée d'une maison dont les Shaw occupaient les étages. C'est Shaw et sa femme Charlotte qui finançaient l'aventure. Mais ils eurent bientôt des appuis financiers; entre autres, une donation généreuse de Sir Ernest Cassel, qui disait voir dans cette école une institution "pour la formation des dirigeants du monde socialiste de demain".
C'est de ce centre intellectuel que le Fabianisme a pris l'élément de sa croissance. Et l'Ecole économique fondée par les Webbs, devenue une Faculté de l'Université de Londres, jouit d'une renommée universelle. D'elle sont sortis des personnages influents dans les sphères politiques et économiques, tels Harold Laski, Bertrand Russell, Maynard Keynes, H. G. Wells, Nehru (de l'Inde) — sans oublier l'actuel gouverneur de notre Banque du Canada, Louis Raminsky.
L'influence des Fabiens a été et est encore considérable, bien au delà de ce qu'on pourrait escompter du seul fait de leur nombre : ils n'ont jamais compté plus de 3,000 membres, même dans leurs meilleures années de recrutement. Le premier gouvernement Travailliste (Labour) élu en Angleterre, en 1924, avait comme chef de parti et premier ministre un Fabien, Ramsay MacDonald. Le fondateur même du parti, Sidney Webb, s'étant lancé dans la politique, devint un député socialiste, puis ministre sous le gouvernement MacDonald (1924).
En 1929, le même gouvernement fut réélu, et 20 Fabiens occupèrent de hautes positions, dont 8 comme membres du cabinet.
La semence du Fabianisme passa en Amérique, avec des échanges de professeurs entre des universités d'Angleterre et des universités des Etats-Unis. Sidney Webb lui-même vint en Amérique dès 1888, et l'année suivante ses idées et son livre "Socialism in England" circulaient dans l'Université Harvard et d'autres universités américaines. En 1905, les Fabiens d'Amérique incorporaient l'Intercollegiate Socialist Society, et en moins de trois ans, des chapitres socialistes étaient formés aux universités Harvard, Princeton, Columbia, à l'Université de New-York et à l'Université de. Pennsylvanie. En sont sortis des hommes d'influence en éducation (comme John Dewey), dans la presse (comme Walter Lippman), dans le domaine judiciaire (comme Felix Frankfurter, juge de la Cour Suprême des Etats-Unis).
Le Communisme
L'autre mouvement qui a fait du marxisme une force mondiale dynamique et puissante fut fondé par Lénine en 1903.
Le vrai nom de Lénine était Vladimir Ilitch Oulianov, né d'une famille de fonctionnaires russes en 1870. Son frère aîné avait été exécuté pour participation à un complot contre le Tzar Alexandre III. Vladimir lui-même adhéra de bonne heure aux idées révolutionnaires. A cause de son ardeur à les répandre, il se fit expulser de l'Université de Kazan en 1891. En 1896, il fut condamné à trois année de Sibérie. Après quoi il se fixa à Genève (Suisse), puis à Paris.
C'est à une réunion de radicaux socialistes à Londres, en 1903, que Lénine et sept autres avec lui se séparèrent de ce groupement qu'ils jugeaient trop doux pour former un groupe dissident sous le nom de "bolchévisme". Le mot russe "bolchevik" signifie "maximaliste", autrement dit celui qui porte au maximum les revendications socialistes révolutionnaires.
Comme Bernard Shaw, Lénine jugeait qu'il n'était ni possible ni désirable de faire les masses adhérer aux idées de Marx. La révolution devait être faite par un groupe d'hommes triés et préparés à fond.
Mais Lénine ne voulait pas de la méthode graduelle des Fabiens qui, disait-il, prendrait trop de temps. Tout en croyant, comme les Fabiens, à l'infiltration, à la pénétration dans des groupes établis, il ne voyait dans ces groupes que des instruments, des auxiliaires, et la possibilité d'y recruter des éléments choisis pour former son parti. Car, à la différence des Fabiens, Lénine voulait fonder un parti pour s'emparer du pouvoir. Non pas un parti nombreux, mais un groupe d'hommes de choix et décidés à tout — la violence y comprise — pour renverser le gouvernement par une révolution quand l'occasion se présenterait. C'est sur des membres actifs, non pas sur de simples adhérents, qu'il comptait pour réussir. Lui-même l'a défini en une phrase :
Le seul principe d'organisation que les travailleurs actifs de notre mouvement puissent accepter est : le secret absolu, un triage rigoureux pour admission dans le parti, et la formation de révolutionnaires accomplis et décidés.
Le parti se composerait donc d'un nombre relativement petit de révolutionnaires entraînés, disciplinés, fanatiques, prêts à tout, par tous les moyens, légaux ou illégaux.
Ces membres du parti devaient détourner le prestige, l'influence, le pouvoir des institutions établies au bénéfice du communia- _ me. Concernant le monde du travail, par exemple, ils devaient :
être prêts à tous les sacrifices, recourir, si c'était nécessaire, à toutes sortes de trucs, de manoeuvres, de méthodes illégales, de subterfuges, afin de pénétrer dans les syndicats ouvriers, d'y demeurer et d'y accomplir l'oeuvre communiste à tout prix.
Lénine recommandait aux membres de son parti bolchévique d'être aux aguets, de cultiver les moindres scissions dans les rangs des adversaires, de susciter de telles divisions, même s'ils ne pouvaient compter les rendre permanentes, en profiter au moins en passant et les envenimer le plus possible.
En 1907, quatre ans après sa fondation, le parti bolchévique rassembla ses membres, de nouveau à Londres. Ils n'étaient encore que 17. Ils cherchaient un endroit convenable pour tenir leurs séances. Les Fabiens vinrent à leur secours. Ramsay MacDonald, futur premier ministre, leur obtint l'usage de la-Brotherhood Church. Et la Conférence (congrès) fut financée par un don de $15,000 de Joseph Fels, riche Américain, manufacturier de savon et un des dirigeants des Fabiens des Etats-Unis.
Sans l'aide apportée par les Fabiens aux communistes du début, le parti de Lénine aurait pu passer dans l'oubli. Mais, nous l'avons vu, si les méthodes adoptées par les Fabiens diffèrent des méthodes plus radicales des bolchévistes, le but final est le même.
C'est une erreur aussi de s'imaginer qu'il y a incompatibilité et impossibilité d'entente entre les communistes et les hommes d'argent. Après Fels, ce sont des banquiers juifs de New-York, la banque Kuhn-Loeb entre autres, qui aidèrent financièrement Trotsky à former un groupe de révolutionnaires, qui défrayèrent les dépenses de rapatriement de ces révolutionnaires en Russie et celles de leur coup d'Etat de 1917.
L'effectif de 17 membres du parti en 1907 était devenu 200,000 en 1917.
Le succès des Bolchévistes ne déplut pas aux Fabiens. En 1931, alors que Lénine, et après lui Staline, eurent massacré ou emprisonné des millions de Russes pour asseoir leur dictature en Russie, un des trois fondateurs des Fabiens, George Bernard Shaw, ne trouvait rien à leur reprocher. Au contraire, il disait dans un discours prononcé à Moscou, lors d'une visite au pays des Bolchévistes :
C'est un véritable plaisir pour moi, un vieil homme, d'être capable d'entrer dans ma tombe en sachant que la civilisation du monde sera sauvée ... C'est ici, en Russie,
que j'ai acquis la conviction que le nouveau système communiste peut sortir l'humanité de sa crise actuelle, la sauver de l'anarchie et de la ruine complète.
D'ailleurs, partout où des communistes doivent faire face à des accusations, on voit des socialistes fabiens voler à leur secours. C'est ce que firent Eleanor Roosevelt, Dean Rusk, Adlai Stevenson et Felix Frankfurter, lorsque un des plus hauts fonctionnaires du Département d'Etat, Alger Hiss, fut traité d'agent communiste. Lorsque lui et Lauchlin Currie furent formellement accusés, la veuve du président Roosevelt s'exclama : "salir la réputation de personnes comme Alger Hiss et Lauchlin Currie est, je crois, impardonnable."
N'empêche que Hiss fut trouvé coupable de parjure et condamné à cinq années de pénitencier. Quant à Currie, il s'enfuit du pays pour n'avoir pas à répondre à l'accusation d'avoir participé à un réseau d'espionnage soviétique.
Le fondateur du bolchévisme, Lénine, mourut en 1924. Il n'avait été que sept années à la tête du gouvernement communiste de Moscou. Avant de mourir, il traça un plan de conquête mondiale qui se résume ainsi :
Nous prendrons d'abord l'est de l'Europe; puis l'Asie. Nous encerclerons ensuite les Etats-Unis, qui seront le dernier bastion du capitalisme. Nous n'aurons pas à attaquer; ils tomberont entre nos mains comme un fruit mûr.
Ce plan a passablement réussi jusqu'ici, et toujours en profitant de circonstances rendues favorables par de hauts fonctionnaires d'esprit fabien entourant et influençant les gouvernements des pays libres. L'auteur mentionné au début de cet article, John Stormer, en donne de multiples exemples dans son livre, avec faits et noms à l'appui. (None Dale Call It Treason).
Conclusion
En présentant ces notes sur l'origine du marxisme, du socialisme fabien et du communisme, nous avons pour but, entre autres, de mettre la population en garde contre un ennemi redoutable qui nous menace. Contre les communistes déclarés, bien sûr. Mais aussi, et peut-être encore plus, contre ceux qui, sans en porter l'étiquette, nous mènent au communisme par degrés. Ils sont les cagoulards du communisme.
Ces communistes sans le nom sont plus dangereux, parce qu'ils portent moins à la défiance, justement parce que leur visage est soit masqué, soit moins répugnant. Plus dangereux, parce qu'ils trouvent facilement accès à des organes de diffusion, à des studios de radio et de télévision, à des colonnes de journaux, à des tribunes de propagande, à des chaires d'enseignement, où les responsables craindraient trop la réaction du public en y admettant des membres du parti communiste connus comme tels.
Ces précurseurs du communisme, conscients ou non du rôle qu'ils accomplissent, préconisent ou appuient tout ce qui diminue la personne : les centralisations, les fusions, le gigantisme industriel, la collectivisation des moyens de production, les étatisations —toujours, évidemment en les justifiant par l'incapacité financière des individus, des familles, des corps publics locaux. Et jamais ils n'insistent pour la suppression de cette incapacité financière, comme le ferait l'application des principes du Crédit Social. Au contraire, qu'ils connaissent ou qu'ils ignorent le Crédit Social, ils y sont fermement opposés. Ils sont comme le chef socialiste anglais qui disait un jour à Douglas : "Peu m'importe que vos propositions créditistes puissent être efficaces ou non, c'est leur but que je n'aime pas."
Nous sommes en face d'une conspiration démoniaque dont les plans d'attaque sont multiples. Comme l'Hydre de Lerne à sept têtes. D'ailleurs, le démon lui-même l'a dit : il est Légion. Il est franc-maçonnerie, il est laïcisme, il est dictature financière, il est socialisme d'Etat, il est communisme, il est corruption des moeurs, il est déshabillés, il est perversion, il est mensonge, il est confusion des esprits, il est apathie des bons comme il est prosélytisme des méchants, il est course à l'argent, il est recherche d'un confort sans plafond, etc.
C'est tout cela qu'il nous faut combattre. Par notre sanctification personnelle. Par la proclamation et la diffusion de la vérité. Par le don de nous-mêmes et l'apostolat auprès de nos frères. Par la prière, Par la réponse au message passé au monde par Marie elle-même à Fatima, l'année même où le communisme s'installait politiquement à Moscou; c'est à ce compte que la victoire viendra, que le Coeur Immaculé de Marie triomphera : sa promesse est là. Quand ? Nous ne le savons pas. Mais ce que nous avons à faire, nous le savons. Faisons-le, et laissons le reste à la volonté de Dieu.
Louis EVEN