Quelques notes sur l'inflation
Une lèpre économique: la montée constante des prix
Déconcerte les gouvernants - Défie les charlatans du système
Ce mal universel est-il incurable
Qu'est-ce que l'inflation ?
Dans tous les pays, on se plaint de l'inflation. Tous les gouvernements cherchent et essaient des mesures pour guérir leur économie de l'inflation. Leurs mesures sont de moins en moins efficaces. L’inflation persiste.
Mais au juste, en quoi consiste l'inflation 2 On trouve encore dans les dictionnaires la vieille définition : «L'inflation est une émission démesurée de papier-monnaie ». Ce qui voudrait signifier que pour tuer l'inflation, il faut diminuer la circulation de papier-monnaie, en imprimer moins et en retirer de la circulation par des taxes ou autrement.
Comme le crédit financier remplace de plus en plus le papier-monnaie dans les transactions commerciales, on attribue l'inflation à une trop libre émission de crédit financier par des prêts bancaires, et l'on recommande une restriction du crédit. On ordonne une hausse du taux d'intérêt pour décourager les emprunteurs.
Ces mesures ne venant pas à bout de l'inflation, le gouvernement fait appel au peuple, à des pratiques volontaires d'austérité. L’inflation persiste
Une autre définition de l'inflation, plus récente et moins terne que celle du dictionnaire a été employée dans des articles de revues traitant de questions économiques. Elle dit : L'inflation, c'est trop d'argent courant après trop peu de produits (et parallèlement : La déflation, c'est trop de produits en face de trop peu d'argent).
Mais qui donc va soutenir que l'inflation actuelle dans nos pays développés est due à une insuffisance de produits en face de trop de pouvoir d'achat ?
Et pourquoi donc dénonce-t-on l'inflation En quoi l'inflation nous fait-elle mal 2 Elle nous fait mal parce qu'elle hausse le coût de la vie. L'inflation, c'est la vie chère.
C'est cette définition-là de l'inflation-que vous donnera l'homme ordinaire, l'homme qui est bien plus affecté par, les faits que par les théories. Si vous lui dites : L'inflation, la vie chère, est due à ce que vous avez trop d'argent dans votre portemonnaie, il vous trouvera timbré ; s'il juge que ça en vaut la peine, il vous rétorquera carrément : Non, monsieur, l'inflation n'est pas dans mon portemonnaie, elle est dans les prix. Un porte, monnaie gonflé, ça se supporte ; mais des prix gonflés, ça fait mal.
L’inflation dont tout le monde se plaint, c'est cela : l'inflation des prix. Et prétendre corriger l'inflation en traitant les portemonnaies au lieu de traiter les prix, c'est ne rien corriger. C’est plutôt empirer le mal. Si votre traitement consiste à ôter de l'argent de la circulation, en prétextant qu'il y en a trop, vous avez deux moyens : des taxes plus élevées ou des prix plus élevés. Mais des prix plus élevés, c'est justement parce qu'ils sont déjà trop élevés que l'on crie à l'inflation. Et des taxes plus élevées, surtout payées par ceux qui produisent et ceux qui vendent, ceux-ci s'en dédommageront en haussant leurs prix de revient, ce qui aggravera le mal que vous prétendez corriger.
Un virus bien portant
Vous ne tuerez pas le virus bien portant de la montée des prix, tant que vous ne sortirez pas du système. En face de prix qui grimpent, il faut du pouvoir d'achat qui grimpe. Pour hausser le pouvoir d'achat sans baisser les prix, il faut distribuer plus d'argent aux consommateurs. Or, le système ne distribue d'argent que moyennant la participation à la production : par des salaires aux employés ou des dividendes aux actionnaires, et tout cet argent entre dans les prix. C’est la spirale ascendante bien connue.
Les gouvernements et leurs économistes constatent bien que leurs efforts, leurs mesures d'austérité, leurs sermons aux citoyens ne viendront pas à bout de l'inflation. Résignés, ils cèdent du terrain: l'inflation, disent-ils, l'inflation des prix,- serait acceptable, si les prix se contentaient (le grimper aux taux de 1 et 1/2 ou 2 pour cent par an.
C’est absurde. Même à ce taux, calculez ce que seraient les prix dans 10 ou 20 ans, comparés à ce qu'ils sont aujourd'hui.
D'ailleurs, les forces inflationnaires, inhérentes au système financier actuel, resteraient-elles longtemps à ce taux réduit Elles se rient passablement des désirs des gouvernements, des prévisions et des calculs de leurs aviseurs économiques, comme de tous les charlatans du système.
Aveux
Nous venons d'écrire ces dernières phrases quand nous arrive le journal « La Presse » de Montréal du 15 septembre. On y lit en toute première page, sous le titre « Les prix et les salaires augmentent presque deux' fois trop rapidement »:
« OTTAWA (PC) — Le Conseil économique du Canada publie aujourd'hui son sixième rapport annuel, dans lequel il fixe une série de nouveaux objectifs à l'économie canadienne.
Il contiendrait, entre -autres, un appel pour redoubler d'efforts dans la lutte contre la hausse des prix et des salaires, et la réduction du chômage.
Depuis quelque temps, les prix et salaires grimpent presque deux fois plus vite que le Conseil ne l'avait prévu dans son premier rapport il y a cinq ans. Le chômage s'inscrit à 5 pour cent, soit 40 pour cent de plus, que la limite imposée par le Conseil.
Une fois de plus, le rapport pourrait aborder le problème de la pauvreté. On se souvient que dans son rapport de l'année dernière, il avait révélé que 20 pour cent des familles urbaines ne disposaient pas de conditions décentes de vie.
Le Conseil économique du Canada, créé en 1963, se compose de 25 personnalités du monde académique,- de celui des affaires et des milieux syndicaux. Il est chargé d'élaborer les objectifs à moyen et à long termes de l'économie canadienne ».
Ces chères 25 personnalités ! Qu'ont elles appris en ces six années ? Tout en continuant à chercher en vain des perles dans du fumier, elles vont sereinement « fixer une série de nouveaux objectifs à l'économie canadienne » ! Et les Canadiens reconnaissants vont continuer à payer ces messieurs pour les objectifs qu'ils leur assignent et pour l'échec de leurs prévisions !
Étoile doublé
A la page 6, du même numéro du même journal, une autre personnalité déploie sa vision des conditions actuelles et sa perspicacité sur les mesures à prendre pour mater l'inflation. Son nom : Paul Gérin-Lajoie.
Après avoir fait beaucoup de mal dans la province de Québec par la promotion de sa « grande charte » maçonnique de l'éducation, Gérin-Lajoie a quitté la -politique provinciale et a été nommé par le gouvernement fédéral vice-président de la Commission des prix 'et revenus. Lumière à Québec, lumière à Ottawa : Etoile double.
Parlant, à Baie-Comeau, au Congrès annuel de la Chambre de Commerce provinciale du Québec, l'ancien compère de René Lévesque nous sermonne : l'inflation peut être vaincue, à condition que nous fassions tous un examen de conscience pour découvrir nos fautes économiques, nous repentir et coopérer avec les autorités dans les opérations d'austérité qui s'imposent.
Gérin-Lajoie pense nous consoler en soulignant que l'inflation n'est pas un mal limité au Canada. On le sait bien, mais cela ne nous empêche pas d'en subir la hausse des prix.
Pour faire savant, il nous dit que l'inflation est principalement un problème de conjoncture. Taisez-vous, profane, devant une conjoncture que vous ne comprenez pas plus qu'une génération spontanée. Vous apprendrez peut-être un jour que, s'il y a de la fumée quelque part, ce n'est pas, dû à l'existence d'un feu, mais à la conjoncture !
Tout de même, pour ne pas faire trop rire de lui par les créditistes, il veut bien aussi admettre que l'inflation qui nous afflige est en grande partie la résultante d'erreurs passées de la part d'autorités monétaire et fiscales du pays. « Passées », dit-il, mais qui continuent, qui continueront, et pour l'expiation desquelles, on continuera aussi d'exhorter les victimes à faire pénitence.
Comptabilité erronée
L'inflation, l'inflation des prix, provient de ce que le présent système financier n'est pas en accord avec les faits réels de la production ou de la consommation. La comptabilité monétaire du système est fausse. Et seule une comptabilité intègre corrigerait l'inflation sans nuire aux intérêts légitimes de personne. Une comptabilité monétaire intègre, une comptabilité conforme aux réalités, c'est ce que ferait la mise en application des données financières exposées par l'ingénieur-économiste C. H. Douglas, il y a un demi-siècle, et connues sous le nom de Crédit Social. Si elle avait été faite, cette réforme aurait évité aux peuples bien des avatars.
Le seul fait de la hausse des prix est une attestation de la fausseté du système. Si le système financier était conforme au réel, non seulement n'aurait-on pas de prix inflationnaires, mais au contraire un abaissement graduel des prix, à mesure que le progrès dans les techniques et procédés de production augmente et facilite la production.
Le coût authentique d'une production doit bien signifier ce qu'il faut y consacrer de temps, d'efforts, de dépensés d'énergie et ce que réclame la récupération de ces énergies. Si la comptabilité des prix à payer pour cette production n'est pas en accord avec ce coût réel, elle est faussée et restera faussée tant qu'une rectification n'y sera pas apportée.
Supposez le cas d'une économie primitive, où un entrepreneur en transport de matériaux n'aurait comme moyens de livraison que ses bras et ses jambes. Il réalisera un certain tonnage sur une certaine distance en un temps donné. Mais voici qu'en heures libres, il invente et construit une brouettes Cela va lui permettre, disons, de tripler son rendement en transports sans augmenter ses heures d'ouvrage, peut-être même en les diminuant. Donc, par unité de poids et de distance, trois fois moins de temps, trois fois moins d'efforts, trois fois moins de dépense d'énergie, trois fois moins de fatigue. La brouette est bonne, disons, pour une dizaine d'années : elle n'entrera donc dans le coût réel de son transport annuel que pour un dixième de ce qu'elle lui aura coûté en temps, en efforts, en dépenses d'énergie.
Si la comptabilité des prix reflète exactement le coût réel en temps, efforts, dépenses d'énergie, le prix du transport par tonne et par mille devrait être seulement le tiers de ce qu'il était auparavant, plus la très minime usure de la brouette pour cette unité de transport.
En va-t-il ainsi dans le présent système ? Le progrès multiplie le rendement dans tous les domaines de la production: diminue-t-il parallèlement les prix ? La réponse est 11011: c'est exactement le contraire qui arrive. La comptabilité est faussée, archi-faussée. Elle l'est tout au long du cycle de production et n'est rectifiée nulle part.
Quand nous disons « comptabilité fausse », cela ne veut pas dire que les opérations de comptabilité soient mal faites, que les comptables la faussent. Oh non. La comptabilité du prix de revient, par exemple, totalise très exactement toutes les dépenses faites en cours de production.
Ce qui fausse le, coût réel, c'est que les éléments financiers sur lesquels portent les opérations des comptables ne sont pas conformes aux réalités physiques de la production. Si le progrès physique dans les facteurs de production permet d'en doubler le rendement par homme-heure, il n'est pas conforme à la réalité d'en charger au même prix l'unité- de production. Ce prix devrait plutôt être coupé en deux.
Comment donc justifier des prix deux fois, trois fois plus élevés qu'il y a 50 ans ? Est-ce que la production est devenue deux fois, trois fois plus lente ou plus difficile ? C'est exactement 'le contraire, et gouvernements, aviseurs économiques et financiers devraient se voiler la face de honte à la vue de cette monstruosité à laquelle ils ont contribué.
Système déboussolé
Il y a plus d'une cause à cette disparité entre le réel et le financier. L'une d'elles, qui empoisonne tout l'organisme économique, c'est que le système et ses règlements d'ordre financier ont fait perdre de vue la véritable fin du système économique, qui est de fournir les biens pour satisfaire les besoins humains. On a fait des activités économiques, dans la pratique, une course à l'argent. De sorte que l'économie est régie en fonction de l'argent. La production est axée non pas sur les besoins humains, mais sur ce qu'elle rapporte en argent. Si la satisfaction des besoins entre comme nécessité dans la poursuite de l'argent, tant mieux, mais c'est secondaire, c'est seulement comme sous-produit de la poursuite de l'argent. La réussite s'évaluera, non pas tant d'après les besoins qu'elle a satisfaits, mais d'après l'argent qui en aura résulté.
Autrement dit, on donne à l'argent, qui n'est en définitive qu'une comptabilité, la priorité sur l'humain, sur le service de l'homme. Une entreprise industrielle, commerciale ou agricole, qui ne ferait que satisfaire des besoins humains peut très bien faire faillite dans un système ancré sur l'argent; alors qu'une entreprise ne servant qu'à fournir des engins de destruction, ou à pourrir des esprits et salir des coeurs, pourra prospérer parce que l'argent lui affluera.
Financement inflationnaire
Il y a aussi le mode de financement de la production — modalités qui peuvent être diverses, mais qui toutes réclament plus d'argent qu'elles n'en mettent en circulation. Non pas qu'un profit légitime soit illicite : il est pour_ l'entrepreneur ou le bailleur de fonds ce qu'est le salaire pour l'ouvrier. Il peut y avoir exagération, comme il y a exagération, formidable même, chez les salariés. Mais raisonnable ou exagéré, ce supplément de montants non distribués entre dans les prix. La disparité entre le réel physique de la production et son expression financière s'accroît d'autant. D'autant aussi, l'insuffisance de pouvoir d'achat. Et comme le pouvoir d'achat ne provient, dans le système, que de l'argent distribué par le canal de la production, les engagés de la production réclameront de nouvelles hausses de salaires, hausses qui, à leur tour, entreront dans les prix de revient.
Un mal non corrigé en fait naître un autre. Un faux remède peut empoisonner au lieu de guérir. On ne rectifie pas une fausse comptabilité, on ne la rend pas intègre par l'adjonction d'un autre élément de fausse comptabilité. Où est, en effet, l'intégrité dans des hausses de salaires, alors que le temps et l'effort fournis ne sont pas plus grands, -qu'ils sont souvent moindres ? Comparez la situation d'aujourd'hui avec celle d'il y a un demi-siècle : semaines de travail raccourcies et salaires triplés ! Et l'on se lamente devant l'inflation des prix!
Refus du Crédit Social
Si l'on savait reconnaître, comme l'enseigne le Crédit Social, que le progrès, qui rend la production plus abondante, n'est pas gagné par ceux qui l'utilisent, que c'est un héritage communautaire, transmis par les générations et croissant encore parce qu'on ne commence pas à zéro; si, de plus, on admettait que ce capital réel, héritage commun, entre comme facteur prépondérant dans la production moderne, on exprimerait fidèlement cette réalité en distribuant à tous les membres de la société, à titre de capitalistes par héritage, un dividende périodique sur la production lui en résulte.
Ce dividende augmenterait graduellement à mesure du progrès, alors que Parent distribué en salaires devrait plutôt diminuer à mesure que diminuent les heures d'ouvrage encore nécessitées pour mettre en oeuvre le capital communautaire. Un tel dividende à tous, distribué directement par un mécanisme approprié, ne passerait pas par le canal de la production n'entrerait pas comme lés hausses de salaires dans la comptabilité des prix de revient.
Mais si vous ne voulez pas de modifications au présent système capitaliste; si vous ne voulez considérer comme capitalistes que ceux qui financent la production avec de l'argent créé par eux ou pour eux, mi aussi bien avec de l'argent volé ou arraché du public par des prix forts ; si vous voulez considérer le système financier actuel comme divin et intouchable et n'imputer l'inflation qu'à la population qui en souffre, alors, battez-vous contre l'inflation tant que vous voudrez, vous ne l'enterrerez pas ; c'est plutôt elle qui vous enterrera, et peut-être dans un effondrement, peut-être dans un communisme dictatorial salué bêtement comme une économie de rechange à un capitalisme vicié.
Face au communisme
Sur le plan spirituel, le communisme athée, matérialiste et contempteur des droits les plus sacrés de la personne humaine, peut trouver devant lui, pour lui résister, la foi et les oeuvres de foi d'une population qui n'aura pas encore trop sorti Dieu de sa vie. Mais sur le plan temporel, si les adversaires du communisme n'ont à lui opposer que le capitalisme vicié, faussaire, prédateur, centralisateur et dominateur d'aujourd'hui, ils sont très mal armés. Nous les avons déjà appelés des hommes de droite aux mains vides tiendront-ils longtemps ?
Nous avons entendu jusqu'à des prêtres dire sérieusement que le communisme a du bon, qu'il nous a fait redécouvrir l'Évangile, qu'il a sorti des peuples pauvres et opprimés de leur misère et de leur sujétion. La propagande leur a fait avaler tout cela, alors qu'ils ont détourné la tête, bouché leurs oreilles, ou levé le nez et ricané devant tout propos de Crédit Social. C'est du Crédit Social authentique que nous traitons, non pas des ramassis de tout-goût que peuvent présenter des partis politiques prévariquant le nom de Crédit Social.
Le Crédit Social, qui reconnaît et traite chaque membre de la société comme un capitaliste, est certainement la meilleure arme économique à opposer aux prétentions des propagateurs du communisme. Le Crédit Social garantirait la sécurité économique dans un pays capable de répondre aux besoins normaux de toute sa population. Et cette sécurité respecterait pleinement la liberté des individus. Elle libérerait aussi les personnes du souci absorbant du pain quotidien, permettant à l'homme de profiter de cette libération pour se livrer à d'autres fonctions humaines que la seule fonction économique. A son épanouissement culturel ou spirituel, à des activités libres, à des oeuvres d'aide ou d'apostolat, etc.
Selon la phrase finale d'une brochure écrite par un Père Dominicain qui, à cette époque, savait apprécier le Crédit Social et motiver cette appréciation :
« Si vous ne voulez ni du socialisme ni du communisme, opposez-leur le Crédit Social : il met entre vos mains une arme terrible contre ces ennemis. »
L’arme est toujours là. Elle ne demande qu'à être utilisée. Quel cas en font les hommes de droite aux mains vides ?
Mais tout est argent ?
Mais le Crédit Social est-il vraiment à l'abri de l'inflation, avec ses distributions de dividendes non liés à l'emploi ?
Entretenir cette crainte serait mal comprendre le rôle de l'argent dans un système faisant de l'argent le reflet fidèle des réalités.
Le dividende social sur un héritage commun reflète une réalité, puisqu'une bonne partie de la capacité de production est due à l'existence de cet héritage. Entrent aussi dans la capacité de production les ressources naturelles, qui n'ont été produites par personne, mais sont une gratuité du Créateur mises à la disposition de tous les hommes de tous les temps. Quel citoyen en est vraiment plus qu'un autre le propriétaire ?
La fonction essentielle d'un organisme économique sain est; répétons-le, de fournir et livrer des biens répondant aux besoins normaux de la population, besoins privés et besoins publics. S’il fait cela, où est l'inflation? Où est l'inflation des prix quand ce sont les faits qui gouvernent le comportement de la finance ? Le but des trois propositions financières énoncées par C. H. Douglas est justement, selon ses termes mêmes, de faire du système financier un mécanisme assez souple pour se plier au réel. Un système qui puisse suivre l'économie dans tous ses développements, jusqu'à n'importe quel degré de mécanisation, de motorisation ou d'automation. Un système financier de service, et non pas d'entraves ou de domination.
Prix allégés et ajustés
La comptabilité du prix de revient continuerait de se faire comme aujourd'hui, par l'addition de toutes les dépenses encourues en cours de production. Dépenses qui seraient diminuées par unité de production, à mesure que le progrès réduit la nécessité de labeur humain. Le dividende à tous prendrait une place de plus en plus considérable dans la composition du pouvoir d'achat, sans entrer dans le prix de revient.
Les prix seraient aussi allégés du fardeau des taxes, dans la mesure où une économie adéquatement financée, selon les propositions du Crédit Social, n'aurait plus besoin des mains ni du nez du gouvernement. Dans son ensemble, d'ailleurs, un organisme économique avec finance créditiste donnerait congé au gouvernement pour une multitude de fonctions qui ne sont pas de son rôle propre, mais qui seraient assumées respectivement par des personnes responsables, des familles responsables, des associations libres, compétentes et responsables.
Mais que deviendrait l'argent distribué, tant en dividendes qu'en salaires ? — Cet argent retournerait à sa source par la consommation. Consommation par l'achat de produits de consommation courante ; consommation par l'usure de biens durables, d'ordre privé ou d'ordre public ; consommation par l'emploi de matériaux dans la production, etc.
Toute production est faite pour la consommation, ou bien elle ne servirait à rien et devrait être détruite, ce qui serait de la consommation sans but, un pur gaspillage.
Le Crédit Social finance automatiquement toute production et fait payer toute consommation. Et c'est là qu'intervient l'ajustement des prix pour ne faire payer que le prix de la consommation, et non pas celui de la production. Le producteur touche son prix comptable de revient, mais le consommateur bénéficie d'une opération qui ajuste le prix de revient selon le rapport de la consommation totale du pays à la production totale du pays. Le système monétaire assoupli y pourvoit.
Cela a été expliqué maintes fois, et de plusieurs manières, dans ce journal et dans d'autres publications sur le sujet. Nous pourrons le faire à nouveau, mais pas dans cet article déjà trop long.
Trois simples propositions
Terminons cependant par la citation, traduite, des trois simples propositions formulées par Douglas pour l'établissement d'un système financier souple et sain. Un esprit appliqué verra que tout y est : le financement adéquat de la production ; le rappel de cette finance au rythme seulement de la consommation ; le prix ajusté à l'état de la consommation et non pas à celui de la production; le progrès mis au service de tous par un dividende à tous, croissant au rythme du progrès :
1. Les moyens d'achat entre les mains de la population d'un pays doivent,- en tout temps, être collectivement égaux aux prix collectifs à payer pour les biens consommables mis en vente dans ce pays (quels que soient les prix de revient de ces biens) ; et ces moyens d'achat ne doivent être annulés qu'au rythme des achats des biens de consommation.
2. Les crédits nécessaires pour financer la production doivent provenir non pas d'épargnes, mais être de nouveaux crédits se rapportant à de la nouvelle production ; et ces crédits ne doivent être rappelés que selon le rapport de la dépréciation générale à « l'appréciation » générale.
3. La distribution de pouvoir d'achat aux individus doit progressivement dépendre de moins en moins de l'emploi. C'est-à-dire que le dividende doit progressivement déplacer les émoluments et les salaires, selon l'accroissement de la capacité de production par homme-heure.
LOUIS EVEN