Adam Smith, considéré comme étant le père du capitalisme

Capitalisme et communisme

«Le communisme est intrinsèquement pervers», a écrit le Pape Pie XI

Karl Marx, considéré comme étant le père du communisme

 

Le capitalisme répond aux aspirations de la personne humaine, mais il a été vicié par le système financier qu'il utilise

 

par Louis Even

On entend trop souvent dire: «Le capitalisme ne vaut pas mieux que le communisme. L’Église a condamné les deux avec la même vigueur. Le système capitaliste ne mérite donc pas plus d’égards que le système communiste.»

L’Église n’a pas condamné le capitalisme. C’est attribuer au système capitaliste des maux qui ne proviennent nullement du système, mais des abus d’individus qui se conduisent bien plus en tyrans (comme font les chefs de pays communistes) que comme des citoyens d’un pays intégralement capitaliste.

C’est du communisme, et du communisme seul, que le pape Pie XI déclarait: «Le communisme est intrinsèquement pervers, et l’on ne peut admettre sur aucun terrain la collaboration avec lui de la part de quiconque veut sauver la civilisation chrétienne» (Encyclique Divini Redemptoris, n. 58.).

«Intrinsèquement pervers» — cela veut dire pervers par sa nature même. Pervers tout entier, rien de bon en lui. Pervers par son athéisme, pervers par son matérialisme. Pervers par ses mensonges, par sa violation des engagements les plus sacrés. Pervers par son absence de toute morale: le communisme considère comme moral tout ce qui sert à ses fins et comme immoral ce qui en éloigne.

Par contre, dans une autre encyclique, le même Pape déclare que «le système capitaliste n’est pas à condamner en lui-même, mais qu’il a été vicié» (Quadragesimo Anno, n. 109.). Nous verrons comment plus loin dans cet article.

Le communisme est intrinsèquement pervers, non seulement en coupant l’homme de Dieu, mais aussi par le peu de cas qu’il fait de l’individu même dans le domaine temporel. Il dégrade la personne. Il ne tient pas compte de la nature de l’homme telle que l’a faite le Créateur. Il foule aux pieds la liberté de choix de la personne. L’individu n’est pour le communisme qu’un instrument à utiliser selon les fins du parti, un instrument qui doit se plier à ces fins ou être cassé impitoyablement.

Le communisme est tyrannique au suprême degré. Une fois au pouvoir, le parti communiste ne permet rien qui puisse menacer de l’en détrôner. Il exerce une souveraineté absolue sur tout et sur tous. Il ordonne quoi faire, quoi ne pas faire: Accepte ce que je décide pour toi, sinon je te rends la vie impossible.

Le système capitaliste n’en est pas là. Les vices qu’on lui reproche ne lui sont point inhérents, ils ne proviennent pas de sa nature, mais du système financier qu’il utilise, un système financier qui domine au lieu de servir. C’est le système financier qui vicie le capitalisme.

La chute du marxisme en Europe de l’Est ne signifie pas le triomphe du capitalisme, qui doit être corrigé de son défaut financier.

Le système capitaliste est, par définition, un système qui répond aux aspirations de la nature humaine. Nous pouvons, en effet, définir le capitalisme comme système reconnaissant et protégeant la propriété privée, la libre entreprise, la liberté de choix de la personne, la souveraineté du consommateur sur les objectifs de production par l’entremise du marché libre: le produit, choisi ou commandé par le consommateur guide, en effet, les programmes de production.

«Mais, objectera-t-on, ce n’est point ainsi que se passent les choses dans notre pays à système capitaliste. La propriété privée est fort malmenée, surtout la propriété privée des moyens de production qui est le lot d’une minorité de plus en plus restreinte. La majorité doit se mettre forcément au service de cette minorité, sous peine d’affamation par manque de pouvoir d’achat. L’insuffisance de pouvoir d’achat anéantit ou réduit la liberté de choix du produit et par là même supprime la souveraineté du consommateur sur les objectifs de la production. Les conflits répétés entre les employeurs, qui constituent la minorité, et les employés, qui forment la grosse majorité, ne démontrent-ils pas que le système répond très mal aux aspirations des personnes et que le capitalisme, lui aussi, fait peu de cas de la liberté de choix du grand nombre?»

La réponse est justement dans le rétrécissement du système capitaliste à une minorité, et non pas dans sa mise en application. On ne peut pas dire qu’un pays vit vraiment sous un système capitaliste quand le capitalisme concerne seulement 5 pour cent de la population et que 95 pour cent ne vivent qu’avec la permission ou la grâce de ces 5 pour cent. Le système n’est alors que 5 pour cent du capitalisme et 95 pour cent de la servitude. Système qui s’approche de plus en plus du communisme, à mesure que se concentre entre quelques mains le pouvoir de dominer la vie des autres.

Ce n’est donc pas l’économie capitaliste comme telle qu’il faut blâmer; et ce n’est pas sa disparition, mais au contraire, son extension, qu’il faut souhaiter. Si, dans un pays, il n’y a plus que 5 pour cent des citoyens à jouir d’un statut de capitaliste, au lieu de désirer voir cette proportion fondre à zéro pour cent, il faut plutôt tendre à la monter à 100 pour cent.

Par le Crédit Social

C’est cela que ferait la substitution d’une finance créditiste au système financier actuel qui parasite, puis domine, intoxique et tue graduellement le véritable capitalisme.

Le Crédit Social ferait de chaque citoyen un capitaliste de fait comme il l’est déjà de droit. Ce serait, en matière économique, rétablir la personne dans ses droits; lui reconnaître pratiquement le droit d’organiser sa vie selon son propre choix, à la seule condition de respecter ce même droit chez les autres.

En matière économique toujours, la plus grande richesse du capitaliste, s’il sait mettre une borne à la poursuite de richesses matérielles toujours plus considérables, c’est sa liberté de choix. Dans la mesure où son revenu de capitaliste lui permet une vie convenable, il est libre de dire oui ou non à tout projet qui le courtise. Son revenu n’étant pas conditionné par une participation personnelle à la production, il est libre de son temps et peut l’employer à son gré. Il peut certainement encore accepter de l’emploi dans des entreprises conduites par d’autres, mais il peut aussi préférer se livrer à des activités de son choix — activités qui peuvent très bien concourir à enrichir la société tout entière de richesses qui ne sont pas nécessairement matérielles. Le travail libre est généralement plus créateur et plus fécond que le travail forcé.

Le revenu du capitaliste s’appelle dividende. Le dividende est facteur d’une sécurité économique inconditionnée, une «sécurité économique absolue», selon l’expression de Douglas, fondateur de l’école créditiste de pensée. Tandis que le salaire, même s’il est suffisant, même s’il est généreux, ne peut donner qu’une sécurité économique conditionnée, conditionnée par l’emploi, par l’embauchage, donc par une servitude.

Ceux qui exaltent le salaire et discréditent le dividende exaltent la servitude et discréditent la liberté. Les syndicats — et d’autres — qui préconisent une politique de plein emploi associent le droit de vivre à la servitude. Les créditistes qui préconisent un dividende social à tous et à chacun veulent pour tous une économie de liberté, un droit de vivre lié à la personne elle-même et non pas uniquement à sa participation personnelle à la production. Ce dividende social, qui irait à tous, employés ou non, n’empêcherait nullement, en plus, une rémunération appropriée à ceux qui contribuent à la production.

Tous capitalistes

Mais sur quoi se base le Crédit Social pour déclarer toute personne capitaliste de droit? Nous l’avons expliqué maintes fois dans nos articles sur le sujet. Résumons-le seulement ici:

La production moderne résulte de plusieurs facteurs: tout d’abord de l’existence de matière première, de richesses naturelles qui sont l’oeuvre du Créateur et sans lesquelles rien ne serait possible; 

puis de savoir-faire acquis, accumulé et transmis d’une génération à l’autre, inventions, découvertes de sources nouvelles d’énergie, perfectionnement de procédés de production; puis, dans une proportion décroissante, de labeur humain; aussi d’investissements, de capital financier, simples signes chiffrés permettant de mobiliser des matériaux et de la main-d’oeuvre.

De ces quatre facteurs, les plus importants sont bien les deux premiers. D’abord, les ressources naturelles, gagnées par personne, mais don de Dieu, capital réel créé pour tous les hommes de toutes les générations, à utiliser selon leurs besoins normaux, à entretenir s’il s’agit de biens se reproduisant comme la forêt, à exploiter sagement s’il s’agit de biens inertes comme les minerais, et non pas à gaspiller follement comme on le fait aujourd’hui à un rythme accéléré et à l’échelle planétaire. Puis, il y a le progrès croissant dans les moyens et les méthodes de production; progrès réalisé par les générations qui se sont succédé, pas seulement par la nôtre; progrès dont l’accroissement et la transmission sont dus à la vie en société, et dont aucun individu ni aucun groupe ne peut se prétendre l’héritier exclusif. C’est cet héritage commun, capital réel de grande valeur, qui permet de produire davantage, même avec une diminution de labeur humain.

Supprimez cet héritage de nature communautaire, la production ne sera pas le centième de ce qu’elle est, même en y employant tous les bras valides et en y investissant tous les signes monétaires qu’on voudra.

C’est pourquoi nous disons que tous et chacun des membres de la société naissent héritiers et propriétaires du plus gros capital réel, facteur prépondérant de la production moderne. Donc, tous avec un droit de capitaliste sur une partie croissante des fruits de la production, sans supprimer la rémunération de ceux qui apportent leur concours personnel à la mise en rendement de ce capital communautaire.

Et nous ajoutons, comme Douglas, que l’augmentation de productivité, due à la croissance de l’héritage communautaire et non pas à l’apport individuel du producteur, devrait se traduire par un pourcentage croissant du pouvoir d’achat sous forme de dividendes à tous et un pourcentage décroissant sous forme de salaires à l’emploi de moins en moins nécessaire.

Conforme au plan divin

Ce mode de distribution d’une production de plus en plus abondante et de plus en plus facile stériliserait toute propagande communiste et socialiste. Ce serait aussi le moyen le plus effectif de reconnaître concrètement ce que le Pape Pie XII appelait un droit fondamental de tout homme à l’usage des biens matériels, dans son fameux radio-message du 1er juin 1941:

«Les biens créés par Dieu l’ont été pour tous les hommes et doivent être à la disposition de tous, selon les principes de la justice et de la charité.

«Tout homme, en tant qu’être doué de raison, tient en fait de la nature le droit fondamental d’user des biens matériels de la terre, quoi qu’il soit laissé à la volonté humaine et aux formes juridiques des peuples de régler plus en détail la réalisation pratique de ce droit.»

Quelles formes juridiques, c’est-à-dire quelles législations, ont jamais proposé une méthode aussi effective qu’un dividende à tous et à chacun, pouvoir d’achat de base, pour réaliser pratiquement le droit de chaque homme à user des biens matériels de la terre? Ce serait pourtant si facile, au moins dans nos pays où les problèmes économiques les plus ardus ne sont nullement des problèmes de production, mais des problèmes d’écoulement des produits.

Le Pape ajoutait:

«Un tel droit individuel ne saurait en aucune manière être supprimé, pas même par l’exercice d’autres droits certains et reconnus sur des biens matériels.»

Ces autres droits certains et reconnus comme légitimes comprennent certainement le droit de propriété: propriété du sol, d’entreprises de production, de moyens de transport, d’établissements de commerce, etc. Tous ces biens-là sont légitimement gérés_ par leurs propriétaires, et ces propriétaires peuvent légitimement en tirer un profit qui est pour eux ce que le salaire est pour l’employé. Mais il reste que seul Dieu possède une propriété absolue sur tout. Il est le premier auteur de toute possibilité de production, et II veut que tous les hommes puissent bénéficier de son oeuvre. C’est pourquoi son Église nous rappelle souvent que toute propriété privée a une fonction sociale à remplir. Autrement dit, qu’elle ne soit pas au profit unique de son propriétaire, mais utile en quelque manière pour tous.

Or, aujourd’hui, cette fonction sociale est devenue difficile à réaliser par bien des propriétaires privés, qui doivent lutter ardument rien que pour sauver leur propriété contre la ruine, dans un monde de concurrence effrénée, de privilèges financiers aux plus puissants et de taxes croissantes réclamées par tous les gouvernements et tous les corps publics.

Eh bien, cette fonction sociale de la propriété privée serait magnifiquement et automatiquement accomplie par un dividende social donnant à tous le droit à une part des fruits de toute entreprise de production. Et cela sans appauvrir le propriétaire, en lui rendant plutôt service, puisque son produit, s’il répond véritablement à des besoins humains, s’écoulerait plus facilement sur un marché où tous les consommateurs seraient munis de pouvoir d’achat.

Réponse à deux accusations

On accuse la concentration de la richesse entre quelques mains de conduire au communisme. C’est vrai, soit parce que cette concentration laisse la masse des non-possédants facilement ouverte à la propagande communiste ou socialiste, soit parce que le gouvernement, intervenant dans le but de casser un monopole, nationalise la grosse industrie et conduit ainsi vers le socialisme d’État. Mais n’allons pas en tirer argument contre le capitalisme sain: c’est le système financier, faux et terriblement concentré, qui conduit ainsi à la concentration des capitaux entre quelques mains, viciant le capitalisme et ouvrant la voie au communisme.

On accuse encore le système capitaliste de créer toujours de nouveaux besoins pour pouvoir écouler sa production abondante, et de conduire ainsi au matérialisme aussi efficacement que le fait la législation athée et matérialiste des pays communistes.

Ici encore, il faut accuser, non pas l’économie capitaliste en soi, mais le système financier, dont les contrôleurs refusent de distribuer du pouvoir d’achat autrement que par un emploi dans la production: pas d’emploi, pas d’argent. Le progrès, qui devrait être un bienfait en libérant de la nécessité de l’emploi, devient ainsi, au contraire, un problème quand le revenu disparaît avec la disparition de l’emploi. On cherche alors des solutions dans la production de biens matériels nouveaux. Mais ces produits nouveaux, il faut les écouler; pour cela, promouvoir de nouveaux besoins matériels, si factices soient-ils, ce qui contribue certainement à nourrir le matérialisme. La dignité de l’homme est impitoyablement sacrifiée à la nécessité de maintenir la production en marche, alors même que le volume de production réalisé est déjà plus que suffisant pour satisfaire les besoins humains réels d’une vie normale. C’est certainement pousser vers le matérialisme.

Sous un système économique à finance de Crédit Social, la cupidité de l’homme marqué par le péché originel existerait encore; mais elle ne serait pas ainsi stimulée, imposée même, par la nécessité d’un pouvoir d’achat lié à l’emploi. Le dividende social à tous, en dissociant, pour une part croissante, le pouvoir d’achat de l’emploi dans la production, pousserait plutôt dans le sens contraire.

Le Pape Paul VI, dans son encyclique Populorum Progressio sur le développement des peuples, disait que la poursuite du développement exige «des sages de réflexion profonde, à la recherche d’un humanisme nouveau, qui permette à l’homme moderne de se retrouver lui-même, en assumant les valeurs supérieures d’amour, d’amitié, de prière et de contemplation.»

Ce qui nous rappelle la remarque d’un philosophe chrétien (Maritain, si notre mémoire ne nous trompe pas), à l’effet que le progrès sainement utilisé devrait conduire non pas à une civilisation de travail, mais à une civilisation de contemplation.

L’humanisme nouveau, que souhaite le Pape, pour permettre à l’homme de se dégager du matérialisme et «d’assumer les valeurs supérieures d’amour, d’amitié, de prière et de contemplation», ne serait-il pas bien servi par l’adoption des propositions financières du Crédit Social? Propositions conçues par le génie que fut Douglas, formulées par lui dès 1917, mais obstinément refusées et combattues, même par des professeurs d’universités et autres membres de l’élite qui devraient savoir mieux.

Catholique et créditiste

Le catholique qui est aussi créditiste est admirablement muni pour faire face à la propagande communiste et socialiste sur les deux plans: le spirituel et le temporel.

D’autre part, le catholique qui, par ignorance ou complicité ou démission, ne connaît ou n’admet en économie que le système financier actuel, peut bien posséder un solide barrage d’arguments spirituels à opposer au communisme, mais il a piteusement les mains vides pour présenter une solution chrétienne à la terrible accusation d’une abondance détruite, ou paralysée, ou empêchée de naître, en face de besoins criants non satisfaits.

Comment un catholique peut-il excuser la soumission de possibilités réelles d’ordre public ou privé, aux conditions d’une finance devenue fin au lieu de moyen, maîtresse au lieu de servante; d’une finance ne consentant à fonctionner qu’en dictant, rationnant et endettant? Comment un catholique peut-il ne pas préférer à cette tyrannie un système financier souple, s’ajustant aux possibilités physiques de la production et finançant adéquatement la distribution des biens produits, avec garantie d’une part prioritaire aux nécessités vitales de tous et de chacun, sans enquêtes, sans classement humiliant, sans conditions et sans endettement?

Le Père Thomas Landry, Dominicain, nous disait, dans une homélie à la messe de Saint Thomas d’Aquin, le 7 mars 1938: «Qu’il fait bon être catholique quand on est créditiste. Qu’il fait bon être créditiste quand on est catholique.»

Oui, Père, les Pèlerins de saint Michel en sont tous convaincus, par expérience personnelle.

Louis Even

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